Roucool s’éleva d’un battement d’aile triomphal dans le ciel, occultant un instant le soleil, avant de piquer vers sa proie afin d’effectuer une attaque charge.

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-ROUCOOL NOOOON !!!

Trop tard.

Le chetiflor fut frappé de plein fouet et se déracinant sous le coup, roula trois fois sur lui-même avant de rester à terre comme une vieille racine desséchée.

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Roucool remonta et se maintint en l’air d’un air satisfait, puis elle se tourna vers sa dresseuse qui, tapotant furieusement du pied, les mains sur les hanches, la regardait d’un air peu amène.

« Mais quoi ? » Semblait dire Roucool,  se sentant pas coupable pour deux sous.

Pour peu elle se serait dessinée une auréole au-dessus de la tête.

-Mais qu’est ce qu’il t’a fait ce pauvre chetiflor ?!

-Rourouroucool ! Essaya de se défendre le pokémon oiseau.

Sur l’épaule de Mimiko, Héricendre la regardait en balançant la tête d’un air navré.

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-Comme si j’étais capable de te comprendre ! Maintenant qu’est ce que j’en fais de cette pauvre chose ? Je peux pas la laisser là tout de même ?

Après avoir quitté Elisea, elle avait continué sur le sentier jusqu’à apercevoir au loin les toits d’une ville. Avisant un petit lac, elle leur avait octroyé un moment de repos où elle avait fait l’erreur ultime de sortir Roucool.

Comme aurait-elle pût savoir qu’elle chercherait à s’attaquer au seul pokémon qui avait eu le malheur de passer par là ?

Bon d’accord, elle aurait dû le deviner.

Comme elle ne se sentait pas de laisser le pauvre pokémon plante dans un tel état_elle était TROP gentille c’est pas possible !_ elle prit une pokéball et le captura.

Mais sans aucun plaisir et aucune motivation.

-Ouaiiis j’ai capturé un chetiflor… Youpi ! Ironisa-t-elle avant de rappeler d’autorité Roucool et de reprendre la route.

Ce dont elle pouvait se féliciter car elle remarqua alors les gros nuages noirs qui s’amoncelaient au niveau de Mauville.

Un orage se préparait.

Mais un chetiflor ? Enfin ! Elle n’avait aucune attirance pour ce type de pokémon. En général toutes plantes qui avaient eu le malheur de se retrouver entre ses mains avaient succombé à une mort foudroyante. 

Si seulement Roucool pouvait se calmer un peu… Après tout qu’elle le veuille ou non, elle avait écopée d’une dresseuse qui ne courrait pas les matchs et comme pour une raison ou une autre elle restait dans leur équipe, il faudrait qu’elle s’y fasse.

Héricendre à côté ne lui posait pas autant de problème…

La sonnerie de son pokématos se mit alors à retentir et la coupa de ses réflexions. Surprise, (A qui avait-elle donné son numéro ?) elle décrocha :

-Allo ?

/Mimiko ? C’est Sayaka !/

Mais oui, evidemment : Sayaka Orme. Elle aurait dû y penser.

-Bonjour Sayaka. Comment allez-vous ?

/Bien ! Bien ! Je voulais prendre de tes nouvelles… Ca fait quatre jours que tu es partie et… Euh mon mari est revenu et voulait savoir où tu en étais !/ Se rattrapa Sayaka alors qu’à côté d’elle Akira la traitait de « maman poule » en faisant luire un œuf.

-Ah… Vous pourrez lui dire que je suis sur le point d’entrer dans Mauville.

/Mauville ! Ah c’est une très belle ville ! Profites-en pour passer voir la Tour Chetiflor ! C’est une des plus étonnantes pagodes du pays. /

Mimiko fit une grimace, elle n’avait plus envie d’entendre parler de chetiflor pour la journée.

/Akira veut savoir si tu as attrapé des pokémons ?/

-Oui (bien malgré moi), une roucool et un ou une… chetiflor…   

Elle entendit derrière Sayaka les exclamations du gamin : « QUOI QUE DEUX ??? MOI J’EN AURAIS AU MOINS 3 DE PLUS EN ARRIVANT A MAUVILLE !!! ».

Elle laissa passer pendant que Sayaka l’exhortait à se calmer, puis reconsidérant le ciel, elle fit :

-Je pense que je vais me dépêcher d’atteindre le centre pokémon, un orage vient vers nous et je n’aime pas trop les éclairs et les coups de tonnerres…

/Un orage ? Oh alors il risque d’arriver aussi à Bourg Geon… Il faut donc que j’aille rentrer le linge. Je te souhaite bonne chance dans la suite de ton voyage et n’hésite pas appeler de temps en temps, hein ?/

-Oui… Bien sur… Hésita Mimiko, surprise et déboussolé par le ton tendre de Sayaka.

Elle raccrocha et fronça les sourcils. Puis songeant que ce n’était pas le plus urgent, elle fonça trouver l’abri sûr du centre pokémon.

***

A Bourg Geon, Sayaka raccrocha, tout aussi pensive.

Dès qu’elle avait rencontré Mimiko, elle n’avait pût s’empêcher de la prendre sous son aile. Au début elle ne savait pas pourquoi, puis elle avait compris. A sa façon d’agir. A sa façon de recevoir…

Rien que d’y penser, elle se sentait mal pour elle : cette enfant n’avait surement pas grandie entourée de beaucoup d’amour.

Elevée certainement dans un désert affectif, elle était incapable d’accepter l’amour des autres et d’en donner à son tour. Elle gardait prudemment ses distances d’une façon si discrète que ce n’était pas visible pour tout le monde. 

Attrapant Akira par les épaules, passant outre ses fulminations de protestation, elle le serra contre elle, ayant besoin de sentir son bébé qui n’en était plus un.

Tous les enfants avaient besoin d’être aimé…

***

Pour ce qu’elle en vu avant de passer la porte du centre pokémon, Mauville plaisait beaucoup à Mimiko.

C’était exactement ça qu’elle était venue chercher en se rendant au Japon : ces rues en vieilles pierres entourées par d’anciennes bâtisses, ces grandes lanternes en pierre qui étaient allumées la nuit, ces pins millénaires qui se penchaient comme des vieillards sur les routes. Par chance, elle tombait en plein festival de fin d’été et les commerces s’étaient ornés de lampions, de  pétards et de couleurs vives.

En confiant ses pokémons à l’infirmière Joëlle, elle apprit que le festival lui-même aurait lieu demain en début d’après-midi dans le jardin de la Tour Chetiflor.

Elle qui à l’origine ne devait rester que pour dormir ne pût s’empêcher de vouloir y participer.

-Est-ce qu’il vous reste un lit de libre ? Demanda-t-elle alors en jetant un coup d’œil au salon du Centre qui était occupé par une dizaine de dresseurs. 

Elle espérait vraiment qu’il en restait un : elle n’était pas pressée de réitérer l’expérience du camping. 

-Oui, vous avez de la chance, c’est la dernière dans une chambre de fille. Sinon vous auriez dû dormir avec des garçons.

Effectivement, c’était une chance. Dormir avec des inconnues ne l’emballait pas vraiment, mais dormir avec des inconnu de l’autre sexe, encore moins.

-Je vous le prends alors.

L’infirmière lui tendit la clef du casier correspondant : chaque lit avait son casier pour stocker ses affaires précieuses.

Le mot d’ordre était de vivre en bonne entente et de se faire confiance dans un centre pokémon, mais jusqu’à un certain point. Certains étaient incapables de résister à la tentation d’un sac laissé à portée de main pendant le sommeil de son propriétaire.

Une clef de casier fixée à une chaine autour d’un cou était immédiatement plus difficile d’accès.

Arrivant dans ce qui serait sa chambre, elle fit doucement en voyant que quelqu’un dormait déjà sur l’un des quatre lits.

Mimiko se réjouissait d’avoir pour elle la couchette du haut car elle aurait plus d’intimité ainsi.

Elle rangea son sac dans le casier, prit ses affaires de toilettes et sa serviette, et sans même manger malgré son ventre qui criait famine, elle fonça dans l’une des capsules douches pour retirer toute la crasse des deux jours de camping sauvage.

Elle se sentit littéralement revivre sous le jet d’eau tiède et laissa l’eau couler sur ses cheveux et son corps pendant vingt minutes. Elle avait ainsi l’impression qu’avec la saleté, toutes les contrariétés et les choses laides qu’elle avait faite coulaient d’elle et disparaissaient avec l’eau savonneuse.

C’est donc plus calme qu’elle sortit, dans ses habits propres et une serviette protégeant ses épaules de ses longs cheveux humides. Elle faillit alors se cogner à Chriss.

Restant un instant interdite par la rencontre, elle le détailla avec plus d’attention que la dernière fois.

Pour un homme, il avait les traits très fin. Cela devait venir de son côté japonais, conjectura t’elle, mais il avait aussi sans aucun doute du sang étranger. Ne serait-ce que pour ses cheveux blonds et raides attachés dans son dos.

Comme elle quoi. Même si c’était certainement le seul point en commun qu’elle avait avec l’ombrageux jeune homme.

-Ah vous êtes là vous aussi ? Finit-elle par lâcher en s’essuyant une goutte qui était tombé de ses cheveux sur sa joue.

Il l’avait d’abord regardé d’un air sombre, peu avenant, mais à ces mots, sa bouche se fendit d’un sourire moqueur :

-Bien sûr, on est là depuis hier ! On a pas trainé ! Mentit-il.

En réalité, ils n’étaient là que depuis ce matin, mais Mimiko n’avait pas besoin de le savoir.

-J’ai déjà défié le champion de l’arène et j’ai gagné mon badge. N’espère pas pouvoir combattre Hayato* demain, Harry a réservé son tour !

(*Pour certains champions, je garderais leurs noms français pour que ce soit plus facile, mais désolé « Albert » c’est un vieux nom et ça lui va pas du tout >_<)

-Grand bien lui fasse. Je n’ai pas l’intention de combattre le champion de cette ville, répliqua simplement Mimiko en partant à grandes enjambées vers sa chambre.

Chriss la regarda disparaitre au coin du couloir avant de repartir vers le salon.

Un coup de tonnerre retentit dehors.

***

Le lendemain matin, après avoir dormi plus que nécessaire, la première chose que fit Mimiko fut de récupérer ses pokémons.

Nourris et reposés, ils étaient partants pour une nouvelle journée et tout aussi curieux qu’elle au sujet du festival.

Pendant qu’Héricendre et Roucool devisaient au sujet de ce qui était amusant ou pas, les combats ou les jeux d’adresse, Mimiko se pencha sur la petite nouvelle :

-Bonjour toi ! Je suis Mimiko !

Elle avait essayé d’y mettre le plus d’entrain possible, mais à la vue du chetiflor qui la regardait avec ses petits yeux inexpressifs et sa grande bouche de fleur, elle se sentait juste dépitée.

C’était pas faute d’avoir essayé…

Enfin, ce n’était pas non plus la faute de ce pauvre pokémon s’il était ainsi fait. Elle fit rentrer ses deux petites femelles dans leurs pokéball et invita Héricendre à prendre sa place habituelle, sur son épaule ou son sac.

En tout premier lieu, elle passa à la laverie automatique, puis dépensa ses dernières pièces pour acheter de la nourriture pour elle et ses pokémons.

Elle ne pourrait du coup rien dépenser au festival.

-On y peut rien Héricendre, quand on est pauvre on est pauvre ! Philosopha t’elle, fataliste, mais chagrinée tout de même de ne pouvoir rien offrir à ses pokémons lors de l’occasion. Ce qui ne les empêcherait pas cependant de profiter de l’ambiance et du spectacle.

Elle rentra ensuite au Centre Pokémon pour ranger ses achats et prendre un repas au mess.

Pendant qu’elle mangeait, elle laissa ses amis se dégourdir les pattes dans le jardin du Centre. Plusieurs pokémons d’autres dresseurs s’y trouvaient mais les siens restèrent entre eux.

Ou plutôt Héricendre et Roucool se regroupèrent autour de Chetiflor.

-Héri Héricendre ! (Bonjour je suis Héricendre !) Engagea le petit pokémon feu pour mettre leur nouvelle compagne à l’aise.

-Cheti cheti Chetiflor ! Che cheti flor ! (Moi che chuis Chetiflor ! Contente de vous rencontrer !) .

Elle tendit une de ses feuilles à Héricendre qu’il serra de ses petites pattes.

-Roucoo coo ! Rourou coo rou coo rouuu roucool ! (Je ne suis pas d’accord. Cette misérable chetiflor est trop faible et trop misérable pour être avec nous !) Répliqua Roucool en passant entre eux deux en battant frénétiquement des ailes pour qu’ils se lâchent.

-Chet chetiflor cheti ! ( Tu es chelle qui m’a foncé dessus !)

-Rou ! Rouuu coo, roucool coo roucool ! ( Oui ! Je suis celle qui m’élève dans les airs, toi tu es celle qui traine dans la poussière !)

-Héri héricendre ! (Ce n’est pas gentil de dire ça !) S’énerva Héricendre en faisant apparaitre des flammes sur son dos, faisant s’envoler par reflex Roucool.

Son rire méprisant résonna autour d’eux tandis qu’elle allait se percher sur un arbre.

-Cheti cheti flor ? (Qu’est ce que che lui ai fais ?) Demanda tristement Chetiflor en baissant la tête, les feuilles tombantes.

-Héri héri cendre cendre ! (Il faut pas l’écouter !).

Mais le comportement de Roucool envers Chetiflor ne devait pas aller en s’améliorant. Héricendre eut beau la sermonner, lui dire que ce n’était pas parce que lui l’avait battu qu’il l’humiliait sans cesse, il finit par se rendre compte qu’il parlait à une tête de bois.

Mimiko ne se doutait absolument pas de ce qui s’était passé lorsqu’elle réunit ses compagnons pour partir au festival. Elle remarqua bien l’air un peu flétri de sa Chetiflor mais quand elle lui proposa un verre d’eau, celle-ci le dédaigna.

-Bah ? J’espère que ce n’est pas ma malédiction avec les plantes qui commence à agir sinon on est mal ! Maugréa-t-elle en vidant l’eau.

-Vous allez au festival ? Demanda l’infirmière Joëlle qui passait près d’elle.

-Oui, pourquoi ?

-Je préviens les dresseurs qu’à cette occasion nous verrouillons les portes plus tard. A une heure du matin pour être précise.

-Merci du renseignement.

Héricendre sur son sac, Roucool voletant au-dessus d’elle car refusant de se faire câliner par sa dresseuse et Chetiflor sur son épaule, Mimiko quitta le bâtiment pour prendre la direction de la tour qu’elle voyait s’élever au-dessus des toits des maisons.

Il y avait beaucoup de monde dans les rues par rapport au moment où elle était arrivée : On voyait que c’était un jour férié. 

L’orage d’hier avait laissé dans l’air une certaine humidité, mais il ne faisait pas frais pour autant.

Passant près de l’académie pokémon qui s’apprêtait à rouvrir ses portes, elle tomba sur une large route pavée qui menait tout droit à la Tour. Le long de celle-ci s’étendait déjà plusieurs stands ambulants de nourriture tenus par des commerçants qui s’éventait tout en appelant les passants. Héricendre huma l’odeur de takoyaki et se lécha les babines.

Au sol des vendeurs présentaient des marchandises aussi diverses que des bagues ou des objets de dressages pokémons, sur les lampadaires et poteau électriques étaient accroché des cerfs volant représentant des leviators ou des magicarpes.

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Il y avait aussi beaucoup d’enfants qui couraient dans tous les sens avec des masques de chetiflors.

-Cheti chetiflor ! (Ils che déguisent en moi !)  Lança Chetiflor, agréablement surprise.

-Rou rou roucool ! (Pour se moquer certainement !) Répliqua le pokémon oiseau qui l’avait entendu.

Chetiflor lui renvoya un regard furieux.

Est-ce que cette grosse brute volante ne pouvait pas la lâcher un peu ?

En s’avançant, ils découvrirent le magnifique jardin japonais qui se trouvait en contrebas de la tour : aux pins sculptés se mêlaient les bambous et sur un petit lac flottaient paresseusement des nénuphars. Il était traversé par deux ponts qui débouchaient sur l’entrée de la Tour Chetiflor.

Mimiko resta un moment immobile devant ce décor qui semblait figé dans une beauté immobile et immuable. Son cœur se mit à battre plus fort d’émotion.

C’était stupide, ça faisait déjà plusieurs jours qu’elle était dans ce pays, mais c’était comme si elle venait enfin de le réaliser vraiment.

Elle avait envie de pleurer, puis deux secondes après de danser de joie et ainsi de suite.

Il lui fallut sentir Héricendre lui grimper sur la tête pour réagir à nouveau. Intérieurement elle se promit que rien ne viendrait l’arracher de cette terre. Que c’était là où elle voulait vivre désormais. 

Tous ses soucis : son travail, son manque d’argent et tout le reste, s’effaçaient pour ne laisser que le bonheur d’être là où elle était.

Elle entendit à peine un marchand essayer de lui vendre un magicarpe tant il lui semblait flotter au-dessus du bruit. Frappée par le soleil de plomb, elle continua sur le chemin, passant devant divers stands, pour trouver l’ombre et la fraicheur de la pagode à trois étages.

L’intérieur était plus grand qu’elle ne l’avait cru, tout fait de bois, dont il lui semblait entendre le craquement comme si toute la Tour Chetiflor gémissait. Mais elle se rendit vite compte de son erreur en s’approchant du centre où, par un trou dans le plafond, un immense pilier oscillait doucement à rythme régulier, dans un mouvement presque hypnotique et calmant.

C’était lui qui grinçait ainsi.

Comme elle se démontait la tête pour voir ce qu’il y avait au-dessus, un des moines l’approcha :

-C’est la première fois que vous entrez ici ?

Elle cessa de s’appuyer à la rambarde qui protégeait le pilier et se tourna vers lui.

-C’est exact. A quoi sert ce pilier ?

-Il est le centre du bâtiment. C’est grâce à lui que la tour tient debout malgré les tremblements de terre… Il est aussi l’écho des combats pokémons qui ont lieu aux étages supérieurs… Et pour finir, c’est de lui que la tour tient son nom : on raconte qu’il s’agissait autrefois d’un chetiflor géant.

Après son speech touristique il adressa un sourire à Chetiflor sur son épaule.

-Il est encore inexpérimenté je me trompe ?

Les pupilles de Mimiko se tournèrent vers son nouveau pokémon.

-Encore une fois, vous avez raison. Je viens juste de le capturer.

La pokemon plante se redressa pour paraitre au mieux de sa forme, flattée d’être le centre de l’attention de cet homme.

-Nous nous entrainons avec des chetiflors, lui apprit le moine. Nous pensons qu’ils représentent un état d’esprit équilibré. Leur souplesse leur permet de supporter des chocs importants. Tels un roseau, ils plient mais ne rompent pas, contrairement au chêne qui en résistant finira par se faire déraciner.

-Un état d’esprit équilibré vous dites… C’est pourquoi regarder ce pilier est si relaxant ?

-Beaucoup de dresseurs aiment venir ici pour s’entrainer et trouver la paix et l’harmonie. Ce festival de fin d’été est aussi en l’honneur des chetiflors et nous organisons un match en fin d’après-midi pour les mesurer les uns aux autres… pourquoi ne pas inscrire votre chetiflor ? 

Mimiko lui adressa un sourire poli pour toute réponse, mais elle n’avait pas l’intention de se battre aujourd’hui. Elle voulait juste s’amuser.

Comme des tambours annonçaient dehors une procession, elle sortit de la Tour rejoindre les animations.

En passant la porte, Roucool qui les avait attendus sur une fenêtre les rejoignit. Chetiflor, le « buste » bombé s’adressa à elle d’un ton triomphant :

-Cheti ? Cheti ti che chetiflor ! Chetiflor cheti ! (Tu as entendu ? Ce festival est en l’honneur des chetiflors ! Pas des Roucools arrogants !).

Héricendre soupira d’avance, sentant la dispute revenir. Qu’est-ce que les filles pouvaient être insupportables lorsqu’elles s’y mettaient !

Mais il ne voulait plus intervenir. Il avait dit ce qu’il avait à dire à Roucool et si Chetiflor se mettait à la narguer, ce n’était plus son problème.

-Rou rourou cool coo ! Roucool rou roucoo, coo ro, “roucoo” roucool rouuuu ! (Cela prouve simplement que ces gens n’ont aucun gout ! En tout cas il est certain que ma, pardon « notre » dresseuse me préfère !).

Chetiflor croisa ses feuilles et se mit à bouder, refusant d’écouter plus longtemps le verbiage aigre du pokemon vol. Mais d’un autre côté, elle trouvait aussi que sa dresseuse ne semblait pas pressée de se battre avec elle, discutait avec Héricendre et surveillait du coin de l’œil les déplacements de Roucool, mais ne tournait pas souvent la tête vers elle…

Elle se rassura en se disant qu’ils se connaissaient depuis plus longtemps et essaya de ne pas remarquer que lorsque ses deux compagnons pokémons s’échangeaient des noms d’oiseaux (c’était le cas de le dire !) c’était d’un ton presque affectueux et complice.

 

Ils assistèrent ensemble au défilé d’un temple portatif puis à des danses traditionnelles. L’après-midi passa rapidement dans le parc, ils arrivèrent même à gouter des dangos lorsqu’un vendeur proposa une dégustation.

Sa brochette de boules de riz gluant à la main, Mimiko alla la déguster à l’ombre d’un arbre tout en en proposant des petits morceaux à Roucool et à Héricendre.

Elle hésitait à en donner à Chetiflor qui était une plante. Elle réalisa d’ailleurs qu’elle n’avait aucune idée des soins à donner à un pokémon de son type.

*Il faut que je demande à l’infirmière Joëlle…* Pensa t’elle quand un petit garçon poussa une exclamation près d’elle et fonça sur son chetiflor pour le prendre dans ses bras.

-AAAH ce chetiflor est parfait ! Il a une inclinaison de tête parfaite ! Une longueur de tige idéale ! Un maintien altier !

Chetiflor n’avait pas le choix vu qu’elle ne voulait pas dépareiller avec Roucool à ses côtés, mais elle apprécia moyennement de se faire froisser les feuilles ainsi.

-Ah… Répondit simplement Mimiko qui ne comprenait vraiment pas l’engouement des gens de cette ville pour les chetiflors. 

-C’est le vôtre ? Vous avez de la chance !!!! J’aimerais tellement en avoir un pour participer au combat de tout à l’heure… Moi je n’ai que le vieil onix de mon grand frère…

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-Tu peux essayer d’en attraper un.

-J’aimerai… Mais ma mère ne veut pas que j’aille dans les hautes herbes… Oh je sais ! Est-ce que vous accepteriez d’échanger votre chetiflor contre mon onix ?

-Hein ? Echanger ? Fit Mimiko avec des yeux ronds.

-Cheti ?!?!

-Bein oui, on peut le faire au Centre Pokémon. Ça veut dire que je deviens le propriétaire de chetiflor et que vous devenez la propriétaire de onix.

Devant son hésitation manifeste, le petit garçon n’hésita pas à prendre un air de chien battu.

-Dites oui ! S’il vous plaiiiiiit !!!

Mimiko n’avait pas plus envie d’un onix que d’un chetiflor et cette histoire d’échange, qui semblait si naturel au petit garçon, venait heurter une partie de ses convictions.

Elle savait que s’il lui avait demandé d’échanger Héricendre ou Roucool, elle aurait immédiatement refusé. Il lui était impossible d’imaginer une seconde troquer ses deux compagnons, par une décision unilatérale, comme on échange des cartes à jouer.

Mais Chetiflor et elle n’était pas encore très attaché alors… Pourquoi pas ?

De plus ce garçon semblait adorer les chetiflors, elle serait très bien avec lui… Et ça lui éviterait le sort du géranium asséché ou du cactus moisi qu’on avait eu le malheur de lui confier.

Ayant pris sa décision elle rentra au Centre Pokémon avec le petit garçon sans même remarquer qu’au comble de la joie, Roucool murmurait « Echangée ! Echangée ! » à chaque battement d’aile, plongeant Chetiflor dans une colère noire.

 

Le garçon la conduisit dans une salle du sous-sol qui contenait une grande machine. L’infirmière Joëlle les accompagnait pour s’assurer du bon déroulement de l’échange.

-Je croyais qu’il était impossible de faire passer le pokémon d’un autre pour le sien, déclara Mimiko qui se souvenait des propos du dresseur qu’elle avait rencontré à Carmin sur Mer.

-Cette machine est conçue pour apposer un nouveau nom de dresseur à une pokéball, mais elle garde en mémoire celui du Dresseur d’Origine. Ce qui permet, en cas de vol, de retrouver la pokéball, expliqua l’infirmière.

-On ne peut plus revenir en arrière après ? Demanda tout de même Mimiko en faisant entrer Chetiflor dans sa pokéball.

-Si, en refaisant un échange. Mais il faut à nouveau que les deux partis soient d’accord. (L’infirmière pointa du doigt une caméra en haut du mur) Toutes les transactions sont filmées. Il est donc facile de repérer un échange forcé.

Pendant ces explications, le petit garçon sorti de sa poche une pokéball et la posa sur l’un des deux plateaux prévu à cet effet. Il inséra ensuite sa carte de dresseur dans la machine.

Son nom apparut sur l’écran, ainsi que ses statistiques et celle de son pokémon.

La jeune fille remarqua au passage qu’un surnom avait été donné au onix : celui de Maximus.

-Je suis prêt ! Annonça-t-il tout joyeux.

Mimiko l’imita avec sa pokéball et sa carte de dresseur. Lorsque tout fut en place, l’infirmière Joëlle leur redemanda confirmation, puis appuya sur un gros bouton vert au milieu.

Des éclairs frappèrent alors les deux pokéballs et celles-ci semblèrent perdre de leur consistance, avant de prendre une forme de rayon rouge tandis que sur l’écran une ombre de chetiflor croisait une ombre d’onix.

 Il fallut tout au plus 5 minutes et les éclairs cessèrent, ayant effectué le transfert des deux pokéballs.

Si Mimiko avait un doute, il lui suffit de prendre sa nouvelle pokéball dont les couleurs étaient défraichies et qui pesait plus lourd pour réaliser que ce n’était plus celle de Chetiflor.

Le petit garçon de son côté s’exclamait de joie en brandissant la pokéball, puis la remercia avant de courir s’inscrire au combat du festival.

Tout avait été si soudain que Mimiko avait à peine réagit, tenant la pokéball de l’onix dans ses mains, déstabilisée.

Bon…

Bein…

Elle ne reverrait certainement plus Chetiflor…

 

Rien n’était moins certain.

Dans la nuit, bien après que le dernier des feux d’artifice ne se fut consumé, à l’heure où tous les dresseurs dormaient du sommeil du juste, plusieurs ombres se peignirent sur les murs du couloir du Centre Pokémon et disparurent.

Une longue liane s’éleva au-dessus de Mimiko qui se retournait sur son lit en gémissant. Elle passa le long de son cou pour se refermer sur la petite clef qui ouvrait son casier.

Mimiko, sentant le contact, se réveilla.

Aussitôt une dizaine de liane surgirent de nulle part et s’enroulèrent autour d’elle, la saucissonnant et bâillonnant sa bouche avant qu’elle n’ait pu hurler. Elle vit la clef passer au-dessus de sa tête sans pouvoir rien faire et ouvrir la porte du casier pour s’emparer de ses pokéballs…

 

Non, rien n’était moins certain…

 

A suivre…