Elle s’activait à réunir toutes ses affaires dispersées aux quatre coins de la pièce, celle-ci déjà bordélique quand on l’y avait installée, pour les fourrer dans son sac tout en tenant en équilibre son pokématos entre son épaule et son oreille.

-Mais oui Sayaka, puisque je pars c’est que le docteur estime que ma cheville est suffisamment remise !

Elle n’avait pas trop de difficulté à imaginer la femme du professeur Orme en train de tourner en rond dans sa cuisine tout en surveillant d’un œil son bébé. Son fils Akira, quant à lui, avait repris l’école depuis deux semaines.

Jetant un coup d’œil dehors, Mimiko songea qu’ils étaient déjà fin septembre et que bientôt elle devrait dire adieu à la lumière et à a chaleur qu’elle aimait tant. 

Comme si Sayaka avait lu dans ses pensées, elle répondit :

/Je me suis permise de fouiller dans ta valise pour te trouver des affaires un peu plus chaude que les débardeurs et les jupes que tu as pris avec toi. J’ai envoyé au labo un colis qui aurait dû arriver aujourd’hui. Le facteur me l’avait assuré ! Je t’ai mis un T-shirt à manche courte et deux T-shirt à manche longues, un jeans, une jupe longue et un bas de jogging. Les nuits vont se rafraîchir désormais tu seras contente de l’avoir ! Et comme tu me l’a demandé, j’y ai aussi mis ton shampooing./

-Sayaka… Gémit Mimiko.

Mais pourquoi cette femme était aussi prévenante et adorable avec elle ? 

/Je n’aurais pas dû ?/ S’inquiéta celle-ci.

-Si si, comme d’habitude, vous êtres incroyable Sayaka…

/Mais non ce n’est rien ! Ca me fais plaisir ! As-tu besoin d’autre chose ? De la nourriture Pokémon ? De l’argent ? Peut-être que je t’envoie aussi ton manteau ?

-Non vraiment, c’est parfait, je n’ai besoin de rien d’autre, d’autant plus que je ne suis pas certaine que votre mari apprécierait tout ça alors qu’il vient juste de me payer !

/Noon, vraiment il ne s’en rendrait même pas compte !/

Alors qu’elle reprenait le téléphone en main et s’emparait de son sac pour descendre dans la cuisine communautaire du laboratoire, elle se demanda si Sayaka était vraiment heureuse en couple avec le professeur Orme. Mais bien sur elle ne lui en posa pas la question. De un c’était indiscret. De deux elle ne voulait pas risquer de l’attrister.

-Je vois un gros coli, lui affirma Mimiko à la place en entrant dans la pièce à manger où un gros carton trônait sur la table.

/Ah tant mieux il est arrivé ! Tu n’as qu’à me le renvoyer avec tes vêtements actuels, sinon ils prendront trop de place dans ton sac ! /

-Je vous remercie vraiment Sayaka.

/Mais de rien. Prends soin de toi et ne te fatigue pas trop à la tâche./

Rangeant son pokématos, Mimiko salua le professeur Yorimora qui passa dans la cuisine et entreprit d’ouvrir son coli.

Evidemment, il n’y avait pas QUE ce que lui avait dit la jeune femme. Elle trouva au-dessus de ses vêtements une grosse boite de daifuku mochi qu’elle adorait et de gâteaux fourrés aussi à la pâte de haricot rouge en forme de différents pokémon qui étaient apparemment une spécialité de Bourg Geon. Pour ses pokémons elle trouva une boites de poffins aux différents parfums.

-Sacré Sayaka…

Elle tourna son regard vers ses pokémons qui se dégourdissaient les pattes dehors et se dit qu’elle n’était pas mécontente de quitter enfin les ruines Alpha. Avec un soupir, elle prit le tas de vêtement et remonta dans sa « chambre » pour se changer.

Comme elle ne savait pas vraiment ce qui l’attendait, un enfila un T-shirt noir à manches courtes sur un jeans, mais elle s’avouait mécontente d’avoir à se couvrir de nouveau.

Ah son été ! Son bel été ! Pourquoi ne pouvait-il pas rester ?

Les jeans ça la grossissait…

Essayant d’oublier ces pensées triviales, elle fit le transfert de ses affaires, se réjouissant de pouvoir remplacer le shampooing qu’elle avait fini, même si elle songea avec tristesse que c’était le dernier qu’elle avait amené de France et qu’elle ne trouverait surement pas un qui l’équivalerait en matière de réparation de pointes sèches.

Ses cheveux, ses très longs cheveux noirs et bouclés en avaient besoin pour rester aussi beaux et brillants qu’ils l’étaient, comme des plumes de cornèbre.

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Elle plia par la suite le futon où elle avait dormi et galéra à le ranger dans le placard à cause de son poids.

Quand elle redescendit, son sac prêt, ses anciens vêtements sous le bras afin de les placer dans le carton, elle découvrit que toute l’équipe scientifique, qu’elle avait fini par connaitre pendant cette semaine, se trouvait là pour son départ. 

Le docteur lui posa une main sur l’épaule avec un sourire chaleureux, le professeur Yorimora la pris carrément dans ses bras et lui pleura dessus en s’excusant de n’avoir pas pût la protéger dans les ruines_ elle avait l’habitude de ce refrain, il le lui chantait depuis son « accident » malgré le fait qu’elle ne l’en tenait absolument pas coupable_ et puis elle se retrouva face au Conservateur.

Rien à faire, à chaque fois qu’elle le voyait, elle se sentait remplie d’affection pour cet homme qui avait l’allure d’un bon vieux grand père. De plus, c’était avec lui qu’elle avait passé la plus grande majorité de sa convalescence.

Il lui prit les mains et elle trouva étrange le spectacle de ses doigts, fins, petits, aux ongles un peu longs au milieu de ces grandes mains marquée par le temps.

-Je vous souhaite te trouver ce que vous recherchez, lui annonça-t-il d’une voix basse, et vous remercie pour le travail que vous avez fait pour nous cette semaine.

-Oh ce n’est rien, je supporte mal de m’ennuyer et de me sentir inutile, surtout lorsqu’on m’héberge et me soigne !  

Dès qu’elle avait pût sortir de son lit, elle avait proposé au Conservateur d’archiver tous ses dossiers dans une application informatique. Ainsi il pourrait trouver les informations dont il avait besoin beaucoup plus vite.

-Vous avez exécuté avec brio un travail rébarbatif que personne n’avait osé entreprendre jusque-là, la détrompa le vieil homme. C’est pour ça que j’aimerais que vous acceptiez cette petite récompense.

Il la lâcha pour déposer une pierre ambrée retenue par un cordon dans ses mains et les retira vite pour l’empêcher de le lui rendre, ce que Mimiko essaya effectivement faire.

-Non franchement, c’était avec plaisir et avec tout ce que vous avez fait pour moi… En plus j’ai déjà reçu un paiement du professeur Orme…

Il lui tapota affectivement la tête avant de la pousser en direction de la sortie pour lui faire comprendre que le débat était clos.         

Devant celle-ci se trouvait le professeur Chen, toujours aussi sérieux que d’habitude. Il ne lui dit pas vraiment au revoir.

-N’oubliez pas, si jamais vous avez des informations sur le professeur Matsumoto et ses recherches, appelez-moi. J’en ferais de même pour vous. En attendant nous gardons Bêta et nous allons replonger avec lui dans les ruines pour retrouver votre mystérieuse inscription.

-Merci beaucoup Professeur Chen.

Et se baissant vers Bêta qui se tenait assis à côté, les oreilles inclinées de tristesse :

-Merci beaucoup à toi aussi Bêta.

Elle caressa la tête du caninos qui lui lécha en retour le bout des doigts et se releva pour partir.

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Maximus, Windy et Hien l’attendaient déjà dehors. 

***

-Mmh, alors comme je le pensais, la capacité spéciale engrais permet d’augmenter les attaques plantes lorsqu’elle est activée… Marmonna pour lui-même Harry en feuilletant une revue de stratégie spéciale pokémon plante.

Bien sur il aurait pût apprendre ça en cours, mais à l’époque il avait autre chose à faire... Dormir par exemple ! Les cours, ça avait jamais été son truc, il préférait s’instruire tout seul et de fait, il avait plutôt une bonne intelligence.

Une bonne intelligence qui avait du mal à fonctionner en ce moment à cause de ses deux partenaires, constata t’il en leur lançant un regard mauvais.

L’héricendre de Goliath était en train d’avaler bruyamment des monceaux de nourriture sous le regard désintéressé de son dresseur qui était lui-même en train de faire un sort à leurs provisions.

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-Ne t’étonne pas après si Chriss te lance des piques. Il a raison, c’est une honte que ton premier pokémon en soit toujours à ce niveau. Bientôt il sera plus large que haut ! S’agaça-t-il avec un air navré pour le hérisson de feu.

-Oh toi et ton pokémon de tapette, on vous a pas sonné, répliqua Goliath sans s’arrêter de manger.

-Mon « pokémon de tapette » ?!?! Je t’interdis de parler de Macro comme ça ! Au moins, lui, il a évolué !

Macronium qui était couché prés de Harry émit un son doux pour calmer son dresseur en arquant élégamment son cou. 

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Il fut cependant rapidement couvert par les cris de Chriss qui courait le long du lac près duquel ils s’étaient arrêtés, tout en exhortant son pokémon.

Neuvième fois qu’ils repassaient. Harry en avait marre, il n’arrivait pas à se concentrer.

-Ce n’est pas comme ça que tu augmenteras la vitesse de ton Crocrodil !!! Lui cria-t-il en se levant, jetant son magazine sur le tronc d’arbre coupé qu’il occupait.

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Il se dirigea à grands pas vers le blond qui regardait le temps qu’ils avaient fait :

-On ne peut rien faire contre les IV qui sont propre à chaque pokémon ! Si tu veux faire monter ses EV bats-toi, mais ce que tu fais est d’une inutilité totale !!!

Crocrodil sortit sa tête de l’eau, surpris de ce qui se passait sur la rive.

-Je m’en fous de tes IV et de tes EV !!! Je fais ce que je veux et j’entraine mon Crocrodil comme je veux ! Libre à toi de continuer à feuilleter des livres, mais ça je peux totalement te l’assurer, ça n’améliorera pas tes pokémons ! Lui répondit Chriss d’un ton méprisant en le foudroyant du regard. 

Il se détourna de lui avec suffisance pour reprendre son entrainement, tel un jeune seigneur qui vient de renvoyer son domestique et c’est certainement ça qui fit qu’Harry parla sans réfléchir avant :

-Quoique tu fasses, il ne se transformera JAMAIS en minidraco !!!!

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C’était une grossière erreur.

Il avait voulu lui faire mal, taper là où il savait que ça toucherait. Mais c’était lui qui allait avoir mal maintenant.

Chriss se figea et se retourna soudain, la respiration rauque les yeux exorbité. Avant qu’Harry ait pût faire quoique ce soit, il lui bondit à la gorge et resserra ses fines mains blanches et aristocratique qu’il détestait tant sur son cou. 

Il étouffait en essayant de se libérer, finalement c’est Goliath qui de sa force, arracha Chriss et lui permit de reprendre son souffle.

-Ne. Dis. Jamais. Plus.Ca ! Lâcha d’un ton coupé Chriss en respirant fortement, fou de rage. 

Harry ne lui répondit pas, se contentant de se tourner sur le côté pour accueillir les inquiétudes de Macro, Teddiursa et Chetiflor.  

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Quant à Chriss il demanda à Goliath de le lâcher, et, bouillant encore intérieurement, s’éloigna pour s’asseoir sur la berge, les pieds dans l’eau. 

Crocrodil nagea jusqu’à lui et sentant son désespoir, posa sa tête contre ses chevilles. Son maître n’était pas très tactile, c’est pourquoi il hésita, mais voyant qu’il ne le repoussait pas, il resta là, à flotter près de lui.  

L’esprit de Chriss était déjà bien loin de tout ça.

****

Chriss, 7 ans, habillé d’un kimono couleur perle, ses cheveux coupés en carré. Il était assis derrière un fusuma et regardait en cachette l’entrainement de sa cousine.

Cheveux bleus et longs retenu en une couette, Sandra faisait suivre à son minidraco un parcours d’obstacle dans l’étang artificiel qui se tenait au milieu de la résidence. L’adolescente courait après lui en l’encourageant et en l’invectivant quand il le fallait. C’était une dresseuse sans pitié.

Le pokémon dragon se pliait à ses décisions sans faillir, jaillissant dans les cerceaux, se faufilant dans des tubes, slalomant entre les poteaux. Cet entrainement avait été conçu spécialement pour améliorer les capacités d’esquives.

Arrivé à la fin, Sandra appuya sur le bouton de son chronomètre. Elle eut un petit sourire satisfait. Le minidraco ondula dans l’eau jusqu’à elle et sortit sa tête.

-Bien, notre temps s’est amélioré de cinq secondes. Mais c’est toujours plus que Peter ! On recommence !

La dresseuse et le pokémon repartirent au début du parcours. Chriss poussa un petit soupir : C’était toujours moins bien que Peter, mais il avait hâte de se frotter aussi à l’entrainement et à tout faire, lui aussi, pour égaler son cousin.

Ce dernier arriva justement dans le couloir et Chriss se remit sur ses jambes pour lui courir après.

Peter était son cousin le plus âgé, et actuellement l’homme qu’il respectait le plus au monde. Héritier de leur clan, il combinait le talent, le charisme et la beauté. Il était aussi le champion de l’arène d’Ebenelle, mais ça n’avait rien d’étonnant : cette arène appartenait à leur famille depuis la nuit des temps.

Le rattrapant, Chriss calqua son pas sur lui.

-Tiens, te voilà, toi ! Fit-il en lui ébouriffant les cheveux et en s’arrêtant.

A ce contact, Chriss était fou de joie.

-Peter ! Attrape-moi un minidraco ! Moi aussi je veux m’entrainer comme Sandra ! Fit-il en s’accrochant à sa manche.

-Allons, allons, un peu de patience, tu sais très bien que tu auras ton minidraco comme tout le monde…

Il le prit par l’épaule et le guida jusqu’à l’appontement de bois extérieur qui longeait les bâtiments. Dans l’air glacé, il lui pointa une direction. Chriss vu la gigantesque arène, avec derrière le lac du dragon installé en cuvette contre la montagne. Au fond de celui-ci, une grotte gardée par un homme : l’Antre du dragon.

-… Quand tu auras 10 ans, tu seras digne d’entrer dans l’Antre du dragon.

-Qu’est-ce qu’il y a dans l’Antre ?

-Ca, je ne peux pas te le dire…   

****

Mimiko leva au soleil le collier que lui avait offert le Conservateur. Cela faisait ressortir les nombreuses nuances d’orange de la petite pierre précieuse et Hien trouvait qu’elle ressemblait aux yeux de sa maitresse quand ils étaient touchés par la lumière.

-C’est surement de l’ambre, je ne crois pas que ce soit de la citrine : c’est un peu plus jaune. Et on dirait qu’il y a quelque chose dedans, mais je n’arrive pas à voir quoi…

Haussant les épaules, elle remit le collier autour de son cou.

-Plus important, le soleil est déjà bas, il va falloir trouver un endroit où passer la nuit, marmonna la jeune femme que ça n’emballait guère.

Sa première expérience du camping sauvage ne l’avait pas vraiment emballée et pourtant elle savait rien qu’en voyant le paysage que ce ne serait pas la dernière fois.

S’il n’y avait eu ce chemin de terre, elle se serait décrétée au milieu de nulle part. Jamais elle n’avait vu de telles étendues vierges d’activité humaine dans son ancien pays. Il y avait toujours un poteau électrique, une maison ou une route au loin pour se rappeler qu’on vivait au 21eme siècle et que le monde entier avait été cartographié et googlemapisé.

Une chaine de montagne s’élevait devant elle et elle avait déjà commencé à y entrer car la route ne faisait que monter et descendre. On pouvait voir au loin plusieurs étendues d’eaux qui reflétaient le ciel et les herbes hautes se coucher sous le vent. 

Le souffle d’air passa sur elle, la faisant sourire, entrainant derrière lui ses cheveux en lui murmurant quelques vieux contes qui lui donnait envie de courir dans les prés et de s’y renverser en riant.

A ses côtés, Hien affronta lui aussi le vent, mais il ne l’appréciait pas autant et s’ébouriffa par la suite comme pour se redonner  contenance.

-Comme c’est calme, loin du vacarme humain…

A peine annonçait-elle ça qu’un bruit de pétarade vint tout casser. Mimiko aperçut alors une moto qui roulait sur le chemin en soulevant un sacré nuage de poussière et qui venait dans sa direction.

Pour la laisser passer, elle s’écarta sur le côté.

Celle-ci la dépassa puis s’arrêta, avant de faire demi-tour et de revenir plus doucement vers eux. La brune pût alors reconnaitre l’uniforme des policières Jenny.

-Il y a un problème madame ? Demanda-t-elle alors que la policière les fixait.

-Je voulais juste vous dire de faire attention si vous prenez ce chemin Un grand nombre de vol ont été signalés et en plus des rumeurs font état de la présence de la Team Rocket…

La policière prit un air suspicieux avant de continuer :

-Vous n’en êtes pas au moins ? Je peux voir vos papiers ?

Avec un soupir, Mimiko lui tendit sa carte de dresseur qui rassura immédiatement sa vis à vis.

-La team Rocket se trouve aussi ici ? Ils sont partout décidemment… Fit-elle, peu ravie d’avoir à entendre à nouveau ce nom depuis Carmin sur Mer, avant d’ajouter : Et ce sont surement eux qui commettent ces vols…

-Eh bien… On en est pas sûr, intervint la policière qui semblait comprendre son agacement.

-Comment ça ? Depuis que je connais ces malfrats, ils ne font que ça : voler !

-Eh bien c’est à cause de la nature des objets volés… Ca ne ressemble pas à ce qui intéresse habituellement la Team Rocket.  

-Ha ? Et c’est quoi ces trucs qui sont volés ?

-Des produits de beauté, lâcha la Jenny sans aucune expression sur le visage.

-Hein ? Des produits de beautés ????

-Oui, c’est tout ce que le voleur prend. Pourtant il fouille des sacs qui contiennent des pokéballs et de l’argent, mais il ne semble ne s’intéresser qu’à ça… C’est pour ça que je vous préviens. C’est peut être un détraqué… Enfin, si vous découvrez quoique ce soit, appelez la police et j’arriverais !

Mimiko hocha seulement la tête, perplexe. Néanmoins, s’il s’agissait vraiment d’un détraqué, la perspective de passer la nuit dehors la refroidissait maintenant totalement. 

Mais comme elle n’avait de toute évidence pas vraiment le choix, elle quitta le chemin en quête d’un lieu qui pourrait lui servir aussi de cachette.

Le soleil avait disparu derrière les monts quand elle trouva enfin son bonheur : un petit espace herbeux entre deux parois rocheuse et bordé par une rivière assez profonde. Cela lui faisait trois obstacles naturels, donc trois coins sur quatre de protection relative.

Elle monta en vitesse sa tente avant que l’obscurité ne tombe totalement tandis qu’elle envoyait ses pokémons chercher du bois.

Windy faisait de fréquents aller-retour avec des brindilles, heureuse de faire de l’exercice après une journée entière à somnoler dans sa pokéball, quant à Hien, il revint en marchant maladroitement sur ses deux pattes arrières, plusieurs branches dans celles de devant et une beaucoup plus grosse qu’il trainait derrière lui avec ses dents. 

Tout cela fut peu de chose par rapport à Maximus qui déversa presque un paquet devant Mimiko avant de se désintéresser d’elle pour manger de la terre.

La jeune femme fit le tri, organisa un petit tas qui lui semblait ressembler aux feux de camp qu’elle avait déjà vu à la télé et satisfaite de son habileté, gratta une allumette pour la jeter sur le bois. 

La petite flamme brula un instant, tenta faiblement une percée sur le bois, puis s’éteignit inexplicablement.

Il en fut de même pour les trois allumettes suivantes jusqu’à ce que, Hien, sentant l’agacement de sa maitresse monter en crescendo, crache une flammèche sur le tas pour l’embraser.

Il ne s’expliqua cependant pas pourquoi elle parut si dépitée.

-Mimiko, bientôt 19 ans… Incapable d’allumer un feu de camp par elle-même… Marmonna-t-elle pour elle-même, ne comprenant pas ce qu’elle avait fait de mal.

Enfin le feu, ça brulait bien le bois normalement !  

Maintenant c’était sûr, si on la lâchait en pleine nature toute seule, elle était MORTE.

Se secouant mentalement, elle alla remplir sa petite marmite dans la rivière et mit l’eau à bouillir, puis versa leurs nourritures à Hien et à Windy.

De Maximus il ne restait plus que la moitié de son immense corps serpentin, le reste était sous terre, toujours en train de se restaurer à sa façon de pokémon roche.

Mimiko fit cuire son riz, le mangea de façon automatique avant de mettre les restes dans son bento pour demain. Avant de verser le riz, elle avait remplie d’eau bouillante son thermos et sa bouteille : c’était sa façon à elle d’avoir toujours de l’eau vraiment potable.

Puis une fois toute ces tâches faites, tâche qu’elle faisait avec GRAND soin histoire de retarder le moment de se coucher, elle n’avait pas d’autre choix que d’éteindre son feu. Histoire de ne pas attirer l’attention.

Elle devait ensuite courir se mettre à l’abri dans sa tente avec Hien, se mettre en pyjama à la lueur de son pokématos et se recroqueviller comme une larve dans son duvet, son feurisson paisiblement blotti contre elle.

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Windy sur le faîte de la tente allait surement passer sa nuit à chasser et Maximus avait complètement disparut sous terre, dormant dans la galerie qu’il avait créé.

Il était inutile de dire qu’elle eut extrêmement du mal à s’endormir, entre les hululements, le vent dans les feuilles, les cliquetis des mimigals (pitié pas un migalos !) et le bruit des pas des pokémons sauvages.

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Elle avait peut-être raison de s’inquiéter, mais elle avait fini par sombrer dans le sommeil quand une boule de lumière jaune vint flotter dans l’obscurité prés de son camp.

**

Le lendemain, Mimiko fut réveillée par Hien qui lui donna des petits coups de tête pour qu’elle ouvre l’entrée de la tente.

Ce qu’elle fit machinalement, le laissant sortir, avant de se retourner et de se rouler en boule. Même avec des courbatures, elle n’était toujours pas du matin.

Elle constata néanmoins, à moitié endormie qu’aucun détraqué n’était venu la déranger pendant la nuit.

Comme elle avait laissé la tente ouverte, c’est Windy qui acheva de la sortir du lit en lui tiraillant les cheveux, chose très désagréable.

-Oui oui, je me lève… Gémit-elle en la chassant du bras.

Quelques minutes plus tard, elle était habillée et elle se coiffait en lisant une revue que lui avait donnée le professeur Chen et tout en écoutant distraitement la chaine de radio musicale sur son pokématos.

L’un des articles concernait le trio d’évolution Roucool, c’est d’ailleurs le seul qu’elle arrivait à comprendre car le reste était beaucoup trop spécialisé pour elle.

16

-Oh, Windy ! L’appela-t-elle alors que celle-ci creusait le sol à la recherche d’elle ne savait quoi.

La pokémon vol releva la tête et s’envola pour se percher sur l’épaule de sa maitresse et regarder avec elle le magazine. Elle ne comprenait bien évidemment pas l’écriture des humains, mais elle reconnaissait les images.

-La prochaine attaque que tu dois apprendre est « vive-attaque ». Hien la connait déjà, il pourrait te la montrer… 

Windy émit un piaillement méprisant, tout en prenant intérieurement note de ce que sa maitresse lui avait dit car ça l’intéressait énormément. Elle ferait tout pour s’améliorer en combat, mais elle n’irait certainement pas demander des conseils à un gamin !

Même si ce gamin avait soudain pris plusieurs centimètres, la dépassait et avait changé de place dans le cycle de la chaine alimentaire.

Hien l’ignorait, ayant grandi en élevage, mais il avait à présent la carrure des pokémons qui chassaient les roucools pour les dévorer…

Bref, elle se désespérait d’évoluer à son tour pour changer cet état de fait purement humiliant.  

Si l’attaque était « vive », elle devait surement s’entrainer à voler le plus vite possible !

C’est donc ce qu’elle se mit à faire sous les yeux étonnés de Hien et Maximus tandis que Mimiko pliait le campement. Cependant, comme elle avait passé toute la nuit éveillée, elle ne tint pas longtemps ce rythme et rentra dormir dans sa pokéball. Maximus suivit le même chemin et l’équipe reprit la route.

Tout comme hier le temps était mitigé, le vent poussait avec force les nuages et l’on pouvait passer en quelques minutes de la lumière à l’obscurité.

Ils débouchèrent de l’autre côté d’une petite montagne dans la matinée sans avoir rencontré personne et purent apercevoir le chemin qu’ils suivaient serpenter dans la vallée au milieu de plusieurs cours d’eaux et de petits lacs. Si la roche était prédominante dans le paysage, quelques conifères poussaient ici et là et l’on pouvait voir plusieurs étendues jaunes un peu partout.

-Des fleurs ? Se demanda-t’elle en commençant la descente.

Il devait avoir plu pendant la nuit car le chemin était boueux et glissant. D’ailleurs Hien ne restait que parce qu’il ne voulait pas laisser seul Mimiko, sinon cela ferait longtemps qu’il serait retourné se mettre au propre dans sa pokéball. La boue lui collait aux pattes et séchait comme de vieilles croutes sur son pelage.

Alors qu’ils débouchaient d’un tournant, ils découvrirent ce qu’étaient ces plaques jaunes un peu partout.

Coupant le chemin, une longue queue de pokémon marchait en groupe. Ils étaient si nombreux que la jeune femme ne voyait ni le début, ni la fin de la cohorte. Petits moutons à la laine jaune, Mimiko mit du temps à se rappeler leur nom si étrange.

-Des wattouats…

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Ils portaient tous au cou des colliers où était suspendue une grosse cloche qui sonnait doucement à chaque pas, lui rappelant les troupeaux de vaches que l’on voyait dans les campagnes françaises.

Quoiqu’il en était, ils leurs bloquaient tout simplement la route.

La jeune femme essaya de leur faire peur en criant des « Poussez-vous ! » mais tout ce qu’elle reçut en échange furent les regards blasés des bestioles. Puis, ne voyant pas d’autres solutions que de se frayer un passage dans le troupeau, elle s’avança pour les pousser, s’il le fallait, avec ses mains.

Rien ne saurait décrire l’affreuse sensation qui la frappa en touchant le premier qui lui tomba sous la main. Criant, elle s’éloigna brusquement et tomba par terre, faisant jaillir de la boue tout autour d’elle.

Elle avait déjà pris le jus plusieurs fois à diverses occasions, mais ce n’était pas du tout comparable avec la douleur qu’elle avait ressenti alors que l’électricité passait dans tout son corps. C’était cent fois pire.

-Malheureuse ! Fit soudain la voix d’un homme que, trop sonnée par ce qui venait de lui arriver, elle n’avait pas entendu approcher.

Il l’aida à se relever :

-Il ne faut jamais toucher un wattouat quand il se déplace en troupeau ! Leur laine qui se frotte les unes aux autres créé de l’électricité statique qui circule dans toute la file ! C’est leur meilleur moyen de se protéger contre les prédateurs.

-J’avais oublié que c’était des pokémons électriques, se justifia Mimiko, piteuse. Je voulais juste continuer ma route.

-Ah désolé ma ptite dame, il fallait que je les change de pâture. Vous ne pourrez pas traverser tant que mon troupeau ne sera pas passé.

Elle fixa l’homme qui la dépassait d’une tête et qu’elle n’aurait jamais imaginé éleveur sans son habit de travail, pantalon noir en plastique et grosses bottes.

-Ils sont tous à vous ?

-Oui, tous ceux aux colliers bleus et blancs. Vous trouverez d’autres troupeaux dans la vallée : c’est l’un des seuls endroits où l’on peut encore élever le wattouat dans de bonnes conditions. Nous faisons ensuite la vente de leur laine. D’ailleurs si ça vous intéresse…

-Non merci… Là, pour le moment c’est plus d’une bonne douche dont j’aurais besoin…

Ses vêtements étaient couverts de boue et une partie avait giclé sur ses bras et son visage. Elle ne parlait même pas de ses cheveux qui avaient flottés dedans…

L’homme lui adressa un sourire d’excuse avant qu’elle ne choisisse de quitter le chemin pour rejoindre la rivière auprès de laquelle elle avait campée. Celle-ci s’écoulait effectivement à quelques distances, mais ce n’était pas pour lui déplaire.

N’ayant croisé personne, elle laissa à Hien la garde de son sac à dos et en sortit de quoi se changer, ainsi que son savon et son shampooing. Elle lui ordonna de rester ici tandis qu’elle descendait à la rivière avec Windy.

Ce qu’elle faisait n’était peut-être pas très malin, mais elle ne supporterait pas de rester dans cet état toute la journée. S’assurant une dernière fois que le coin était désert, elle retira tous ses vêtements en vitesse et avec le savon en main, elle rentra dans l’eau.

Serrant les dents parce que celle-ci était froide, elle se força à s’immerger jusqu’à la tête.

-Tu fais le guet, hein Windy ? Si quelqu’un approche tu me préviens !

Elle se savonna rapidement, frottant pour faire partir toute la terre, puis nagea un peu plus loin pour s’immerger entièrement. Remontant à la surface, elle surprit un pokémon qu’elle n’avait plus vu depuis un moment et s’étonna d’ailleurs de sa présence.

Mew plongeait dans la rivière pour en ressortir avant de flotter au-dessus d’elle comme s’il cherchait un poisson. Il s’arrêta en voyant que la brune l’avait vu et le fusillait du regard et se mit à rire.

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Pour Mimiko, Mew restait un synonyme d’ennuis. D’ailleurs elle ne comprenait même pas pourquoi cette gerbille rose passait du temps en sa présence.

-Petit pervers, maugréa t’elle en couvrant stupidement sa poitrine d’un de ses bras.

C’était stupide, car les pokémons se fichaient probablement de la nudité humaine comme de leur premier repas, mais elle ne pouvait que se sentir gênée face à leurs regards intelligents.

Mew, lui, fit des cabrioles comme pour se moquer d’elle.

-Dis, tu n’es pas censé être un pokémon que les gens ont une chance sur dix mille de voir dans leur vie ?

Il rigola à nouveau et se tint en l’air à quelque centimètre de son visage, à l’envers.

Elle ne savait pas trop comme elle sut ça, mais à la façon dont il l’observait, elle comprit qu’elle l’intriguait.

Mais pas comme une curiosité enfantine, non, alors que son comportement était totalement celui d’un gamin qui voulait s’amuser, soudain elle sentait dans son regard la curiosité d’un vieux sage face à une nouvelle chose. Une curiosité aussi bienveillante que prudente.

Elle sentait que si ce qu’il voyait ne lui plaisait pas, il n’hésiterait pas à la détruire pour protéger son univers.

Mais cela ne lui faisait pas peur. Pas pour l’instant, car il n’y avait qu’amour dans ses prunelles bleue et elle le sentait presque dire :

« Ne t’en fais pas petite chose, continue ta route. »

Puis il éclata à nouveau de rire et l’éclaboussa en plongeant dans l’eau juste devant elle.

Alors qu’elle et Windy étaient occupés par Mew, elles ne remarquèrent pas le buisson qui bruissait juste au bord de la berge. Deux yeux brillèrent dans l’ombre, puis, profitant de ce moment d’inattention, leur propriétaire fonça à découvert attrapa le shampooing qui se tenait près des habits et repartit dard dard par sa cachette.

Cependant Windy sentit le déplacement d’air et se retourna juste le temps de voir quelque chose disparaitre dans les buissons. Elle poussa un cri d’alerte et Mimiko se tourna effrayée vers le bord, s’apprêtant à y bondir pour attraper ses habits.

Si elle ne vit personne elle remarqua par contre l’absence de son shampooing.

-OH NON ! MON SHAMPOOING !!! WINDY !!!!

L’oiseau comprit aussitôt le message et fonça directement à la suite du ravisseur alors que la brune remontait sur la berge pour attraper sa serviette et rejoindre son camp improvisé.

Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait été victime du détraqué des produits de beautés !

***

Un troupeau de wattouat avançait tranquillement pour changer de pâturage tout en papotant gaiement.

Soudain le groupe fut forcée de se dessouder car une longue flammèche jaillit et les fit fuir dans tous les sens.

-Maudites bestioles !

Le prince était toujours en colère.

Harry ne fit aucun commentaire en bout de file, laissant les moutons se refermer derrière lui après l’attaque du malosse de Chriss.

228

Ce dernier avait sans doute passé toute la nuit à remâcher sa malheureuse petite pique et comme souvent, elle avait pris des allures de crime de lèse-majesté quand le soleil s’était levé.

Depuis qu’ils avaient coutumes de se fréquenter, soit presque une dizaine d’année, lorsqu’une dispute éclatait, c’était toujours à Harry ou à Goliath de s’excuser auprès de Chriss. Et si ce dernier disait quelque chose qui ne leur plaisait pas, ils valaient mieux pour eux se taire et laisser passer.

Mais tout cela était surtout vrai à l’époque où ils vivaient à Ebenelle.

La famille de Chriss régnait sur la ville depuis des millénaires : son arrière-grand-père leur payait des taxes avant que la classe des samouraïs soit abolie à l’Ere Meiji. Mais dans la réalité, le Clan des dragons restait plus ou moins propriétaire de la ville. Propriétaire des principales terres agricoles, propriétaire de l’Arène, propriétaire des principales industries de la ville, membres siégeant au Conseil Municipal, à la Ligue Pokémon, à diverses places stratégiques du gouvernement, dont, entre autre, le ministère de la Guerre et pire que tout, placé même auprès de l’Empereur.

Il allait sans dire que lorsqu’il rentrait chez lui en pleurant parce que Chriss était méchant, sa mère l’accueillait avec deux paires de baffes et l’ordre d’aller s’excuser auprès de lui.

Mais ici, loin d’Ebenelle, qui pourrait savoir qu’il avait contrarié sa Majesté ? Pour une fois dans sa vie, il n’allait pas s’excuser.

Malgré cela, il aurait aimé que Chriss cesse son train d’enfer pour qu’ils puissent faire une pause et s’entrainer. Après tout, ils n’étaient pas pressés et le terrain était intéressant.

Oui, il avait d’autres problèmes que Chriss dans l’immédiat.

Au dernier Centre Pokémon il s’était informé au sujet du type de pokémon utilisé par l’Arène d’Ecorcia.

Insecte.

C’était assez mauvais pour lui.

Chriss ne devait pas trop s’inquiéter car il avait malosse, même s’il ne l’utilisait pas souvent. Mais lui il n’avait que des pokémons plante et un petit ourson de type normal. Teddiursa avait déjà fait des merveilles contre le champion Hayato qui lui aussi utilisait un type lui étant défavorable, mais à chaque arène le niveau augmentait et il lui fallait préparer sa défense.

Il pourrait aussi compter sur le double type de Chetiflor, qui le protégerait de pas mal d’attaques, mais la petite tige était inexpérimentée pour l’instant. Ses anciens propriétaires n’avaient pas beaucoup travaillés…

Mais comment s’adresser à Chriss sans s’excuser ?

Voilà qui l’embêtait énormément depuis un moment.

Il était tellement prit dans ses pensées qu’il manqua de se manger l’immense dos de Goliath quand celui-ci s’arrêta brusquement.

-Eh bien, eh bien, qu’avons-nous là ? Fit une voix masculine.

Harry sortit de derrière la carrure de Goliath pour observer les deux personnes qui se tenaient devant eux et qui avaient réussi un exploit : stopper leur Chriss en colère.

Il lui suffit de remarquer le « R » rouge qui marquait le devant de leurs vêtements pour comprendre…       

***

Une fois rhabillée, Mimiko attendit Windy.

Elle l’attendit pendant une heure avant de décréter que ce n’était pas normal et de partir à sa recherche.

C’était sans doute une erreur d’avoir ordonné aussi impulsivement à Windy de partir seule à la poursuite de quelqu’un dont on ne savait rien alors qu’elle n’était, malgré toutes ses bravades, pas très puissante.

*Par ma faute.* Songea encore Mimiko, se rendant compte pour la première fois que son désintéressement envers l’entrainement de ses pokémons pourrait être fatal à l’un d’entre eux.

Et s’il était arrivé quelque chose de grave à sa roucool, elle ne se le pardonnerait jamais.

Hien finit par la trouver par terre, inconsciente et Mimiko s’empressa de prendre dans ses mains son corps mou sans résistance. Heureusement elle voyait son ventre se soulever, signe qu’elle respirait encore, mais il n’y avait aucun Centre Pokémon à la ronde. Et elle ne pourrait jamais rejoindre le plus proche assez rapidement.

Se fichant éperdument cette fois-ci du lieu où ils se trouvaient, ils montèrent « le camp » et Mimiko installa Windy sur un tas de vêtement.

Elle aspergea de potion les divers endroits qui lui semblaient touchés et réduit en bouillie une baie oran pour essayer de la faire couler dans son bec. C’était tout ce qu’elle pouvait faire.

Cette nuit-là, tout comme Hien, elle lutta contre le sommeil pour la veiller, notant au fur et à mesure les améliorations de son état de santé.

Quand Windy ouvrit les yeux, elle s’était cependant assoupie assise, la tête dodelinant dangereusement. La roucool l’observa un instant, cherchant à comprendre ce qui se passait.

-Pourquoi ne dors-t-elle pas dans sa carapace rose ? Demanda d’un couinement pâteux Windy à Hien qui s’était tourné un instant pour profiter des premiers rayons du soleil qui brillait derrière la montagne.

-Elle était inquiète pour toi, elle t’a soignée, répondit-il avant d’ajouter après réflexion l’air presque gêné : moi aussi.

Il se gratta derrière l’oreille pour reprendre contenance alors que la roucool se leva sur ses pattes sans répondre. Que pouvait-elle dire vraiment ?

-Je t’ai trouvé par terre, inconsciente, continua le feurisson, que s’est-il passé ?

-Je ne sais pas vraiment. Je suivais celui qui avait volé l’objet de la maitresse et j’ai été attaqué… Je n’ai même pas vu venir l’attaque.

Ce dernier fait, elle le cracha avec rancœur.

Une nouvelle blessure, faite à son orgueil, à lécher, songea-t-il.

-Mais je pense que ce misérable asticot ne se cache pas loin

Elle essaya de s’envoler mais elle sentait ses ailes engourdies et préféra les refermer. Elle n’était pas encore totalement remise.

Hien poussa alors de son museau un bol où se trouvait un poffin :

-Tiens, Mimiko a laissé ça pour toi. C’est gentil, non ?

-Ce qui serait gentil, c’est qu’elle me rende plus forte, répliqua la pokémon oiseau avant de néanmoins commencer à picorer le petit pain.

Les deux pokémons préférèrent ne plus rien se dire jusqu’au réveil de celle-ci.

Mimiko accueillit le rétablissement de Windy avec plaisir et s’excusa auprès d’elle au moins une centaine de fois. Si elle s’attendit à être picotée dans tous les sens, il n’en fut rien. La roucool, coincée au sol, semblait indifférente à tout ça et plus intéressée par la perspective de repartir à la poursuite du voleur.

La jeune femme déjeuna alors en vitesse pour la suivre avec Hien.

Windy sautillait pour marcher et ce n’était pas très rapide, ainsi au bout d’un moment, Mimiko la prit sur son épaule, suivant la direction qu’elle leur indiquait de la tête.

Après une petite marche au milieu des buissons et de quelques arbres, ils débouchèrent dans un renfoncement rocheux où, au comble de l’étonnement de Mimiko, se trouvait sur une espèce de marche creusée dans la pierre, toute une série de flacons aux couleurs et formes variées.

Des parfums, des gels douches, des shampooings, des soins capillaires, de la mousse à raser… Un véritable rayon de produits de beauté !

Ajouté à ça des pinces, des chouchous, des barrettes… Et dans un coin se tenait une espèce de cuvette d’eau fumante, comme une source d’eau chaude.

Prenant un élastique à cheveux ornés de cerises en plastique, elle avait du mal à comprendre pourquoi quelqu’un s’amuserait à réunir tout ça ici…   

Le piaillement sonore de Windy lui fit faire un pas en arrière, évitant de peu un éclair qui s’abattit là où elle se trouvait auparavant.

Se tournant, elle découvrit un wattouat qui, planté fermement sur ses pattes, le globe sur sa queue brillant comme une lanterne, bêlait agressivement dans sa direction.

Mimiko se tint sur ses gardes, attendant de voir apparaitre son propriétaire, le détraqué. Mais personne ne vint. Il était peut-être en vadrouille…

Le wattouat, sans les perdre de vue, se mit à longer la paroi jusqu’à se placer entre eux et les produits de beautés, la laine grésillant d’électricité.

-Hien ! Appela Mimiko et le feurisson vint se placer devant elle. Je comprends maintenant pourquoi Windy était dans cet état. Contre un pokémon électrique la pauvre n’avait pas beaucoup de chance.

Windy aurait aimée s’insurger des paroles de sa maitresse mais elle devait avouer qu’elle avait raison… Elle avait moins mal au cœur et comprenait désormais pourquoi une seule attaque avait suffi…   

Pour une fois, elle décida d’agir sagement et de rentrer dans sa pokéball, laissant Hien laver son honneur.

Mimiko aurait très bien pût éviter le combat : après tout un shampooing… Mais elle avait compris hier la nécessité de ne pas toujours fuir les occasions de s’améliorer.

-Hien ! Vive attaque !

Le feurisson partit aussitôt en flèche sur le mouton. Celui-ci lança à nouveau des attaques éclairs mais elles furent facilement évitées et il fut frappé de plein fouet,  glissant sur la terre boueuse contre la roche.

-Flammèche !

Les flammes de Hien surgirent aussitôt sur son dos et sa tête, la température monta soudain brusquement au point que sa dresseuse s’éloigna par prudence et il cracha quelques flammes sur sa cible.

Le wattouat se reprit devant l’imminence du danger et bondit sur le côté pour esquiver. Une flamme toucha cependant un bout de laine qui se mit à noircir et à fumer.

En s’en apercevant, le pokémon électrique sauta presque sur place en glapissant d’horreur, les yeux révulsés. Pourtant la flamme s’était éteinte, mais il considérait ce bout de sa laine noircit comme si c’était une chose particulièrement répugnante. Il se mit à courir dans tous les sens le long de l’étal de roche, avant d’attraper dans sa gueule le shampooing de Mimiko, elle le reconnut par sa forme spécifique, et de sauter dans la source d’eau chaude.

Et là, ce fut à la jeune femme d’être horrifiée. Devant ses yeux, le pokémon électrique était en train de vider tout le contenu d’un shampooing qui coutait une fortune, presque à se demander s’il y avait pas de l’or dedans, sur sa laine, jusqu’à n’être plus qu’une boule de mousse. 

Hien était tout aussi stupéfait et ne savait pas s’il devait continuer à attaquer la petite femelle wattouat.

Celle-ci s’immergea sous l’eau avant d’en ressortir d’un bond, aussi brillante qu’un sou neuf et sa laine d’un jaune aussi immaculé qu’il pouvait l’être.

Hien se retourna vers Mimiko l’air de demander « je l’attaque ou je l’attaque pas ? » quand il sursauta, constatant que sa maitresse bouillait de rage et semblait presque cracher des flammes.

Elle brandit un doigt menaçant vers la wattouat :

-TOI ! Espèce de terroriste ! Ce shampooing était à mes cheveux ce que Mona Lisa était à Léonard de Vinci ! ET On ne le trouve qu’en France !!!!! Tu vas le payer ! Et ça, je le dis au sens propre comme au figuré !!!

Elle avait alors compris, bien que tout ceci semblait absurde, qu’il n’y avait pas de maitre détraqué, non il y avait juste cette wattouat qui volait des produits aux humains pour s’en servir et elle avait bien l’intention de la capturer pour que, d’une façon ou d’une autre, elle paie ses crimes à l’humanité !

La wattouat accepta le défi puisqu’elle se mit à vibrer d’électricité et brusquement, lâcha un éclair vers la jeune femme. Mimiko l’évita et d’un même geste, attrapa une pleine poignée de boue qu’elle lui lança.

Le pokémon ne s’attendait apparemment pas à un tel geste d’un humain parce qu’il la reçut en pleine figure.  Et PLATSH, une magnifique tache marron couvrant son museau bleu.

Horrifiée, elle voulut replonger dans sa « baignoire » mais Hien lui barra la route, menaçant. La jeune femme en profita pour lui lancer un nouveau jet de boue qui cette fois-ci tacha sa laine.

Excédée, la wattouat lança des éclairs à répétitions dans tous les sens tout en s’enfuyant dans les buissons. Trop occupée à pleurer sa saleté, elle ne visait pas et il était aisé aux deux compères qui étaient à sa poursuite de les éviter.

Mimiko continuait donc, un peu sadiquement à dire vrai, à lancer de la boue sur la brebis qui se retrouva bientôt tachée de tous les côtés.

Finalement, acculée par un cul de sac rocheux, elle se retourna vers ses agresseurs d’un bond, haletante, et rugit avant de lancer une nouvelle attaque éclair. Mais rien ne se passa.

L’orbe qui se tenait au bout de sa queue et qui avait été naguère aussi brillante qu’une étoile était à présent terne et éteinte.

-Alors on a plus d’électricité ? Constata la brune avec un grand sourire sadique.

-Wattou… Gémit la petite brebis en se résignant à son sort, misérable dans sa laine couverte de croutes de terres.  

Mais ce ne fut pas une nouvelle pelletée de boue que jeta Mimiko sur elle, mais une de ses pokéball vide.

La wattouat disparut à l’intérieur dans un flash rouge et ne résistant pas une seconde, se laissa enfermer.

Hien regarda avec curiosité sa maitresse ramasser la ball, puis, devant sa propre apparence toute boueuse, celle-ci éclata de rire.

Elle avouait sur ce coup avoir complètement perdu les pédales. Se battre elle-même contre un pokémon en lui lançant de la boue ! Mais pendant cette course poursuite insensée, elle avait ressentie l’excitation et la peur que devait ressentir ses propres compagnons quand ils s’affrontaient et elle pensait pouvoir les comprendre un peu mieux.

Il n’en restait pas moins qu’elle ne pouvait pas s’arrêter de rire et cela faisait bien longtemps que ça ne lui était pas arrivé.

Si Hien en avait été capable, il l’aurait surement imité.

**

 -AAAH ça c’est le paradis… Pas vrai Shampoo ?

-Waaaatt ! Bêla la petite wattouat.

Alors que Mimiko et son nouveau pokémon se décrassaient dans la source d’eau chaude, Windy avait le regard fixé sur Hien, Maximus et Mew qu’on avait forcé à rester à distance, le dos tourné :

-Rourou roucool ! (Je vous surveille…) Pépia-t-elle en battant des ailes.

-Feuri feuri feur’sson ! (Je veux être avec Mimiko !!!!) Pleurnicha Hien qui ne comprenait pas pourquoi on l’avait éjecté.

-Oooooonix (Je ne vois pas en quoi ça m’intéresserait), maugréa Maximus qui aurait préféré faire la sieste.

-MEEEEW !!!! (Je suis asexué !!!!) Clama le pokémon psy.

-ROUUUUCOOOOL !!!! (JE VEUX PAS SAVOIR !!!!) 

Bref cette journée étrange se termina de façon toute aussi étrange. Un repos bien mérité avant les épreuves qui les attendaient…

 

A suivre…