Le vieil homme était courbé sur la table basse, une posture qui lui était si familière qu’elle avait fini par être la sienne peu importe ce qu’il faisait. Son antique lampe à pétrole éclairait d’une lumière mouvante l’objet qu’il tenait dans ses mains et dont il retira délicatement un copeau à l’aise d’un canif aiguisé.

Dehors, il faisait déjà nuit depuis longtemps et le vent frappaient la pluie contre la maison et les panneaux de bois qui gémissaient en réponse.

Soudain, alors qu’on aurait pu croire que tout être humain sain d’esprit serait resté chez lui par un temps pareil, la cloche qui se tenait à l’entrée fit entendre son délicat carillon.

Le vieil homme fronça des sourcils et renifla sans arrêter son travail :

-May, c’est toi ? Si c’est le cas dépêche-toi d’entrer petite gourde, je n’ai pas encore fermé ! Grogna-t-il en vague direction de la porte d’entrée. 

Il entendit le panneau d’entrer coulisser et un bruit de claquement peu familier, suivi à nouveau du chant de la porte qu’on refermait. C’était sans doute ça qui le fit lever la tête. Les manières de May, et même avec toute la tendresse grand-paternelle du monde, n’était en aucun cas aussi gracieuse.

Il se leva avec une grimace. Son dos le faisait atrocement souffrir depuis quelques temps, surtout en ces jours de pluie. Avec effort, il poussa sa carcasse vers l’entrée de la maison et se retint subitement à un poteau, étonné de voir la femme qui déposait tranquillement son parapluie contre le mur et retirait ses getas dans le terre-plein avant de poser des pieds recouvertes de chaussettes blanches, fendue en deux au niveau des orteils, sur le tatami, vite recouverts par le bas de ses kimonos.

-Excusez-moi, je ne m’attendais certainement pas à recevoir un membre du Tenkeishichiken en cette horrible soirée, déclara t’il en fixant le motif qui ornait les deux manches de son habit noir : des oiseaux de proie stylisé aux ailes déployées et aux serres sortis.  

La femme s’inclina légèrement.

-Veuillez excuser cette visite tardive Fargas sama, mais je suis en mission.

-Je vois. Mais venez donc près du feu, je vais mettre de l’eau à bouillir Tamao san.

Il la conduisit dans la pièce qu’il avait quitté et c’est alors qu’elle s’assit à genoux devant la table basse et qu’il déposait deux tasses en terre cuite qu’il remarqua qu’elle tenait quelque chose d’un bras replié sur sa poitrine.

Au milieu d’un amoncellement de tissu venant de sa manche se tenait une toute petite boule de poil marron et il n’eut pas besoin de la voir de plus près pour savoir de quoi il s’agissait. Surprenant son regard surpris, la geisha lui sourit :

-Cela fait à peine deux jours qu’il est sorti de son œuf.

Fargas ne fit aucun commentaire et alla suspendre la bouilloire au-dessus des flammes. May ne cessait de le harceler au sujet du fait qu’ils vivaient encore comme au moyen âge dans cette maison. Aujourd’hui toutes les demeures étaient équipées de bouilloires électriques et de télévision, mais lui il n’aimait pas tous ces bidules électroniques. Il lui disait alors : « Regarde ces pokéballs que nous fabriquons : c’est pareil. Elles sont le travail d’un savoir-faire et chacune d’entre elle est unique et renferme les sentiments de son artiste. A côté, celles fabriquées dans des usines et des chaines de productions, c’est de la camelote. ».

L’eau commença à frémir doucement.

-Je me demande ce qui est si important pour faire sortir une honorable geisha de son hanamachi ? Un certain temps a passé depuis l’époque où je fréquentai les maisons de thé de Rosalia et vous n’étiez alors qu’une petite maiko qui suivait sa « grande sœur » comme son ombre.

Tamao baissa la tête pour sourire.

-Oui, le temps coule pareil à une rivière et ne revient jamais sur ses pas. Si je suis là c’est parce qu’une jeune fille va bientôt se présenter à vous. Elle est envoyée par le professeur Orme…

Le grommellement qui suivie cette remarque la fit hocher la tête d’un air entendu.

-Et vous ne voulez pas que je lui parle. Ah ce ramollos ramolli n’a même pas le cran de venir lui-même, il envoie un assistant…

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-Non. Je veux JUSTEMENT que vous lui parliez, répliqua Tamao alors que la bouilloire émettait un sifflement.

Fargas alla la retirer et versa l’eau dans une théière.

-Je ne comprends pas, vous voulez que je lui dise tout ?

-Absolument. Nous avons besoin qu’elle vienne à nous.

-Dans ce cas pourquoi ne pas aller la chercher, tout simplement ?

-Non, pour le moment elle est trop immature, elle ne comprendrait pas… Fargas san, j’espère me faire comprendre quand je vous dis qu’elle pourrait être amenée à tenir la place qu’était celle de ma « grande sœur » avant de nous quitter.   

Il versa le thé infusé dans les tasses tout en réfléchissant.

-Mais… Je croyais que la transmission se faisait d’initiée à initiée… Vous êtes plus à même de tenir ce rôle !

-Hélas, répondit Tamao tout en faisant tourner délicatement sa tasse, depuis l’incendie criminel de la deuxième réserve… Quelque chose de très précieux nous a été dérobé. C’est d’ailleurs après cet évènement que Misaki-sama s’est retirée alors que rien ne l’y obligeait. Elle était pourtant la plus douée d’entre nous…

-Oui… Sa « danse au ciel étoilé d’une soirée d’été » était un véritable trésor aux yeux. Elle s’envolait tel un papilusion et étincelait de mille feux… Ma femme disait… Enfin bref, vous n’avez toujours pas trouvé qui était à l’origine de l’incendie ?

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-Non. Ca reste un mystère… disons, étrangement, que la police s’est assez rapidement désintéressé du sujet… Mais ce n’est peut-être qu’une impression. Et puis il est des choses que nous ne pouvons pas révéler, même aux autorités…

Avec un air un peu contrarié, elle inclina sa tasse pour boire avant de la reposer.

-Oui je comprends… Et je ferais ce que vous m’avez demandé, ne serait-ce qu’au souvenir de la merveilleuse Misaki.

La geisha, rassurée, s’inclina à nouveau pour le remercier avant de se lever aussi souplement qu’une liane qu’on déplie.

-Bien, je ne vais pas abuser de votre hospitalité. Et il me reste une dernière chose à faire avant de repartir pour Rosalia.

Fargas la regarda à regret remettre ses chaussures, reprendre son parapluie avant d’ouvrir la porte et avec une dernière courbette, disparaitre dans la nuit noire zébrée de pluie.

***

-Fichue pluie !

Mimiko courut sans s’arrêter sur la route, originellement de terre, qui aujourd’hui faisait office de marécage. Elle avait retiré son sac à dos et le tenait au-dessus de sa tête dans une vaine tentative de se protéger, mais, comme souvent, la pluie avait la fâcheuse manie de ne pas tomber droit et de préférer les diagonales. 

Elle avait de la boue jusqu’aux genoux, elle était affamée et fatiguée, ses pokémons à peu près dans le même état. Cependant, les lumières qui n’étaient plus si loin lui donnaient des ailes.

Elle était finalement arrivée à Ecorcia, après une semaine de marche, dont deux jours coincés dans les grottes qu’on appelait « Caves Jumelles ».

Elle eut une brève pensée pour Snow et pour Fabian qu’elle avait quitté quelques heures auparavant et espéra que tout allait bien pour eux aussi. Elle mit alors le pied sur du bon vieux goudron et compris qu’elle était finalement entrée dans la ville… Ou plutôt le village. Bien qu’elle n’y voyait pas grand-chose à cause de la météo et du fait qu’il était 9h du soir, elle trouva que les lieux avait un je-ne-sais-quoi de vieillot.

*Bah, du moment qu’il y a un Centre Pokémon et une boutique…* Pensa t’elle en prenant la direction du centre-ville.

La jeune femme n’eut aucun mal à le trouver car toutes les infrastructures et les magasins semblaient réunis dans la même rue et le Centre Pokémon était de loin le plus grand bâtiment et aussi le plus lumineux des lieux.

Elle s’empressa de passer les portes automatiques pour se mettre au sec. Elle accueillit avec bonheur la chaleur réconfortante et quelque part, familière, qui l’entoura comme une serviette de bain toute chaude.

L’infirmière Joelle, une rouquine aux cheveux courts, plutôt âgée, qui se trouvait encore à la réception pour faire de la paperasse leva le nez vers elle :

-Eh bien, je ne m’attendais pas à voir quelqu’un arriver avec ce temps et à une heure pareille !

-Désolé madame, je viens des Caves Jumelles et moi et mes pokémons sommes exténués !

-Des Caves Jumelles ? Alors vous avez peut-être eu à faire avec la Team Rocket ?

-Ah, vous êtes au courant…

-Depuis plusieurs jours ce sont généralement des dresseurs sans plus un sou, ou même privés de leurs pokémons qui arrivent ici et toutes les communications entre Mauville et Ecorcia ont été coupés, lui expliqua l’infirmière en prenant les pokéballs que Mimiko alignait sur un plateau.

-Alors le brouilleur est encore activé, mais la Team Rocket a déguerpi.

-Oh ! Voila une excellente nouvelle ! Les policiers n’arrivaient pas à entrer dans les grottes car la Team Rocket avait truffé le sol de l’entrée de pièges… Et… Quoiqu’il en soit le Maire avait fini par demander de l’aide aux forces spéciales de Doublonville, mais il semblerait qu’elles ne soient plus utiles à présent. Du moins ici… Ces pauvres dresseurs, j’espère qu’ils arriveront à retrouver leurs pokémons…

-Vous avez un lit pour moi ? Demanda Mimiko qui avait du mal à présent à résister à l’envie d’aller s’écrouler quelque part.

-Oui, à cause de ce passage bouché, il n’y a pas vraiment foule. Je m’occuperais de vos pokémons, ils ont l’air d’avoir besoin d’un bon repas et d’une bonne nuit de sommeil. Vous n’aurez qu’à les récupérer demain. Et voici la clef de votre casier !

-Je vous remercie, fit la brune en se retenant de pleurer de joie.

Cela faisait si longtemps qu’elle s’inquiétait au sujet de ses pokémons que maintenant qu’elle était assurée de leur bonne santé, elle se sentait déchargée d’un immense fardeau.

Elle fit alors mentalement la liste des choses qu’elle devait faire : acheter de la nourriture pour pokémons, enregistrer sa wattouat et sa magicarpe sur sa carte de dresseur, passer au pressing, faire les courses pour elle, aller interroger le type pour Orme, mais avant tout : dormir dans un vrai lit, se laver et manger.   

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Même si cela faisait deux jours qu’elle n’avait pas vu la couleur d’un savon et beaucoup plus qu’elle portait en boucle ses deux tenues, l’appel du ventre fut plus fort.

Elle passa alors dans la salle contenant le réfectoire. A cette heure-là il était désert et d’ailleurs le service n’avait même plus lieu. S’approchant d’un distributeur, Mimiko se choisit un sandwich, des chips et une canette de limonade et n’ayant que l’embarras du choix, elle prit place à une table où elle se mit à dévorer son repas en trouvant que c’était la meilleure chose au monde qu’elle n’ait jamais mangé.

S’arrêtant de manger pour boire une gorgée, elle trouva que les lieux étaient bien silencieux tout d’un coup. En fait, il semblait manquer quelque chose.

-Je me demande bien quoi… ? Se demanda t’elle a elle-même, comme pour meubler ce silence.

Elle était habituée à la solitude, ça lui avait toujours paru être un état naturel pour quelqu’un comme elle. Même au sein de son groupe d’amies en France, elle avait toujours été un peu à part, alors pourquoi ce silence lui paressait ce soir si assourdissant ?

Et pourquoi maintenant que tout allait bien se sentait-elle prise d’une soudaine mélancolie ?

*Peut-être parce que c’est un peu pitoyable de n’avoir nulle part où aller hormis un Centre Pokémon ? … Et peut-être aussi… Personne à voir ou à parler… Personne à qui dire « j’ai réussi, j’ai traversé ces fichus grotte et je suis en un seul morceau »… Et personne pour s’en dire soulagé. *

En fait, en arriva-t-elle à cette conclusion, personne ne connait mon existence ici et je n’ai de réelle importance pour personne.

Elle piocha une chips dans le paquet, laissant cette pensée s’infiltrer en elle.

Presque aussitôt une arrière petite voix toute faible dans son cerveau s’empressa de la contredire :

Oui, il y avait bien Sayaka, la femme du professeur Orme, qui semblait s’inquiéter… Mais Mimiko se demandait bien souvent pourquoi. Elle se nota cependant qu’il serait pas mal qu’elle prenne le temps de l’appeler… si elle s’en trouvait le courage.

Et puis une pensée bien distincte, elle, une pensée qu’elle avait eu lorsqu’elle avait plongé dans le trou-terrier-de-lapin-d-Alice-au-pays-des-merveille. Quand elle s’était affirmé à elle-même que ce n’était pas grave si elle mourrait, qu’elle ne manquerait à personne, elle avait aussitôt réalisé que ce ne serait pas le cas. Dans ses calculs, elle avait alors égoïstement oublié ses pokémons !

Eux dépendaient d’elle, enfin certains plus que d’autres, et c’était elle qui avait choisi de les enfermer dans des pokéballs, et donc de prendre la responsabilité de s’en occuper. De plus, peut-être parce qu’ils étaient constamment près d’elle, qu’ils lui fournissaient leur enthousiasme et leur compagnie désintéressée, elle s’était attachée à eux.

C’était peut-être parce qu’ils n’étaient pas avec elle qu’elle se sentait curieusement seule en ce moment.

Cela faisait aussi un certain temps qu’elle n’avait pas tchatté avec Arisa. Celle-ci était le fragile pont qui la maintenait relié avec son ancienne vie, et il était possible que… Peut-être… Sa petite sœur lui manque… Et puis peut être un tout petit chouilla aussi, sa mère…

Sa mère…

****

Les enfants riaient et jouaient dans la cour de récré.

Ballon de foot, corde à sauter, élastiques, billes et marelles : Mimiko regardait tout ça avec envie de derrière son buisson. La petite fille se trouvait à l’écart de l’agitation, assise sur les marches d’un préfabriqué réservé aux activités artistiques.

Baissant la tête et faisant la moue, elle finit par se détourner et sauter par terre pour rejoindre son petit coin de nature.

-De toute façon, je suis bien mieux à m’amuser toute seule…

Essayant d’oublier les éclats de joie qu’elle entendait derrière elle, elle se mit à fouiller les buissons. C’était devenu son jeu préféré : elle s’amusait à imaginer qu’elle était dans des bois profonds et qu’elle était à la recherche de pokémons. Evidemment son compagnon pokémon l’accompagnait partout où elle allait et c’était son meilleur ami. Comme elle n’arrivait pas à se décider, certains jours c’était carapuce, d’autres salamèche ou bulbizarre.

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Evidemment, tout ça c’était son secret.

Elle était en train de combattre férocement un insécateur quand son prénom retentit et la fit replonger d’un coup dans la réalité. Quittant difficilement l’intérieur du buisson, elle finit par atterrir tout droit dans les bras de sa maitresse.

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-Mais qu’est-ce que tu fais dans ces buissons ? C’est dangereux !

L’enfant la regarda de ses grands yeux sombres sans rien dire. Elle ne parlait pas beaucoup aux humains, elle préférait les animaux, et bien évidemment, les pokémons.

Elle remarqua alors que sa mère se tenait derrière elle et vint aussitôt, tel un poussifeu, s’accrocher à ses jambes. 

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-La voilà. C’est difficile de la surveiller, elle ne joue jamais avec les autres, expliqua la maitresse, puis se penchant vers elle avec un gentil sourire : Dis-moi Mimiko, pourquoi tu es tout le temps toute seule ?

*Je ne suis pas tout le temps seule, j’ai mon pokémon avec moi. C’est juste que vous ne le voyez pas.* Pensa Mimiko sans pour autant dire quoique ce soit.

-Tu veux que je demande à tes copains de classe de jouer avec toi ?

Sa proposition fut accueillie d’un superbe froncement de sourcils.

La femme abandonna et les laissa repartir. Après avoir récupéré son cartable, elles quittèrent l’école maternelle pour se diriger vers le parking.

-Pourquoi tu ne fais jamais rien comme les autres Mimiko ? Finit par demander sa mère lorsqu’elles furent en voiture.

Comme d’habitude, elle ne la regardait pas. Avec le temps Mimiko avait fini par se rendre compte que sa mère ne la fixait jamais quand elle lui parlait. Elle avait fini par faire la même chose et c’est en détournant le regard qu’elle répondit.

-Ils ne m’ont pas demandé de jouer avec eux… Marmonna-t-elle.

-Tu peux leur demander. Ce n’est pas en faisant je ne sais quoi dans les buissons que tu te feras des amis.

La petite fille se renfrogna. Elle était trop fière pour demander aux autres de jouer avec elle. C’était trop humiliant.

Un soupir d’agacement comme seul savent le faire les grandes personnes répondit à sa réaction.

-Prends modèle sur ta petite sœur, elle au moins, elle est nor… elle a pleins d’amis.

Cela ne méritait pas de commentaires. Mimiko tripota nerveusement sa ceinture de sécurité en regardant le visage de sa mère dans le rétroviseur. Un beau visage qu’elle ne cessait d’admirer, mais toujours de loin.

Car ça qualifiait les relations qu’il y avait entre elles : de la distance.

Elle avait les yeux qui la picotait, et pourtant elle refusait de se laisser aller, avec le temps elle avait forgé une épaisse couche de béton autour de son cœur, pourtant les mots étaient au bout de ses lèvres, mais pas moyen de les faire sortir.

 

Maman , pourquoi tu ne m’aimes pas ?  

****

*Je me demande si elle se fait du souci pour moi… ? Bah… Certainement pas…* Conclut la jeune femme.

Elle ne s’était jamais intéressée à elle, à part pour l’obliger à se comporter « normalement », alors ça n’allait certainement pas changer maintenant.

Pensant soudain à son beau-père, son visage s’assombrit.

-Au moins je sais QUI ne me manque pas…

Ses pensées négatives furent coupées par le bruit d’une porte qu’on referme violemment.

Une adolescente venait de pénétrer dans le réfectoire tout en bougonnant à mi-voix. Apparemment elle maudissait quelqu’un.  

Dans sa colère elle n’aperçut pas Mimiko et donna un grand coup de pied dans le distributeur. Geste qu’elle dût regretter aussitôt car le bloc de métal ne bougea pas d’un millimètre et la fille se crispa avant de se baisser pour tenir son pied.

-AÏE AÏE AÏE !!!!

Elle avait une étrange coiffure, comme si elle avait fait deux couettes de chaque côté de sa tête et avait coincé le bout de celles-ci dans l’élastique, lui faisant deux espèces de  boucle d’un côté et de l’autre de son visage. Brune, de beaux yeux cobalt, elle devait avoir quinze ou seize ans et était habillée d’un long t-shirt recouvrant un minuscule short en jeans, lui-même sur un legging noire. Une paire de grosses baskets complétait l’ensemble et malgré ces couches d’habits, Mimiko eu froid pour elle.

Comme sa petite sœur avait à peu près le même âge et la même façon de privilégier son apparence à son confort, elle ne pût s’empêcher de lever les yeux au ciel.

*Ah les ados…*

C’est alors que la jeune fille sembla enfin la remarquer. Elle fronça les sourcils en la voyant, avant d’avancer à grands pas décidés jusqu’à elle. Elle se mit ensuite à la détailler des pieds à la tête d’une façon que Mimiko trouva très inconvenante et très étonnante de la part d’une japonaise.

-Tu veux quelque chose ?  Finit par grommeler Mimiko.

-T’es une dresseuse pokémon, pas vrai ?! Lança l’adolescente en la fixant droit dans les yeux.

-Euh… Bein… Par certains côté, oui… J’imagine…

-Comment ça « t’imagine », t’es une dresseuse, je le vois bien ! La coupa-t-elle avant de froncer le nez : Y’a que les dresseurs pour avoir l’air de s’être roulé dans la boue au milieu d’un tas de tadmorv !

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L’amour propre de Mimiko en prit un coup. Elle savait qu’elle était crade, mais elle n’avait pas besoin qu’une insolente le lui fasse remarquer.

-Pardon, mais ce n’est pas moi qui suis venu te coller. Si ma présence t’indispose, tu peux aller voir ailleurs si j’y suis !

D’ailleurs Mimiko se leva d’un coup pour s’éloigner de cette peste, mais celle-ci l’attrapa par le bras :

-Non, attends ! Je suis désolée. Je m’appelle Maisy et ça fait plusieurs jours que je cherche un dresseur pokémon ! Je ne sais pas pourquoi, mais depuis une semaine, ils sont devenus de plus en plus rare… Le dernier que j’ai vu… euh…

-Quoi ? Maugréa Mimiko qui essayait de récupérer son bras.

-Tu veux bien m’écouter ?   

Comprenant qu’elle ne la lâcherait pas, la jeune femme reposa ses fesses sur sa chaise et arbora son meilleur air de snubull contrarié.

-Ok, mais fait vite. Je suis crevée et je ne rêve que d’une chose en ce moment : une douche.

-T’inquiète, je vais faire ça rapide :  Il y a trois jours j’ai rencontré l’amour de ma vie et depuis je ne rêve plus que d’une chose : me casser de ce trou paumé et le retrouver. Le souci c’est que mon grand-père refuse que je quitte Ecorcia. Alors j’ai fugué et je squatte depuis dans ce Centre Pokémon.

-Hein ? Et qu’est ce que vient faire un dresseur dans cet histoire ?

-Eh bien… Disons que ce n’est pas qu’à cause de mon grand-père que je suis encore ici. C’est que j’ai un peu peur de me lancer sur les routes. J’ai des pokémons, mais… Vous les dresseurs pokémons, vous passez votre temps à voyager sans peur… Je voudrais savoir ce qui vous rend si confiant !

*C’est juste qu’on a pas le choix.* Pensa très fort Mimiko. *Si j’avais des revenus fixes qui tombaient tous les mois, je prendrais certainement le train.*

Mais comme dire ça n’avancerait pas beaucoup cette fille, Mimiko chercha une réponse plus appropriée :

-Je ne dirais certainement pas que je n’ai pas peur… Mais le fait d’avoir mes pokémons avec moi me rassure.

-C’est bien ce que je pensais… Marmonna Maisy. Le problème c’est que mes pokémons ne sont pas très fort…

Elle sortit deux pokéball de ses poches sous les yeux étonnés de Mimiko : les deux balls ne ressemblaient en rien à ce qu’elle connaissait. Les motifs qui les ornaient étaient à la fois délicats et composés de couleurs vives et pétillantes. L’une reprenait des motifs de feuilles d’automne, l’autre d’un ciel étoilé sous pleine lune.

-Où as-tu eu ces pokéballs ? S’enquit Mimiko, vivement intéressée et envieuse.

Elle verrait bien une de ces jolies pokéball pour abriter Hien. Une pokéball aux motifs de flammes colorées.

-Ces pokéballs ? C’est mon grand-père qui les as faites, et c’est moi qui les ais peintes.

-C’est TOI qui les as décorées ? Eh bien tu es sacrément douée dis donc…  

-Oh, ce n’est pas grand-chose. Je fais ça depuis que je suis toute petite. En fait, je dois reprendre le travail de mon grand-père plus tard… Je suis en quelque sorte son héritière, c’est pour ça qu’il est aussi exigeant et qu’il veut me garder dans ce trou paumé… Mais ça craint un max !  J’ai pas envie de moisir ici ! Je veux découvrir le monde ! Et surtout maintenant que j’ai trouvé mon amour !!!

-Bein… En plus, tu es un peu jeune pour partir, non ?

-Jeune ?!? J’ai déjà 15 ans ! Toi-même tu ne dois même pas avoir 20 ans !

-Je vais avoir 19 ans, maugréa Mimiko de mauvaise grâce.

-Tu vois, tu n’es même pas majeur !

S’il était vrai qu’en France c’était le cas, ici, au Japon, l’âge de la majorité était défini à 20 ans. La brune ne pouvait rien dire contre ça.

Quoiqu’il en était, Mimiko n’avait pas envie de s’éterniser avec cette fille agaçante.

-Ecoutes, je crois que je ne peux rien faire pour toi, je ne peux pas te donner de courage, je ne peux pas persuader ton grand père de te laisser partir. Tu ferais mieux d’attendre un autre dresseur.

-Mais plus j’attends, plus mon futur petit copain s’éloigne !

-Ton futur petit copain ? C’est quoi ce garçon dont tu n’arrêtes pas de parler ?

Maisy eut l’air soudain toute timide, puis gloussa et comme si elle n’avait attendu que cette question, elle se mit à débiter à toute vitesse :

-C’est un dresseur qui est arrivé dans la ville il y a trois jours avec deux autres garçon. Il était si beau et ses traits si fins qu’on aurait dit un prince, il a battu la championne de l’arène en un rien de temps, il était si confiant en lui ! kyaaa ! Ses longs cheveux blonds et son teint pâle…

Mimiko qui écoutait distraitement, car elle n’en avait clairement rien à foutre, manqua de s’étrangler en entendant la suite de la description. Blond, cheveux longs, teint pâle, traits de fille, dresseur, accompagné de deux garçons… Non…

-Attends, il ne s’appelle tout de même pas Chriss ? Voulut-elle s’assurer, mais devant l’air extatique de Maisy, elle sut que ses craintes étaient fondées.

-Oh sii ! Comment tu le sais ? Oh tu le connais… Attends… Tu n’es tout de même pas accro à lui toi aussi ? Finit-elle d’un ton soupçonneux.

-Moi ?! Non, qu’Arceus m’en protège ! C’est un sale type et en plus… il ressemble à une fille !

-Qu’est-ce que tu racontes ! Il a des traits délicats dignes d’un aristocrate, tu sais que sa mère est italienne ? A moi, il me l’a dit.

Mimiko leva les sourcils : ça lui faisait une belle jambe de savoir ça.

-Tu es surement trop rustre pour apprécier ce genre de beauté ! Continua Maisy en haussant des épaules.

-Moi et ma rustrerie allons vous laisser alors…

-Non ? atteeeends ! Tu dois m’aiderrr !!!   

-Je te l’ai déjà dit, je ne peux PAS t’aider, répliqua Mimiko, excédée, tout en essayant de faire lâcher la jeune fille qui s’était accrochée à sa jambe.

-Tu peux pas me laisser comme ça ! Tu es une fille ! Tu dois m’aider pour la victoire de l’amour !

-Bizarrement, je crois que je t’aiderais plus en te jetant au fond du puits que j’ai vu tout à l’heure !

-Nooon ! JE SAIS ! Aides-moi à m’entrainer ! Si je prends confiance en moi en combat pokémon et que mon grand-père voit mes progrès, je pourrais certainement partir !!!

-QUOI ?!?!

***

Mimiko dormait tranquillement, profitant avec bonheur de son lit du centre pokémon, du calme ambiant, de la chaleur confortable quand soudain… Ce fut un tremblement de terre.

-Mmm… Hien…Laisse-moi, je veux dormir encore un peu… Marmonna-t-elle en plongeant sous sa couette…

Et en assommant par la même occasion la personne qui se tenait au-dessus de son lit. Ce n’est qu’en entendant le « AÏE » que la brune daigna lever un bout d’édredon et ouvrir un œil. Mais quand elle vit Maisy assise par terre en train de se tenir le menton, elle décréta que c’était un cauchemar et choisit de se rendormir.

-Purée, t’es une violente quand tu dors. .. Ah non, te rendors pas ! Tu dois m’entrainer ! Tu te souviens ?!

-NON ! Mentit Mimiko.

-Siii ! Tu as promis ! Tu as promis !

La couette se souleva alors totalement pour laisser sortir une Mimiko d’humeur ursaringesque:

-JE n’ai absolument rien promis ! De plus, j’ai une tonne de chose à faire aujourd’hui, alors tu m’excuseras, mais ton entrainement passe bien après !

L’adolescente, toujours à genou par terre fit la moue, puis après avoir réfléchit très rapidement retrouva le sourire.

-OK ! Dans ce cas je vais t’aider ! C’est toujours plus rapide à deux et en plus je connais la ville comme ma poche !

*Noooon….* Gémit intérieurement Mimiko.

Elle ne voulait pas savoir l’heure qu’il était, elle était en pyjama, n’avait pas pris sa douche du matin, ni son petit déjeuner et elle devait déjà affronter cette fille pire qu’une sangsue.

Rassemblant tout ce qu’elle possédait de self control et de patience, elle réussit à ne pas se montrer horrible.

-Attends-moi devant le Centre Pokémon.

-OK !

Maisy partit alors toute joyeuse de la chambre et Mimiko se demanda fugacement si elle ne devait pas s’enfuir pas la porte de derrière.

Elle resta un instant pensive –et surtout amorphe- sur le lit, avant de décider dans un soupir que ce ne serait pas honnête du tout. 

Néanmoins, elle n’avait pas dit qu’elle avait l’intention de sortir du Centre Pokémon de suite !

Une douche et un rapide repas plus tard, Mimiko se rendit au guichet des admissions pour avoir des nouvelles de ses pokémons.

-Ils sont en train de manger dans l’enclos extérieur, lui appris l’infirmière en lui rendant ses pokéballs vide.

Bon, elle allait les laisser manger tranquillement. Regardant l’heure, elle calcula alors le décalage horaire avec la France.

Bon, 1h du mat’ là-bas, elle n’aurait personne sur le tchat.

Il ne restait plus qu’une chose à faire et elle sortit son pokématos, un peu gênée.

**

Quelques minutes et explosion de joie/inquiétude de Sayaka plus tard, elle était encore plus gênée. Heureusement qu’elle était sortie de ces grottes hier : un jour de plus et la femme du professeur Orme appelait la police…

Secouant la tête d’incompréhension, elle rejoignit l’enclos extérieur pour dire bonjour à ses compagnons de voyage. 

En arrivant, la première chose qu’elle vu fut bien sur son onix, Maximus, qui à lui seul prenait la moitié du terrain. Il la remarqua avant les autres et poussa un bref grondement pour les prévenir avant de retourner à ses occupations. Aussitôt, Hien, son feurisson cessa sa discussion avec Windy, sa roucool et couru vers elle pour lui bondir dessus.

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Son poids manqua de la déstabiliser mais elle tint bon. Il était sûr que depuis son évolution, il ne pouvait plus lui sauter sur l’épaule comme avant.

-On dirait que ça va beaucoup mieux Hien !

Il la gratifia d’une petite léchouille sur sa joue et se frotta la tête contre son bras. Il fut cependant rapidement rejoint par Shampoo, sa petite wattouat coquète qui réclama elle aussi son lot d’attention.

-Mais oui Shampoo, je n’ai pas oublié, je te ferais un soin complet !

Les laissant tout deux retomber sur leurs quatre pattes, elle se dirigea vers le bassin où se trouvait le dernier membre de l’équipe : une magicarpe qu’elle avait nommée Majo Rika. Celle-ci sortit sa tête de l’eau et fit un bond avant de retourner dans les profondeurs du petit lac.

-Bon, on dirait que tout le monde se porte bien… Mais…

Mimiko remarqua alors qu’un de ses pokémons n’avait pas fait le moindre geste vers elle, même pas agressif, ce qui était plutôt étonnant.  Se tournant vers Windy qui grattait la terre pas loin de son écuelle, elle l’observa un moment dans l’attente, puis comme celle-ci semblait décidée à l’ignorer, elle s’approcha d’elle :

-Bein Windy, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Rien à me reprocher aujourd’hui ?

La roucool fit un bond en arrière à son arrivée et s’envola pour rejoindre la toiture où elle se percha en ignorant le regard furieux que lui jetait Hien.

Mimiko se sentit perdue et aussi, un peu blessée : qu’est ce qu’elle avait bien pu faire pour que le pokémon vol la fuie ?

-Allez Windy, viens là !

Baissant la tête vers son écuelle, elle remarqua qu’elle avait laissé plus de la moitié alors que les autres avaient finie toute leur ration. Ce qui était étrange car elle avait d’habitude un grand appétit.

-Tu n’as pas tout mangé…

Derrière elle, ses pokémons semblaient en grand conciliabule et elle soupçonna quelque chose. Et cela devait avoir certainement un rapport avec Windy.

Elle n’avait pas tort puisque depuis ce matin l’équipe devait gérer les « coups de folies » de Windy.

Ceux-ci étant au nombre de deux.

Premièrement, et peut être le moins inquiétant, ne méritant qu’un soupir désespéré, la décision de celle-ci de faire un régime. Elle n’avait pas digérer de se faire traiter de grosse par le Rocket soit disant spécialiste en type vol.

Mais le plus inquiétant était son autre lubie. Il s’était apparemment passé quelque chose avec Mimiko quand elles combattaient toutes les deux le noarfang géant… Et cela avait effrayé Windy. Elle ne cessait depuis de déclarer qu’il y avait quelque chose de bizarre avec elle.

Ce à quoi Maximus avait répliqué qu’ils le savaient déjà, que ça ne devait être guère différent des espèces de « crises » qui frappaient leur dresseuse certains matins.

Ils avaient presque convaincu Windy que ça ne valait pas la peine d’avoir peur quand Mimiko était arrivé.

Et Windy semblait avoir décidé de se la jouer « prudente ».

-Bon… Quoiqu’il en soit, on va aller faire des courses, expliqua t’elle en sortant les pokéballs de son sac.  

Shampoo approuva vigoureusement cette idée d’un bêlement enthousiaste et alors que tous les autres rentraient dans leurs balls, elle préféra rester aux côtés de Mimiko, histoire de l’aider à faire ses choix…

Un semblant de ricanement sortit de la bouche de la petite brebis qui trouvait sa stratégie parfaite et Mimiko passa à côté d’elle en faisant semblant de ne pas l’entendre.

-Shampoo me ferait presque peur parfois…

C’est donc suivie d’une wattouat bondissante qu’elle retrouva Maisy dehors. Il pleuvait toujours mais ça n’avait rien à voir avec hier soir et un simple parapluie suffit à les protéger toutes les deux.

-Ooooh, quelle jolie wattouat ! S’exclama Maisy en se penchant sur le pokémon. Elle est puissante ?

-Je ne sais pas… Elle le serait sûrement si je l’entrainais sérieusement… En tout cas elle m’a bien aidée dans les Caves Jumelles.

-Waaatouuuu ! Fit la petite brebis en levant fièrement la tête.

-Hum… Quand on se battra, je voudrais affronter ton meilleur pokémon, affirma Maisy. Et qui sais ? Peut-être que je te battrai !  

-Si j’utilise mon meilleur pokémon de combat, ça m’étonnerai.

Le groupe fit un rapide tour à la laverie, puis au konbini* : Mimiko regrettait les grandes surfaces françaises où on trouvait tout en un même point. Les japonais préféraient les petites enseignes de quartier ouvertes 24h sur 24.

Maisy stoppa net quand elles arrivèrent devant la boutique pokémon de la ville, tandis que Shampoo, au 7eme ciel, courait dans tous les sens pour voir tout ce qu’il y avait.

-Tu ne comptes tout de même pas acheter des trucs ici ? S’indigna Maisy.

Mimiko s’arrêta, surprise :

-Si, pourquoi ? C’est une boutique labellisée par la Ligue Pokémon.

-Labellisée par la Sylph SARL oui ! Tous les produits qui s’y vendent viennent de cette grosse entreprise et sont fabriqués en chaine dans des usines ! 

-Euh… bein… oui, j’imagine…

-Et que fais-tu de tous ces petits artisans qui travaillent du soir au matin pour créer un objet pokémon parfait ? Un objet 100% naturel sans peintures ou colorants artificiels, fabriqué avec l’amour du travail bien fait et des pokémons ???

Mimiko fut surprise du ton véhément de la jeune fille, puis elle se rappela que son grand père tenait apparemment un commerce de ce genre. Mine de rien, l’adolescente qu’elle avait devant elle éprouvait de la fierté pour son travail. 

-Je suis sûre que ce n’est PAS DU TOUT les mêmes prix, la coupa Mimiko d’un ton sans appel alors qu’elle passait les portes vitrées automatique.

-Qui se préoccupe des prix quand il s’agit de donner le meilleur à ses pokémons ? Une meilleure alimentation augmentera considérablement ses forces ! Et une jolie pokéball bien faite les rendra heureux ! Est-ce que tu sais seulement ce qu’il y a dans de la nourriture industrielle ?

- Etre dresseur pokémon, c’est être le plus souvent sans le sou. Je crois que le plus important c’est déjà de les nourrir et de les soigner, répliqua Mimiko en trouvant la nourriture pour pokémon feu carnivore de taille moyenne.

Celle-ci se présentait sous forme de grandes boites de conserve remplie de boulettes de viandes et de féculents amalgamés. Si Mimiko les trouvait effectivement peu appétissante, Hien les mangeait sans difficultés, et c’était tout ce qui comptait au final.

Laissant Maisy faire la tête et maugréer, elle partit à la recherche des autres articles accompagnée de Shampoo qui était décidée à passer le plus de temps possible à se faire acheter des choses dans les rayons.

Quelques rubans et un aimant pour Shampoo, un bec pointu pour Windy et une ceinture force pour Hien plus tard, le groupe sortit pour profiter d’un petit rayon de soleil timide.

-Bon, maintenant que tu as fini tes courses, il est temps de tenir ta promesse ! Lui rappela Maisy en se campant fièrement face à elle.

-Une fois pour toute : je ne t’ai JAMAIS fait de promesse. Mais si tu y tiens tant, on va se battre.

-Ah ! Enfin ! Tu t’enflammes ! Viens suis moi !

S’engouffrant au milieu de bosquets d’hortensia aux pétales encore couvertes de gouttes de pluie, Maisy la guida vers un parc où était dessiné dans la terre un semblant de terrain de combat.

-C’est ici que les primaires viennent s’affronter, affirma t’elle. Mais à cette heure, ils sont tous en cours, du coup…

Maisy couru vers un côté du terrain et sortit la pokéball décoré de la nuit d’une de ses poches. Mimiko s’installa de l’autre côté et chercha dans son sac le pokémon qui l’intéressait.

-Tu es prête ? Demanda-t-elle.

-Oui ! Et j’envoie… CLEAF !

Du rayon rouge apparut une adorable petite boule rose qui cligna les yeux et lui sourit :

-Melooofée ! 

Mimiko sourit en retour, elle ne pensait pas avoir la chance d’apercevoir un mélofée un jour. Ces petits pokémons étaient craintifs et se cachaient généralement des humains.

35

-Un pokémon normal… Ca me va. Windy ! A toi de jouer !

La roucool apparut sur le terrain, se tenant dans les airs à grands coups d’ailes. Il sembla à Mimiko qu’elle était étonnée de se trouver là et jeta un coup d’œil suspicieux dans sa direction.

-Un ROUCOOL ? Ton meilleur pokémon de combat est un roucool ?!? S’exclama Maisy.

Son mélofée se mit lui aussi à glousser dans ses petites pattes.

Vexée, Windy poussa un cri strident de défi en direction de leurs deux adversaires.

-Tu ferais mieux de ne pas te fier aux apparences… Prévint Mimiko.

-Quoi ? Je m’inquiétais de ce que tu allais sortir, mais finalement, ce n’est qu’un PETIT roucool. Mais on y peut rien, tout le monde n’a pas de talent pour la capture !

Mimiko accueillit l’insulte avec un sourire narquois. Si elle avait entendu ça au sujet de n’importe lequel de ses autres pokémons, ça l’aurait peut-être vexée, mais il s’agissait de Windy. Le premier pokémon qu’elle avait capturé et, malgré son sale caractère, peut être celui envers lequel elle était le plus attachée. Avec Hien évidemment.  

-Dis Windy, on va se laisser insulter comme ça ?

La roucool semblait encore dans l’expectative, surement un reste de son comportement de ce matin, mais finalement, elle approuva d’un mouvement de tête rapide.

-Très bien, jet de sable !

Toujours très vive et sans attendre la réaction du mélofée, Windy battit violemment des ailes pour lui éjecter de la terre dessus. Le petit pokémon normal ne faisait plus autant le fier quand il se retrouva couvert d’une épaisse couche de terre brune et grasse. Il s’ébroua pour s’en libérer sous les croassements moqueurs de Windy.

- Chante-lui une berceuse ! Ordonna Maisy.

-Elève-toi dans le ciel ! 

L’attaque de Cleaf fut ainsi aussitôt contrée car la roucool s’envola pour se mettre hors de portée. Un pokémon vol, c’était bien pratique quand même !

-C’est de la triche ! S’exclama l’adolescente face à Mimiko en tapant du pied.

-Non, c’est un mouvement d’esquive typique. Windy ! Attaque tornade !

Sans trop se rapprocher, celle-ci produisit de grands courants aériens qui vinrent heurter la mélofée et finalement, la firent tomber dans la boue.

-AAAAH ! Gémit Maisy en voyant le désastre.

-Mééélooofééé… Grogna le pokémon rose en se relevant péniblement, le visage recouvert d’une couche maronnasse gluante.

-Utilise euh… Torgnoles !

Cleaf se retourna vers sa maitresse avec une moue boudeuse, l’air de dire qu’il pouvait faire de nombreuses choses, mais certainement pas tarter un pokémon qui se tenait à 3m au dessus de lui.

-Euh… Eh bien…

-Windy ! Utilise à nouveau tornade !

La roucool s’éleva de quelques mètres, laissant l’air humide gonfler ses plumes, heureuse de pouvoir voler sans contrainte. Pendant un instant, elle fut surprise de sentir l’air glisser sur ses pennes, les longues plumes qui terminaient ses ailes, d’une façon un peu inhabituelle.

Il lui faudrait s’intéresser à ça plus tard, en attendant elle fit un large tour tandis que le mélofée tentait l’attaque « Encore » -une stupidité – et attaqua ce dernier par derrière, mettant toutes ses forces dans ses battements d’ailes.

Cleaf ne put résister à la bourrasque et rouleboula plusieurs fois sur lui-même avant de rester assis dans la boue, les bras croisés.

-Charge ! Ordonna Mimiko.

-Ne reste pas planté là Cleaf !!!!

Avant que le mélofée ait pu se relever, Windy l’avait frappé par derrière, mettant fin au combat.

-Oh nooon… Cleaf…

Maisy rejoignit son petit pokémon en courant et lui caressa la tête alors qu’il émergeait de son évanouissement.

-Qu’est ce que j’ai fait de mal ? Demanda-t-elle alors que Windy revenait planer autour de Mimiko.

-Je ne sais pas si je suis un exemple… Commença cette dernière. Mais j’aurais certainement arrêté le combat avant. Tu connais mieux que moi ses attaques, mais de toute évidence, il n’en possédait aucune qui puisse atteindre Windy dans les airs. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai demandé à ma roucool d’attaquer sans s’approcher.

-Si tu t’étais approchée, j’aurais pu utiliser torgnole… Ainsi que son talent…

-Son talent ? Demanda Mimiko, interdite. C’est quoi ça ?

Maisy rappela Cleaf dans sa pokéball avant de lever des yeux étonnés vers son ainée. Un sourire sarcastique se peignit alors sur son visage :

-Quoi ? Tu es une dresseuse et tu ne sais pas ce qu’est un « talent » ?

-Une dresseuse qui t’a battu, répliqua Mimiko sans pitié.

-Humpf… Question de chance. Mais pour y revenir, un talent est une espèce de capacité constamment « enclenchée » chez une espèce de pokémon. Ca a des effets divers. Les mélofées ont souvent le talent qu’on appelle « joli sourire », ca provoque de temps en temps la séduction des pokémons de sexe opposé ! Expliqua Maisy en tournant sur elle-même comme si elle parlait de ses propres capacités.

Mimiko haussa un sourcil perplexe :

-La séduction ? Mais à quoi ça pourrait lui servir ? 

-Tu es sure d’être une fille ? Quand quelqu’un est séduit, il perd totalement le sens des réalités ! Tu ne taperais certainement pas la personne que tu aimes, même si ton maitre te l’ordonne ! Ou alors c’est que tu as des préférences sadomasochistes !

-Charmant… marmonna Mimiko en roulant des yeux.

-Roh ce que tu peux être vieux jeu, t’es encore jeune, profites-en ! Amuse-toi !

Mimiko laissa passer l’insulte. Elle avait des choses plus importantes à faire que de se crêper le chignon avec une adolescente insolente.

-Bon, tu as eu ton combat. Maintenant je vais reprendre mes affaires et…

La jeune fille l’attrapa à la manche pour la retenir. Comme elle avait baissé la tête, Mimiko ne pouvait pas dire quelle était son expression, mais sa voix, loin de l’insolence habituelle, semblait aussi fragile que le son d’une clochette.

-Non. S’il te plait. Me laisse pas comme ça. Je ne pourrais jamais convaincre mon grand père que je peux partir si je ne peux même pas gagner un combat contre un débutant…

Mimiko regarda ailleurs, à la fois contrariée, mais aussi compatissante.

*Mince… Je suis pas SOS amitié moi…*

Finalement, sans chercher à décrocher cette main qui lui demandait de l’aide, elle se mit à parler toute seule :

-Je ne pense pas que tes talents de dresseuse aient une quelconque importance. Partir de chez soi, fut-ce une ville ou la campagne, demande avant tout une énorme dose de courage. On laisse les gens qu’on aime ou qu’on connait derrière soi. Ce qui nous est familier… Le quotidien… On l’échange pour l’inconnu. Ensuite… Eh bien, on s’adapte. Ce qui était important avant ne l’est plus forcément et des choses auxquelles on n’apportait pas beaucoup d’importance le deviennent. Le changement fait peur, mais parfois… Il est nécessaire. 

 

Elle fixait avec un calme presque serein l’eau calme du fleuve, à des mètres d’elle.

 

-Moi qui ne suis qu’eau… Il semble justifié que je retourne à l’eau.

 

Elle laissa ses doigts se décrisper du bord doucement.

 

Un carillon cristallin résonna.

 

-… Oui nécessaire… Il nous permet de grandir, termina Mimiko en poussant un petit soupir avant de se tourner vers sa roucool : Tu t’es battue comme une chef, reviens maintenant !

Elle rappela Windy dans sa pokéball et fouilla dans son sac.

-Je ne peux pas t’aider plus Maisy, sinon te dire que « qui ne tente rien n’a rien ». Il n’y a pas plus vrai en ce monde.

L’adolescente relâcha peu à peu sa prise et releva les yeux vers elle :

-Je suis une trouillarde, c’est ça en gros… Hein ?

Mimiko sortit le dossier que lui avait remis le professeur Orme et l’ouvrit :

-Ca sert à rien de dire ça. Ecoute, c’est triste à dire mais être adulte c’est 80% de frime. Faut mieux se répéter qu’on est fort en espérant le croire un jour. Dis, tu connais cette ville comme ta poche, non ?

-Mmm oui ?

-Tu peux me dire où se situe cette maison ? Je dois voir l’homme qui y habite.

Maisy loucha sur le document avant d’écarquiller les yeux d’étonnement.

-Mais… C’est ma maison !

Mimiko plissa les yeux en relevant en même temps la tête :

-…Nooon… Quand même pas ?

 

A suivre…

*Abréviation de « convenience store » qui sont les équivalant de nos superettes de quartier.