En cette belle journée de fin d’été le ciel était bleu et la mer calme. Le ferry avançait paresseusement vers un morceau de côte où on apercevait petit à petit les toits de Bourg Palette.

A la rambarde nonchalamment appuyée, une jeune fille aux longs cheveux blonds observait le paysage. Pas grande, plutôt petite en fait, d’une silhouette longue cependant, Arisa s’étira, heureuse de voir que ce voyage en bateau arrivait enfin à sa fin. Elle en avait assez de dormir et était aussi pressée de revoir son amie.

Songeant à sa présence ici, dans ce pays inconnu, elle se dit que ce n’était que parce que Mimiko l’avait encouragé qu’elle avait eu le cran de venir.

Car après tout, nombreux étaient ceux qui étaient partis pour devenir dresseur pokémon et qui étaient revenus bredouille face à la difficulté de la tâche.

Elle s’était donné un an pour se tester : pendant un an elle accompagnerait Mimiko et puis elle verrait…

Baissant la tête vers l’eau elle fixa un banc de ces étranges créatures bleuâtre que sont les tentacools se laisser flotter au gré des vagues et poussa un soupir de lassitude.

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-Pff j’en ai marre, vivement qu’on arrive…

-C’est pas fini de te plaindre ?! On est en voyage, c’est génial ! Lança une jeune fille qui venait de s’installer près d’elle, deux canettes en main. Elle lui en tint une.

-Tu sais bien que j’aime me plaindre, merci Shinobu !

Toutes les deux étaient blondes, quoique pas de la même teinte, la première tirant sur le mordoré, l’autre sur le jaune doux  de certaines fleurs, l’une avait les cheveux longs, l’autre courts et les ressemblances s’arrêtaient là. Arisa était habillée d’un haut noir sans manche, d’un baggy et d’une paire de tennis quand Shinobu portait un long T shirt blanc, une jupe fourreau et une paire de botte en faux daim.

Si Arisa était venu « en touriste », Shinobu, elle, était là pour faire un reportage sur ce pays étrange qui s’était ouvert récemment au reste du monde et ainsi l’espérait-elle, être admise dans une grande école de journalisme. Elle avait déjà tout préparé de son itinéraire.

Jetant un coup d’œil aux vagues qui se jetaient contre le bateau elle grimaça en voyant les tentacools et s’éloigna précipitamment du bord sans un mot.

Elle n’avait rien à dire en fait. Bien qu’Arisa se demandait encore pourquoi diable elle avait décidé de faire son reportage dans cette partie du monde…

Vingt minutes plus tard elles mirent enfin pied à terre face à un panneau de bienvenue.

-Ca y est, on y est… C’est pas trop tôt ! S’exclama Arisa en s’étirant. 

-Oui ça y est… En terrain ennemi, marmonna vaguement Shinobu en regardant autour d’elle d’un air craintif avant de se tourner vers son amie : Mimiko n’est pas là. Ce n’est pas dans ses habitudes d’être en retard.

-Oui… C’est plutôt étonnant…

Arisa fit passer son sac à dos devant elle et fouilla pour retrouver sa feuille de route. C’était pourtant la bonne heure et le bon endroit…

Mais pour l’instant, pas l’ombre de la moindre brune sur le quai.

Un contrôleur, ou quelque chose dans ce genre les aperçut alors immobile avec leurs valises et s’approcha d’elle, provoquant une vague panique chez Arisa.

-Vous avez besoin d’aide ?

-Euuuh… Commença Arisa qui croyait avoir compris. Non, on… zut comment ça se dit déjà… Attendre

L’homme semblait désormais aussi gêné qu’elle et ne comprenant pas la langue qu’elle utilisait, il répéta la question avec un anglais approximatif :

-Need some help ?

-Nous attendons une amie, lui répondit alors Shinobu avec un joli accent chantant. Elle habite…  Arisa, où est ce que loge Mimiko déjà ?

-Chez le professeur Chen, lui répondit son amie, soulagée.

-Oui c’est vrai, merci, la remercia-t-elle avant de se retourner vers l’homme : chez le professeur Chen.

-Oh oui ! Le professeur Chen ! Son laboratoire se tient en bordure de la ville. Si vous suivez la grande route, vous pouvez pas le manquer.

Il lui montra la direction du bras et les deux jeunes filles le remercièrent.

-Merci Shin, sur le moment, je savais pas quoi dire…

-Le japonais c’est pas encore ça. Tu devais pas l’apprendre avant de venir ?

-Siii, mais c’est difficile, il faut apprendre deux alphabets entiers et je parle même pas des kanjis… Je me suis dit que j’apprendrais plus facilement dans le pays même.

-Hum… En fait t’avais la flemme, traduisit Shinobu en lui lançant un regard rempli de scepticisme.

-Mais… Ouais, j’avais la flemme, finit-elle par avouer.

Shinobu poussa un soupir puis lui rendit un sourire.

-Allez, et si on allait voir ce qui a retenu Mimiko ?

-Je te suis !

Attrapant leurs valises, elles quittèrent le bord de mer et son quai bétonné pour entrer dans les terres.

Bourg Palette semblait être un petit village tranquille, fait globalement de petites demeures entourées de jardins, l’air était pur et rempli de gazouillement d’oiseaux et la température, un peu trop chaude au soleil, devenait merveilleuse sous l’ombre des arbres.

Shinobu sortit une caméra de son sac à bandoulière et se mit à filmer tout ce qui passait devant son champ de vision, qualifiant cet endroit de petit paradis.

Toutes les voitures qu’elles croisaient, généralement de petits modèles, étaient garées, ce qui faisaient qu’elles avaient la route pour elles toutes seules et que l’on n’entendait pas l’habituel bruit de circulation qui ronronnait en fond de chaque ville. Rapidement, on se sentait comme moins stressé, presque moins contraint par la société. Arisa qui avait la faculté de trouver chaque inconvénient à chaque situation pour pouvoir se mettre à râler n’en avait, là, absolument pas envie. Même l’incident linguistique de tout à l’heure lui était sorti de l’esprit. 

Suivant la route qu’on leur avait indiqué, s’attirant quelques regards curieux des quelques passants, une étrange grande maison fini par apparaitre en haut d’une butte, une éolienne plantée sur son toit.

-Je pense que ça doit être le laboratoire ‘Risa.

-… Bah t’es sure ? On dirait plutôt une ferme…

Et puis être obligé de se taper une montée pour rien c’était pas dans ses préférences.

-L’homme sur le quai a dit que je ne pouvais PAS le manquer. Or, qu’est ce qui saute aux yeux ?

Arisa tenta désespérément de trouver  autre chose dans le coin répondant à ce critère. Quelque chose à leur niveau de préférence.

-Euh… Les gros massifs de fleurs là-bas ?

Shinobu leva les yeux au ciel et ne prit même pas la peine de répondre. A la place de ça, elle amorça la montée, sa valise rose fushia à roulette derrière elle.

***

-Surpriiiise ! S’exclama sa mère quand il ouvrit la porte.

Une pluie de confettis lui tomba sur les cheveux et les épaules avant que la brune ne lui saute au cou.

Hiro lança un regard perplexe à son beau-père qui se tenait derrière et qui haussa les épaules en souriant avec indulgence.

-Euh… Maman, le principe d’une surprise consiste à ne pas être au courant, ce qui signifie ne pas me téléphoner une semaine avant pour prévenir de votre visite.

La femme retomba sur ses pieds en le fixant d’un air contrarié :

-Mais comment veux-tu que nous te fassions des visites surprises alors que tu passes ton temps à être à droite ou à gauche !

-Je suis peut-être un peu trop grand maintenant pour les surprises.

-Taratata ! Répliqua-t’elle en s’avançant dans l’appartement tout en le détaillant.

Hiro en profita pour serrer brièvement son beau-père dans ses bras et le laisser lui aussi entrer.

-Encore félicitation pour ton entrée dans la troisième division du bureau des enquêtes criminelle de Celadopole, fit Sotaro Yui.

-Merci, mais je n’y serais pas arrivé sans toi.

-Qu’est-ce que tu racontes ! Ce n’est pas moi qui ai eu les meilleures notes de ma promotion à l’école de police, ni qui suis arrivé en demi-finale à la Ligue Indigo !

-Oui, mais sans toi je n’aurais jamais choisie cette voie et tu m’as beaucoup conseillé pendant mes études.

-Bah, c’était pas grand-chose !

Pour Hiro ça l’était en tout cas. Il se souvenait très bien de la première fois où sa mère les avait présentés, il s’était immédiatement mis à aduler l’inspecteur de la brigade canine de Safrania. Même maintenant qu’il était passé Capitaine, il restait aussi modeste qu’au premier jour. C’était lui qui lui avait offert Derringer, son caninos et il avait toujours tout fait pour qu’Hiro se sente chez lui et accepté dans leur maison cossu de Den-en-chôfu, l’un des beaux quartiers de Safrania.

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Disons qu’il y avait effectivement une grosse différence avec l’endroit d’où ils venaient…

-Mais enfin, cet appartement est minuscule ! Gémit Hibara Yui en revenant de la salle de bain. Il n’y a même pas de chambre !

S’attendant à une telle remarque, sa mère n’ayant eu aucun mal à s’habituer au luxe, Hiro avait la réponse toute prête :

-C’est un appartement de fonction typique pour un jeune célibataire.

Hibara ne semblait pas de cet avis et s’agenouilla sur le tatami presque à contrecœur et se mit à pianoter furieusement des doigts sur la table basse.

-Si tu nous avais laissé faire, nous aurions pût te loger plus convenablement.

-Je suis très bien ici Maman, je suis dans le centre, à deux pas de la gare. Et mon travail ne me laissera de toute façon pas le temps de profiter d’un appartement de haut standing.

-Il a raison ma rose*, intervint Sotaro, ça ne lui servirait à rien d’avoir plus de place.

Sa mère décida alors de lâcher prise et Hiro poussa intérieurement un soupir de soulagement. Hibara était une japonaise plus grande que la moyenne, d’ailleurs elle avait longtemps travaillé en tant que mannequin dans sa région natale, le Sinnoh. Hiro avait hérité de la couleur de ses cheveux : châtains foncés, mais malheureusement pas de leur souplesse et de leur brillance. Ses yeux sombre semblaient analyser la moindre chose qu’elle voyait et ils étaient toujours parfaitement maquillé. De même, elle était quelle que soit les circonstances habillée de façon recherchée et rien ne lui faisait plus plaisir que de passer ses week-ends à vider la carte bancaire de son mari en vêtements, soins de la peau, maquillage et chaussures. Hiro n’y pensait jamais sans un frisson d’horreur.

Cela marquait aussi la seule relation qu’elle avait avec ses deux uniques pokémons : un Tiplouf et une Chaglam. Elle n’avait jamais fait de voyage initiatique, trop occupée par sa carrière et la seule chose qu’elle avait jamais fait d’eux c’était les pomponner. Elle les voyait sans doute plus comme des poupées ou des accessoires pouvant la mettre en valeur que comme de véritables créatures douée de leur intelligence propre.

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De ce côté, Hiro était allé rechercher l’inspiration du côté de son beau-père. Walther, son tortank, alors carapuce à l’époque, et lui passaient beaucoup de temps à observer comment Sotaro travaillait avec les caninos. La brigade possédait un chenil d’une vingtaine de bêtes et même si les agents avaient leurs préférées, ils devaient s’entrainer à travailler avec n’importe lequel des chiens.

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Petit, il avait caressé l’idée de travailler lui aussi dans la brigade canine, mais tout avait changé avant ses dix ans.

Hiro fronça les sourcils à ce bref souvenir et se recentra sur la discussion. De justesse semblait-il.

-Et pourquoi pas, après tout vient un moment où on ne peut pas continuer à vivre seul. C’est mauvais. Je connais pas mal de jeunes filles très bien comme il faut…

Sotaro faillit s’étouffer dans son thé devant les yeux exorbités de son beau-fils.

Effectivement, celui-ci n’arrivait pas à croire qu’à 23 ans sa mère le veuille déjà marié, et semblait, à vrai dire, déjà prête à lui préparer un mariage arrangé.

-Il y a la fille du ministre des affaires étrangères par exemple, tu ne m’avais pas dit que tu aimerais bien travailler pour la brigade de la Sécurité publique ?

-Mais travailler pour la Sécurité publique et se marier avec la fille du ministre, ça n’a rien à voir !

-Bien sûr que si, naïf que tu es. Tu as plus de chance d’entrer là où tu veux si tu es le gendre d’un ministre ! 

-Oh maman… Soupira Hiro en cherchant désespérément de l’aide du côté de Sotaro qui essayait sans doute de se noyer dans son thé ou de disparaitre derrière sa tasse.

Pour le coup, il se reçut un regard tueur et Hiro comprit qu’il serait seul sur ce coup-là :

-De toute façon, je ne veux pas que tu me fasses rencontrer qui que ce soit.

-Mais alors comment feras-tu pour rencontrer quelqu’un ? Lui demanda calmement Hibara de l’air de quelqu’un qui savait qu’elle avait raison tout en reposant sa propre tasse de thé.

Comprenant qu’il n’aurait pas d’autre choix que de se dévoiler, bien qu’il avait eu l’intention d’en parler beaucoup plus subtilement et pas au milieu d’une discussion concernant le mariage, il trouva sa parade :

-Je n’en ai pas besoin, j’ai déjà rencontré quelqu’un qui… euh… M’intéresse.

Sur le coup, c’est ses deux parents qui lui firent des yeux ronds.

Il se rendait bien compte qu’il ne les avait pas habitués à inviter des petites amies ou même à sortir après 20h le soir. Du coup ils devaient penser que leur fils n’avait aucun intérêt pour les histoires d’amour, ce qui n’était pas totalement faux pour être honnête.

Il se montrait juste discret… Ce qui finissait généralement par saouler ses petites amies qui le laissaient alors tomber. Mais vu l’impact que ça avait sur lui –soit juste un changement de planning et beaucoup plus de temps libre – il n’avait jamais changé sa façon d’être à ce sujet.

-Mais où ça et quand ça ? Finit par réagir sa mère qui n’en revenait pas.

-Carmin Sur Mer, ça fait presque un an.

-Carmin Sur Mer ?

-Ooh oui ! Compris Sotaro, la fille qui t’a aidé dans l’affaire de la Team Rocket et de l’arène de Carmin Sur Mer ! Mais je croyais que tu ne connaissais pas son nom ?

-Je l’ai recroisé il n’y a pas longtemps, expliqua Hiro qui continuait à braquer un regard noir sur son lâcheur de beau-père.

-Mais tu n’avais pas dit qu’elle te plaisait à l’époque ! Intervint Hibara.

-La situation ne se prêtait pas vraiment à des présentations et à une discussion !  Comment aurais-je pu dire qu’une fille dont je ne sais rien me plait ?!

-Oui… Bon…

Il fut heureux qu’aucun des deux ne pense à lui demander comment et où il avait revu Mimiko car Hibara se serait surement jeté sur les enregistrements de la Ligue Indigo afin de voir à quoi elle ressemblait.

-A ce sujet, fit-il, je l’ai invité à passer me voir quand elle sera dans le coin, mais à l’époque je n’avais pas encore cet appart, du coup je leur ai donné votre adresse, alors…

-Oui, ne t’en fait pas, si elle passe nous t’appellerons, le rassura Sotaro.

-Merci. Ca m’embêterait de la louper, elle voyage pas mal.

-Elle voyage ? D’ailleurs dis en nous plus sur elle : comment elle s’appelle, où habite-t-elle, quel est son travail et qui sont ses parents ? Le questionna Hibara d’un ton sans appel.

-Elle s’appelle Mimiko Laroche, elle est originaire de France et n’est là que depuis un an, je crois me souvenir qu’elle ait dit aller habiter chez le Professeur Orme cet été car elle est l’une de ses assistante. Voilà, contente ? Maugréa le jeune homme.

Mais Hibara n’avait pas l’air particulièrement contente. Il était sûr qu’une assistante de laboratoire faisait pale figure face à la fille d’un ministre, mais elle n’allait certainement pas dire ça à son fils… Non, il faudrait qu’elle agisse de façon beaucoup plus subtile.

Pendant que sa mère fomentait des plans pour le marier au meilleur parti du moment, Hiro se tourna vers son beau-père :

-Dis, quand elle viendra, tu voudras bien calmer maman ? Je n’ai pas envie qu’elle lui fasse subir un interrogatoire.

-Oui, ce n’est pas parce qu’on est une famille de flic qu’on doit en oublier les bonnes manières, le rassura Sotaro.

-Et puis, tu sais, c’est juste une connaissance.

-Oui. Pour l’instant, continua Sotaro d’un ton entendu.

*Rien n’est moins sûr* répliqua intérieurement Hiro en se prenant à repenser à la jeune fille brune. Elle lui avait semblé lors de leur première rencontre facile à comprendre : toute ses émotions se lisant sur son visage, mais il avait entretemps revu son opinion. S’il était vrai qu’elle montrait avec une franchise presque impudente ce qu’elle ressentait (et n’hésitait pas à le dire non plus, ce qui était si peu naturel aux façons japonaises et par la même occasion si rafraichissant chez elle), elle n’en restait pas moins difficile à déchiffrer et résolument mystérieuse.

Oui, il n’était sûr de rien à ce sujet…

-Au fait ! Repris sa mère d’un ton joyeux en fouillant dans son sac à main. Comme tu as dit que tu allais vivre tout seul et que nous nous inquiétions de te savoir solitaire dans ce misérable appartement, nous t’avons acheté quelque chose…

Hiro haussa un sourcil et s’enquit d’une réponse  auprès de Sotaro. Celui-ci roula des yeux et le jeune homme sût que ça ne lui plairait pas.

Hibara finit par sortir de son sac une pokéball rutilante et la posa sur la table en appuyant sur le bouton. Dans un faisceau rouge apparut petit à petit une petite boule de poil bruns qui cligna des yeux et s’assit sur son derrière en agitant son épaisse queue en pinceau :

-Eeeevoooliii !

Le pokémon n’eut pas le temps de faire autre chose car Hiro l’attrapa par la peau du cou et le brandit en direction de sa mère :

-Un evoli ????

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-UNE evoli, précisa Hibara tranquillement. Sotaro et moi sommes allés dans le meilleur élevage du Japon pour te la trouver.

-Mais qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ??? J’ai déjà une bonne équipe de pokémon et je n’ai pas le temps d’en entrainer un autre ! 

-Mais enfin ! S’exclama Hibara, catastrophée, je ne te l’ai pas acheté pour que tu en fasses un outil de travail ! Mais pour qu’elle te tienne compagnie dans ton appartement ! Les évolis sont des pokémons doux et câlins, ils font de parfait petits animaux de compagnie !

Ça c’était sûr, mais Hiro n’en avait absolument pas besoin, justement.

-Maman, je t’ai dit que je ne serais pas souvent là ! Qui s’occupera d’elle alors ? Allez reprends là !

Mais Hibara faisait comme si elle ne l’entendait pas malgré la boule de poil qui se balançait devant elle.

-Viens Sotaro, il est l’heure pour nous de repartir !

Son beau père lui lança un sourire compatissant et s’éclipsa avec sa femme, laissant le jeune homme tout seul avec l’évoli qui était toujours suspendu par la peau du cou.

Il la tourna dans sa direction d’un air sceptique, puis se coucha par terre en émettant un long soupir.

***

En haut de la colline, Shinobu toujours aussi pimpante et Arisa commençant déjà à haleter, eurent la satisfaction – et le soulagement pour l’une – de n’avoir pas monté cette côte pour rien. En effet le panneau indiquait clairement- en kanji comme en hiragana** – qu’il s’agissait d’un laboratoire pokémon.

-Bon… bein… On sonne, non ? Proposa Arisa.

-Oui, mais… Tu vois une sonnette quelque part ? Ça m’a plutôt l’air d’être comme un bâtiment ouvert au public…

Ne voyant effectivement aucun outil pour indiquer leur présence, Shinobu ouvrit le portail qui émit un petit grincement et monta les quelques marches qui menaient à la porte d’entrée. Elle frappa quelques coups secs dessus, mais n’ayant aucune réponse, elle posa la main sur la poignée et la poussa.

La porte s’ouvrit sans résistance, offrant une vue sur un couloir au parquet de bois clair, menant sur une pièce d’allure lumineuse. Cette lumière entrait à flot jusqu’à l’embrasure de la porte où elle se tenait, donnant une ambiance irrésistiblement chaleureuse au lieu.

-Héhoooo, il y a quelqu’un ? Nous sommes des amies de Mimiko ! Lança Shinobu avant d’oser poser un pied à l’intérieur.

Il lui sembla alors entendre vaguement un bruit venant de l’intérieur et après un coup d’œil à Arisa qui pénétra à son tour dans les lieux et referma la porte, elle posa sa valise contre le mur et fit quelques pas pour sortir du couloir.

Il n’y avait personne dans la pièce adjacente, celle-ci se présentait comme un salon, avec deux divans se faisant face au centre, entourant une petite table basse où trainaient des prospectus. Une télé se tenait sur un petit meuble de rangement dans un coin et une grande porte fenêtre donnait sur un paysage verdoyant. L’un des battants était ouvert et de temps en temps, le furin*** qui y était accroché tintait doucement sous la brise.

Il y avait deux portes fermée de chaque côté de la pièce.

Shinobu était en train de se demander d’où venait le bruit qu’elle avait entendu quand elle sentit quelque chose toucher son pied.

Un frisson d’angoisse parcouru son corps tandis qu’elle baissait doucement ses yeux par terre.

Au début elle crut avoir simplement frôlé une plante verte, mais soudain les brins d’herbe frémirent, s’inclinèrent, et une espèce de chose bleue et ronde qui cligna de petits yeux rouges apparut en dessous :

-Mysstherbe !

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-…

AAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRGGGHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!!!

 

Autour du laboratoire, le cri fit brusquement s’envoler une vingtaine de roucools et piafabecs avec des piaillements indignés.

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Il fit aussi s’écrouler de sa chaise de bureau l’honorable professeur qui s’empressa d’aller voir ce qu’il se passait dans son hall.

Le vieil homme découvrit avec stupéfaction deux jeunes femmes – des étrangères au vues de leurs physiques et surtout de leurs cheveux blonds – dont l’une était en train de passer sur sa jambe un appareil qui faisait d’étrange bruit et l’autre était accroupie à côté d’un mystherbe et s’amusait à pouic-er ses feuilles. 

-Mais que se passe-t'il ici?

Arisa tourna la tête vers le professeur, rapidement suivie de Shinobu.

Devant elles se trouvaient un vieil homme aux cheveux gris ébouriffés, le regard acéré et une blouse sur ses épaules.

-Professeur Chen? Demanda Arisa.

-Lui même, mais qui êtes-vous? Et pourquoi avez-vous criées?

Arisa fronça les sourcils, elle avait à peu près compris ce qu'il lui demandait et comme Shinobu semblait trop occupée à mesurer la radioactivité de son pied, il n'y avait qu'elle pour répondre.

-Euh... Nous sommes les amies de Mimiko. Nous venons d'arriver de France. Shinobu a criée parce qu'il y avait un pokémon.

-Bien sur qu'il y a des pokémons! Vous êtes dans un laboratoire pokémon!

-Oui je sais... Mais euh... Shinobu en a peur.

Le vieil homme leva la tête et posa son regard sur la blonde qui consultait son appareil en maugréant des choses incompréhensibles et ses sourcils se froncèrent.

-Hm oui... Mlle Laroche m'avait dit que des amies à elle devait venir... Mais...

S'il savait qu'elle était métisse, l'assistante du professeur Orme ne lui avait jamais dit de quel pays elle venait, c'est pourquoi il n'avait pas fait le rapprochement immédiatement. La France alors... Etrange que celle qui avait été admise au sein du Tenkeishichiken viennent de ce pays en particulier quand on savait que la plupart de ses habitants se comportaient comme celle qu'il avait sous les yeux. Enfin... Il ne pouvait pas y faire grand-chose. 

Il attrapa le mystherbe et le porta jusqu'à la porte fenêtre où il l'encouragea à rejoindre le jardin d'une tape dans le dos. Le pokémon plante bondit trois fois et disparut totalement dans un massif de fleurs.

-Euh... Commença Arisa alors que le professeur se laissait lourdement tomber sur l'un des divans. Où est Mimiko?

-Venez-vous asseoir, les encouragea-t-il en leur désignant les places face à lui.

Si Arisa n'hésita pas une seconde, Shinobu se montra plus réticente, sans doute craignait-elle qu'un nouveau pokémon surgisse de nulle part.

Arisa ne partageait pas le moins du monde sa peur et au contraire, elle avait senti toute son énergie et son enthousiasme revenir lorsqu'elle avait vu le mystherbe - et surtout- avait pût le toucher! C'était la première fois qu'elle touchait un pokémon et le contact était différent de ce qu'elle avait pût imaginer. Les feuilles du mystherbe avaient la même texture douce au centre et coupante au bout que n'importe quel brin d'herbe, mais elles n'étaient pas froide et sans vie: elles étaient tièdes.

Elle sentait encore sur ces mains ce contact particulier.

Ce contact espéré.

Mettant cela de côté pour l'instant, elle aurait par la suite tout le temps d'en rêvasser, elle revint vers le professeur Chen qui joignit ses mains devant lui:

-Mlle Laroche vous a apparemment parlé de moi, mais je vais me présenter plus formellement: je suis le professeur Samuel Chen. J'étudie les pokémons dans toutes leurs caractéristiques et leurs relations avec notre monde, et nous même les humains.

-Oui, elle nous a parlé de vous, répondit Arisa. Un peu. Je suis Arisa Ferteau et...

-Je suis Shinobu Fielder, continua son amie. Je travaille en tant que reporter free-lance et je serais ravie d'avoir quelques mots de vous au sujet du Japon et des... pokémons.

Le dernier mot avait été dit sur le bout des lèvres.

-Si vous le dites, répondit le professeur qui n'était pas convaincu. Mais nous verrons ça plus tard. J'ai, et en quelques sortes, vous aussi, des problèmes plus urgents à régler.

-Comment ça? S'inquiéta Arisa.

-Mlle Laroche est venu m'aider dans mes recherches il y a un mois, il y a maintenant presque deux semaine, elle a trouvé des informations concernant son père et le Projet Summer Wars…

A ce mot, Shinobu sursauta et elle qui jusqu'ici gardait un air intéressé et avenant se referma comme un kokiyas.

-Vous êtes au courant?! S'étonna Arisa.

-Bien sûr, Mlle Laroche ne vous l'avez pas dit ? Je l'aide dans ses recherches depuis que je l'ai rencontré dans les ruines Alpha

-Non, elle n'avait pas précisé « ce détail », lâcha Shinobu.

-C'est normal, comme elle sait que nous n'aimons pas entendre parler de cette histoire, elle n'a rien dit. Ça lui ressemble bien, lui répondit Arisa d’un ton conciliant.

Sur la photo que Mimiko possédait, la mère de Shinobu, Reika Meikai, se trouvait au premier plan, pas loin d’Akira Matsumoto et semblait être, à l’annotation de derrière, l’assistante d’une certaine docteur Shiro. L’oncle et la tante d’Arisa se trouvaient eux au fond de l’image.

On ne parlait plus jamais d’eux chez elle. C’est comme si tout d’un coup le frère de son père et son épouse japonaise n’avaient jamais existés. Et lorsqu’elle ou sa sœur avaient le malheur d’y faire référence, leur père devenait tout à coup livide et partait s’isoler dans une chambre tandis que leur mère rentrait dans une rage effrayante.

Pour chacune d’entre elle, et elle intégrait ses autres amies, la découverte de cette photographie avait été un choc. Et le groupe qu’elles formaient avait décidé qu’elles voulaient faire comme si elles ne l’avaient jamais vue. C’était à cause de ce tabou que Mimiko avait voulu transgresser qu’elle s’était fâchée avec toutes ses amies. Sauf avec elle, parce qu’elle n’avait jamais voulu laisser tomber la brune et qu’au fond d’elle, elle aspirait aussi à la vérité.

Le professeur Chen sentit le malaise de ses visiteurs et décida qu'elles ne lui disaient pas tout. Cependant il comprit aussi qu’il n’en apprendrait pas plus en insistant. 

-Quoiqu'il en soit, elle est donc partie pour le Mont Sélénite et je n'ai plus de nouvelles depuis... J'ai fini par signaler sa disparition à la police...

Les deux françaises cessèrent aussitôt de s'en faire au sujet du projet Summer Wars et se regardèrent d'un air inquiet: voilà donc pourquoi Mimiko n'était pas venu sur le quai!

Mais elles auraient préféré toute autre réponse à celle-ci.

Même si elles devaient reconnaitre qu'elles ne s'étaient pas vraiment inquiétées au cours de l'année dernière, à tort, réalisaient-elles, car leur amie s'était retrouvée seule dans un pays étranger, sans personne pour l'aider ou pour s'inquiéter à son sujet... Et il était rassurant de se dire qu'elle avait trouvé des personnes comme ce professeur.

Il y avait quand même de quoi s'en vouloir un peu même si c'était le choix de la brune.

-Le Mont Sélénite... C'est bien à l'ouest d'ici? Demanda soudainement Arisa, une idée lui passant soudain en tête.

-Oui.

Elle se tourna alors vers Shinobu et planta ses yeux verts émeraude dans les siens:

-Il FAUT qu'on parte à sa recherche !

Shinobu haussa des sourcils. Elle ne s'attendait pas du tout à ce qu'Arisa lui propose ça.

-Mais le professeur a dit qu'il avait prévenu la police.

-Donc tu veux qu'on reste planté là à attendre? Maintenant qu'on est ici, on devrait pouvoir faire quelque chose pour l'aider!

-Et comment tu veux aller jusqu'à cette montagne? J'ai un budget super serré, je sais que toi c'est encore pire...

Arisa fit la grimace devant ces considérations banalement matérielles. Mimiko non plus n'avait pas beaucoup d'argent en arrivant ici, mais elle avait réussi à s'en sortir.

-Professeur, est-ce qu'il y a un chemin pédestre jusqu'au Mont Sélénite? Demanda-t-elle en se retournant vers le vieil homme.

-Eh bien oui. Comme un peu partout dans le Japon. Ces chemins sont ceux empruntés par les dresseurs de pokémons... mais...

-Ca prendrait combien de jours de s'y rendre à pied?

-... Vous ne comptez tout de même pas y aller pour retrouver votre amie?!? C'est trop dangereux! Ces routes sont pleines de pokémons sauvages, réalisa le professeur Chen qui n’avait pas compris un mot de ce qu’elles avaient manigancée en français.  

-C'est pas grave, j'aime bien les pokémons, moi.

Le professeur lui adressa un regard grave:

-Vous aimez peut-être les pokémons dressés comme ce mystherbe, mais c'est une autre histoire quand il s'agit de pokémons sauvages. Certains n'hésitent pas à attaquer les humains s'ils se sentent menacés ou tout simplement dérangés.

Shinobu se mit à frissonner et fixa droit dans les yeux l’homme en face d’elle :

-Donc vous admettez que les pokémons sont dangereux !

-Assez pour vous conseiller de vous protéger avec l’un d’entre eux. Ce serait pur hypocrisie de dire que vous ne risquez rien sur les routes.

Mais cela ne suffit pas à décourager Arisa et le professeur Chen sembla le sentir. Il sonda la jeune femme du haut de ses soixante-dix années d'expérience. Il y avait du feu, sans aucun doute, une passion réprimée et contrôlée et du sol, beaucoup de sol, les pieds sur terre, et un sol solide et ferme sur lequel on peut se tenir.

-Il faudrait compter deux semaines pour un marcheur rapide. Sachant que le chemin vous amènera à traverser la forêt de Jade, finit-il par dire.

-OK, merci beaucoup pour toutes ces information, le remercia Arisa en faisant mine de se lever.

Shinobu s'apprêtait à la suivre et à lui dire aussi ce qu'elle en pensait, quand l’homme les arrêta:

-Et ce n'est pas tout. Je ne peux décemment pas vous laisser partir comme ça, continua t'il en se levant à son tour et en les invitant à le suivre.

Il les guida jusqu'à la porte d'où il était arrivé et les jeunes filles découvrirent une grande pièce qui allait mieux avec l'idée qu’elles se faisaient d'un laboratoire. Un gigantesque ordinateur trônait tout le long d'un mur, avec plusieurs écrans et des machines dont elles ignoraient le fonctionnement ou l'utilité, des bibliothèques croulaient de livres et de feuilles volantes, ainsi que des tables et des croquis ou des posters d'anatomies de pokémons se trouvaient sur les murs.

Il se posta devant un grand poster où l'on pouvait voir trois petits pokémons:   

-Je ne peux pas vous laisser partir sur les routes sans vous prêter un pokémon. Je parle bien de prêter car vous n'êtes ici qu'en touristes, précisa t'il devant les yeux d'Arisa qui se chargeaient d'étoiles scintillantes. Je vous ferais un papier tenant lieu de preuves.

-Je suis vraiment vraiment d'accord! Approuva Arisa qui n'osait pas croire sa chance.

-Voila les trois pokémons que les débutants ont le droit de choisir dans ce laboratoire: bulbizarre, salamèche et...

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-Carapuce! Oui! Oui! Je les connais! 

-Mais votre amie peut être pas... Bulbizarre est le meilleur pour les débutants, Cara...

-Inutile de me les décrire, je n'ai pas l'intention de m'occuper d'un pokémon, répliqua Shinobu. Je suis déjà assez contaminée comme ça. Arisa n'a qu'à prendre celui qu'elle veut.

Par précaution, elle s'éloigna et attendit près de la porte.

Le professeur fronça les sourcils de perplexité et se tourna vers Arisa :

-Par « contaminée » elle veut dire… ?

-Oui. Euh… Zut c’est quoi le mot déjà ? … Les radiations ?

Nouveau froncement de sourcil.

-J’avais entendu ces bêtises françaises, mais…

-Pourtant c’est vrai.

-Peut-être mais c’est inoffensif. Les japonais ont la plus longue longévité de la planète et ne meurent pas de plus de cancers que d’autres… Bon... Fit le professeur un peu déstabilisé.

Il n'avait pas l'habitude qu'on lui refuse ses pokémons de façon aussi directe. Il baissa la tête vers Arisa pour qu'elle fasse son choix:

-Alors... Lequel des trois veux-tu pour t'accompagner?

La réponse ne se fit pas attendre:

-Salamèche! C'est lui que je voudrais!

Oui, il y avait du feu en Arisa Ferteau, malgré ses cheveux d'or et ses yeux d'émeraudes, il y avait des flammes qui n'attendaient que leurs heures et un petit coup de pouce pour sortir. Un salamèche pourrait peut-être bel et bien le lui donner.

-Très bien, tu as fait ton choix et tu sais que c'est un pokémon difficile à dresser.

Elle hocha la tête mais resta sur sa position. Elle avait toujours rêvé d'avoir un salamèche et maintenant, aujourd'hui qu'elle en avait la possibilité, elle n'allait pas rater cette occasion sous prétexte que ce serait difficile et qu'un bulbizarre serait un choix plus raisonnable.

Le professeur Chen se dirigea alors vers une espèce de coupole de verre où se trouvaient trois pokéballs. Il prit celle qui était marquée d'une flamme et la tendit à Arisa.

-Le voilà.

Elle prit avec délicatesse l'objet dans sa main. La balle, sous sa forme optimale était lisse et brillante tout en ne pesant pas grand-chose. Avec un sourire, autant d'anticipation, que pour la chose stupide qu'elle s’apprêtait à faire, elle lança l’objet dans les airs :

-SALAMECHE ! SORT !!!

Dans un jet rouge apparut un petit lézard de couleur doré, éclairant la pièce de la belle flamme qui brulait au bout de sa queue. Il cligna des yeux bleus, l’air pas bien réveillé.   

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-J’ai toujours rêvé de faire ça ! S’expliqua-t-elle devant l’air perplexe de Shinobu avant de revenir sur Salamèche et de le regarder d’un air songeur : C’est étrange, il me semblait que les salamèches étaient d’une couleur orangée…

-Oui, nous constatons régulièrement des anomalies de ce genre, répondit le Prof Chen, mais cela n’influe en rien leurs capacités.

-Chala ? Sembla répondre le petit pokémon lézard en regardant autour de lui.

-Roooh il est trop mignon ! S’exclama Arisa en le fixant sous toutes ses coutures.

-Je n’aurais jamais cru un jour entendre dire Arisa que quelque chose qui n’est pas noir, rouge ou glauque soit mignon, fit Shinobu, à présent étonnée.

Le salamèche se mit alors à remarquer la blonde qui se tenait près de lui et approcha son museau pour la renifler. Elle sentait bon les gâteaux et le thé, ce qui n’était rien d’autre que le dernier repas de la jeune fille.

-Chala ! Approuva t’il car il aimait bien l’odeur.

Voilà donc celle avec qui il partagerait sa vie, il la trouva bien grande et se dit qu’elle ne ressemblait pas aux humains qui venaient habituellement ici. Bah, ça ne devait pas être bien grave, d’après sa mère les petits humains mâles ne pensaient qu’à se battre et les petites humaines femelles à transformer leurs pokémons en poképoupées. Celle-ci n’étant pas petite, il ne risquait rien.

-Hey, coucou Salamèche ! Fit-celle-ci en s’accroupissant et en posant doucement sa main sur sa tête.

Le cuir de salamèche était doux et chaud.

La main de l’humaine était caressante et respectueuse.

Tous deux se dirent alors que ça se passerait bien.

Le professeur Chen se rappela soudain à Arisa en lui tendant des pokéballs miniaturisées ainsi qu’un papier :

-Voici d’autres pokéball au cas où tu aurais besoin d’attraper un pokémon spécifique… hum… Et voici le papier qu’il te faudra montrer si on te demande de justifier la propriété de tes pokémons.

-Ah ok. Merci beaucoup !

Elle rangea le tout dans son sac à dos pendant que Shinobu recevait quant à elle une carte de la région de Kanto.

-Je pense que ça vous sera utile. Tous les chemins sont indiqués, ils sont numérotés de 1 à 25. La route 1 part du labo et traverse les champs jusqu’à Jadielle, la ville la plus proche. Si vous partez maintenant… Vous devriez y être à la nuit tombée…

***

Céladopole était loin d’être la pire ville du Kanto et Hiro se sentait satisfait d’y avoir atterrit pour ses débuts.

L’agence de police se trouvait près du centre-ville, dans une rue plutôt étroite, entourés d’immeubles d’à peine trois étages contenant des bureaux divers et variés. Un changement pour lui qui avait connu les formels buildings de Safrania et son lot de salary men dépressif. Ici tout semblait plus humain, plus chaleureux et plus tranquille.

Pour son premier jour il se présenta à son capitaine sans énormément d’appréhension. Pourtant il comprit vite qu’il n’était pas spécialement le bienvenue.

Le capitaine était un homme de la cinquantaine, propre sur lui avec son costume et ses cheveux grisonnant plaqués de part et d’autres d’une raie de côté, afin sans doute de cacher un début de calvitie. Barbe rasée, de fin sourcils et des yeux acérés souligné par des pattes d’oie. L’homme le foudroyait ouvertement du regard.

Cela ne suffit pas à démonter Hiro qui resta bien droit dans son uniforme bleu de policier.

-J’ai eu votre dossier Yui. Sachez qu’avec moi, que votre père soit un de mes collègues, que vous ayez eu de bons résultats ou que vous ayez aidé la police à diverses reprises ne compte absolument pas. Vous commencerez en bas comme tout le monde, et estimez-vous heureux que je ne vous demande pas de servir le café.

Non, la tâche semblait dévolue à un autre. Ou plutôt à UNE autre suivant la logique machiste de la hiérarchie japonaise. De quoi vous déprimer toute femme entrant par conviction où que ce soit.

Mais celle-ci en particulier semblait décidée à ne pas se laisser abattre. Elle entra discrètement, un plateau à la main et posa la tasse sur le bureau sans un mot. Assez grande avec de larges épaules, elle n’en était pas moins jolie dans son genre avec ses yeux en amande et ses lèvres pleines. Ses cheveux étaient coupés court, surement par intérêt pratique et se présentait en dégradé.

-Agent Yui, voici l’agent Tsubasa Sanada. Ce sera votre équipière.

La jeune femme releva son plateau et le fixa avec curiosité et semblait-il, de la joie.

-Mais cela ne vous dispense pas de continuer à faire le service Sanada ! Continua l’homme comme s’il rabrouait un enfant.

-Bien sur capitaine !

-Bon, vous pouvez disposer… Pas vous Yui !

Hiro qui avait commencé à tourner les talons, trop heureux de quitter la pièce, dû calmer sa joie et se remettre en place sans rien laisser paraitre.

*Qu’est ce qu’il peut bien avoir encore à me dire celui là ?*

Mais il y avait encore un tas de chose que le capitaine voulait lui rappeler : et cela se résumait par « rester à sa place », « rester à sa place » et « rêver s’il croyait qu’il allait faire du terrain immédiatement. ».

Bref, il devait s’attendre à être de corvée de paperasse pendant un long moment.

*Mieux que servir le thé* Se consola t’il en prenant possession de son bureau, face à celui de Tsubasa Sanada.

Il ne s’était certes pas attendu à ce qu’on le mette de suite sur les affaires intéressantes, mais certainement pas non plus à être lynché.

-Heureuse de vous rencontrer Agent Yui, le salua Tsubasa Sanada en se portant à sa rencontre.

-Le plaisir est réciproque, mais puisque nous allons devenir partenaires, ne serait-il pas mieux de nous appeler par nos prénoms ?

-Si cela ne vous dérange pas, Hiro, cela ne me dérange pas.

Elle alla s’asseoir à son propre bureau à côté.

-Cela fait-il longtemps que vous êtes en poste ici ? Lui demanda-t-il.

-Moins d’un an, mais il n’y avait personne pour pouvoir faire équipe avec moi alors j’ai longtemps été en stand by, à aider les uns et les autres dans leurs papiers. Mais maintenant que vous êtes là, cela devrait changer.

Hiro n’en était pas certain.

-Ne vous réjouissez pas trop vite Tsubasa, le capitaine n’a pas l’air de m’aimer des masses…

Tsubasa répondit à son air morne par un sourire pétillant :

-C’est parce que vous êtes déjà une célébrité. Tout le monde a entendu parler de vos exploits et ici, on regarde tous la Ligue à la télé. Vous n’y êtes pas passé inaperçu.

Le jeune homme ne s’en glorifia pas et commença à feuilleter les dossiers placé devant  lui.

-Quel est le travail alors ?

-De l’archivage, répondit avec regret Tsubasa.

Hiro se contenta d’un grognement de gorge en s’y mettant. Trois années d’études en criminologie pour faire de l’archivage… non, autant qu’il s’y fasse, cette situation pourrait perdurer.

Il caressa un instant l’idée d’appeler à la rescousse son beau-père, mais vraiment juste en pensée, car il n’était pas du genre à se cacher derrière papa et maman. Non, il affronterait ce capitaine revêche et l’obligerait à voir ses mérites.

Allez, dans moins d’un mois, il se mettait au défi d’être sur le terrain avec Tsubasa !

**

Arisa eut l’occasion de regretter sa décision maintes fois sur le sentier qui les menait à Jadielle. Qu’est ce qui lui avait bien pris de vouloir rejoindre le Mont Sélénite à pied ? Elle qui n’avait jamais été que la partisane du moindre effort ?

*Pour Mimiko.* Oui, il y avait bien que pour aider une de ses amies qu’elle s’imposerait un truc pareil. Cela faisait à peine 20 mn, et elle en avait déjà marre, alors qu’à ses côtés voguait Shinobu, qui ne semblait pas le moins du monde indisposée et qui filmait la campagne autour d’elles.

Une campagne plate, à peine divertie de quelques arbres solitaires ici et là. Le reste était culture et prairie.

-Tu sais, à bien y réfléchir je crois que tu as raison, finit par dire Shinobu. Si cela fait déjà deux semaines et que la police ne l’a pas encore retrouvé, c’est qu’il y a peu de chance, avec leurs moyens, qu’ils la retrouvent…

Arisa fronça les sourcils, peu heureuse de ce qui filtrait derrière ces paroles.

-Tu crois qu’elle…

-Non. Je n’en sais rien. Je ne sais même pas comment travaille la police ici. Cela ne peut être qu’intéressant d’y jeter un coup d’œil et avec un peu de chance, on tombera sur la trace de Mimiko…. Oui…

Ce discours n’avait guère regonflé d’espoir Arisa qui hésitait même à grogner sur sa compagne et son « ça pourrait être intéressant », mais elle ne pensait sans doute pas à mal et à cet instant, un roucool descendit de sa branche sur le chemin pour picorer quelque chose au sol. Arisa s’immobilisa et obligea Shinobu à faire de même.

-Regarde !

Shinobu émit un vague marmonnement et s’éloigna précipitamment.  

-Fais le fuir ! Fais le fuir !

-Ca va pas, c’est le premier pokémon que je vois depuis qu’on a quitté le laboratoire, répliqua Arisa en sortant la pokéball de Salamèche. Je vais l’attraper.

-Hein ? Mais pourquoi ?

-Je sais pas, il pourrait être utile. Salamèche, à toi de jouer !

Elle jeta alors la pokéball du petit lézard et celui-ci apparut devant le roucool qui fit un saut pour se mettre face à l’agresseur.

-Sala… Au fait c’est quoi ses attaques déjà… ?

Par réflex elle se tourna vers Shinobu qui la foudroya du regard, indignée.

-Comme si je savais ça !

-Ah oui, griffe et rugissement, se rappela alors la blonde sans s’offusquer. OK ! Salamèche, attaque rugissement !

Le petit pokémon lança un adorable rugissement qui fit sursauter le roucool alors qu’il s’apprêtait à s’envoler.

-Bien attaque griffe maintenant !

Salamèche s’élança sur le roucool surpris qui tenta un retrait, mais pas à temps, et se mit à le lacérer de griffure.

-Parfait ! Maintenant POKEBALLLLL !!!!

Arisa lança la ball qui fit une jolie arabesque et atterrit… 1 mètres à côté du pokémon.

Petit moment de solitude.

pokemon087

 

-Ouuups… Je recommence !

Cette fois ci la pokéball manqua de taper dans la tête de Salamèche qui se baissa de justesse et atterrit assez prêt pour capturer le roucool éberlué par tant de maladresse. 

Le pokémon disparut dans un faisceau rouge à l’intérieur de la pokéball qui se referma et se mit à s’agiter violemment avant de s’immobiliser dans un claquement. Arisa qui s’était figée n’en crut pas d’abord ses yeux, puis alla récupérer son bien (ainsi que la pokéball manquée). Salamèche se dandina jusqu’à elle et posa sa patte sur sa jambe, comme pour la féliciter.

-Chala, chala !

-Ouah… On dirait que j’ai réussi ! J’ai capturé un Roucool ! (puis se tournant vers la route) tu as vu Shin, j’ai…

Mais il n’y avait plus personne sur la route. Shinobu se trouvait déjà à l’autre bout du chemin.

-EH! TU POURRAIS M’ATTENDRE !!!!

-Avec ton taux de radiation qui doit augmenter, je me le demande…

Puis, comme Arisa courrait avec elle suivie de Salamèche :

-RAH MAIS RANGE CETTE BESTIOLE DANS SA POKEBALL !!!!!!

Il y avait encore beaucoup de chemin pour atteindre Jadielle…

 

A suivre... 

 

*Bien que vous vous en fichez certainement, le nom de la mère de Hiro, Hibara, signifie rose de feu, c’est pourquoi son époux l’appelle affectueusement « ma rose ». Et tout aussi inutilement, le nom de Hiro, que je devrais écrire Hiiro, signifie « écarlate ». Arisa est la forme japonisée de « Alice » et Shinobu signifie « endurer ». Quant à Mimiko, je l’avais déjà dit, mais ça peut signifier oralement « petite oreille » mais ça s’écrit avec les caractères de « charme » et de « prêtresse ».    

**Les kanjis et les hiragana sont deux des écritures du japonais ( sachant que les kanjis sont assez compliqués, ils sont parfois traduit à côté en hiragana, comme c’est le cas ici pour laboratoire). Il existe une troisième écriture : les katakanas, qui servent à écrire en langue étrangère.

***Un furin c’est une clochette/cloche/carillon que les japonais accrochent près des fenêtres, car le son est jugé « rafraichissant » et ils ont en bien besoin avec leurs étés horriblement chaud (et je parle en connaissance de cause !). Eoko est un pokémon inspiré des furins.