La maison de Fargas était une ancienne bâtisse ceinturée d’un mur et d’un jardin aménagé. Sur le fronton de la porte que Mimiko dépassa avec admiration était gravé dans le bois un immense oiseau entourant de ses ailes une pokéball.

La maison elle-même semblait avoir toujours été là, fermement ancrée dans la terre, ses poutres de bois s’élevant pour maintenir un toit de chaume épais. L’eau de pluie dégouttait de celui-ci sur des plates-bandes de verdure courant le long d’un appontement en bois qui semblait pouvoir être clôturé par des panneaux.

Maisy referma leur parapluie et le coinçant entre ses jambes, ouvrit à deux mains la porte coulissante de l’entrée qui claqua avec un bruit sec.

Elle entra alors dans le vestibule et fit signe à Mimiko de la suivre tout en retirant ses chaussures pour mettre pied sur le parquet :

-Pépééééé !!! C’est moi, May ! J’amène une invitée !

Mimiko resta sur le sol de terre battue, à l’entrée, n’osant pas rentrer plus.

Elle regarda Maisy courir vers une pièce, puis revenir, montrant sa tête :

-Eh, referme la porte au moins ! Tu fais rentrer le froid !

-Oh… Pardon…

Mimiko essaya de tirer le panneau, mais celui-ci lui résista.

-Il bloque souvent quand il pleut trop ! Fit la voix de Maisy au loin.

La brune leva les yeux au ciel.

Pendant ce temps Maisy cherchait son grand-père. Une fois n’est pas coutume, elle le trouva dans la dépendance qui lui servait d’atelier.

Sur des étagères s’étalaient des paniers remplis de noigrumes récoltés pendant l’été et sur d’autres des pokéballs à certains stades de leur fabrication. Fut une époque où la petite Maisy passait des heures à regarder son grand père opérer, fronçant les sourcils pour capter le moindre geste et essayer de le reproduire.

-Pépééé, tu m’as entendu, on a une invitée ?!

Le vieil homme leva le nez de son travail et fixa Maisy :

-Ah… Te voila revenue toi… Tu as renoncé à ton stupide projet ?

-AH CA NON ! PAS QUESTION ! Je veux toujours me casser d’ici !

Le vieil homme fronça ses sourcils touffus et gris au dessus de ses yeux sévères et se retourna vers elle :

-Et moi je te dis que tu vas m’écouter, enfant stupide !

-Non.

-Si tu avais vraiment la gnaque nécessaire à un voyage, tu serais déjà parti.

-C’est ce que je vais faire !

-C’est aussi ce que tu as dit la dernière fois, et te revoilà. J’aimerais plus que ce soit parce que tu es consciente que ce serait perdre ton temps et ton talent, plutôt que par couardise.

Le visage de Maisy s’obscurcit et elle serra fortement ses poings.

Fargas se releva et fit craquer son dos douloureux. Un ramoloss à ses côtés ouvrit un œil paresseux, puis hésita un long moment avant de se rendormir, poussant un immense bâillement.

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-Bon, tu as dit que j’avais un invité, où se trouve-t’il ?

-Dans l’entrée.

-Tu ne l’as pas invité à s’installer dans le salon ?

-Je ne savais pas où tu étais.

-Bon sang… L’adolescence t’a rendue peu dégourdie ma chère May.

Dans l’entrée, Mimiko qui avait laissé tomber l’idée de refermer la porte vit arriver vers elle un vieil homme courbé en kimono de lin bleu suivi de Maisy qui baissait les yeux, l’air un peu éteinte.

-Je n’ai pas réussi à fermer cette porte, annonça Mimiko.

Les yeux noirs du vieil homme vinrent se porter sur elle, scrutateur et elle sentit plus qu’elle ne vit une assez franche désapprobation.

-En voila une autre qui ne semble pas être dégourdie…

-Elle s’appelle Mimiko et elle voulait te rencontrer, intervint timidement Maisy.

-Je viens de la part du professeur Orme, précisa la brune en fronçant à son tour les sourcils.

Les yeux du vieillard se plissèrent.

-Tu ne semble pas faire l’affaire d’un premier coup d’œil, marmonna t’il.

- De quoi parlez-vous ?

-Et que me veux-tu, envoyée de ce bon à rien d’Orme ? Demanda-t-il sans répondre à sa question.

Mimiko fut étonnée de voir que le vieil homme ne semblait pas porter le scientifique dans son cœur. Elle ne pouvait pas dire qu’elle l’appréciait des masses non plus, la dernière fois qu’elle l’avait appelé il ne se souvenait même plus de qui elle était… Mais bon, c’était tout de même son patron…

-Il fait actuellement des recherches sur le pokémon légendaire Ho-oh et selon lui vous l’auriez aperçu. Il aimerait avoir votre témoignage.  

Le vieil homme réfléchit un instant, puis il s’approcha d’elle :

-Je suis le vieux Fargas, je fabrique des pokéballs depuis plus de cinquante ans. Et toi qui es tu ?

-Maisy vous l’a dit, je m’appelle Mimiko. Mimiko Laroche.

-Et tout ce que tu sais faire c’est être un larbin du professeur Orme ?

-C’est le seul qui m’a proposé du travail et des papiers quand je suis arrivé ici. J’exécuterais donc la mission qu’il m’a donné, aussi stupide me parait-elle, jusqu’au bout.

-« Stupide » ? Pourquoi cela ?

-Je ne crois pas que je verrais une seule fois dans ma vie Ho-oh.

-Parce que tu ne crois pas en son existence ?

-Hum… Non… J’ai quelques raisons de m’imaginer qu’il pourrait exister réellement.

Elle pensait à Mew, ce pokémon censément légendaire qu’elle avait déjà rencontré à deux reprises. Bien que ce dernier n’avait pas vraiment les mêmes « états de service » que Ho-oh ou Lugia puisqu’il n’était pas vraiment considéré comme une déité, mais plus comme un pokémon en terrible voie de disparition dont l’existence est remise en doute.

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Pendant qu’elle se faisait cette réflexion, Fargas réfléchissait aussi, puis, relevant la tête il descendit sur le terre plein et chaussa des sandales en paille de riz avant de passer à côté d’elle pour sortir :

- Suis-moi Mimiko Laroche.

Celle-ci leva la tête vers Maisy qui haussa des épaules, ne voyant pas non plus ce que le vieillard voulait faire dehors, d’autant plus qu’il pleuvait encore.

Les deux filles sortirent donc à sa suite et contournèrent la maison pour arriver sur un assez grand jardin où était planté un érable aux feuilles rougeoyantes et plusieurs noigrumiers dont le feuillage persistant restait vert.

Un étang se tenait au milieu, alimenté d’un cours d’eau avec une petite cascade comme il était d’usage de le faire. Un tube de bambou récupérait l’eau avant de pivoter dans un bruit de claquement pour la déverser dans le bassin.

-Combien de pokémons as-tu ? Demanda brusquement Fargas en se retournant vers elle.

-Hein ? Euh… 5, pourquoi ? Fit Mimiko, un brin décontenancée par la question.

L’homme se frotta la barbe, songeur, puis :

-Bon, bein ce serait deux doubles et un solo. Je te dirais tout ce que tu voudras après un combat !

-… Quoi ?!?!? Mais…

Mimiko n’en revenait pas. Elle était là, tranquillement, au nom du professeur Orme et ce type… Ce… Ce vieux schnock semblait la considérer comme un ennemi ! Elle comprenait mieux les difficultés de Maisy à présent…

Tournant les yeux vers celle-ci, elle recueillie une grimace d’impuissance et sût qu’un miracle ne viendrait pas de ce côté-là.

-Ce sont mes conditions, asséna l’homme. 

-Mais… Hormis le fait que ce soit ridicule, je ne me bats pas avec mon onix. Et certainement pas sous cette pluie !

(95)

-Ah oui, et pourquoi ça ?

-Parce qu’il a votre âge fois 10 et qu’il souffre d’arthrite !

Fargas leva un sourcil intrigué, puis se fit moqueur :

-Oh et pourquoi t’encombres-tu d’un pokémon qui ne peut même pas se battre ? Tu devrais le relâcher !

-Je… Je ne peux pas ! Il… On me l’a confié, il est sous ma responsabilité !

-Alors tu le garde juste par sens des responsabilités ?

-Mais… Non ! Je lui donne des médicaments toutes les semaines… Sans ses médicaments, l’infirmière Joelle m’a dit que ses pierres pouvaient se désolidariser et qu’il…

-… En mourait, oui. Termina Fargas sans émotion. Bien, laissons ton onix de côté, ce sera donc deux doubles.

-Des doubles ? Marmonna Mimiko, méfiante.

-Et ça marmonne en plus… Oui, un combat double : deux pokémons pour chaque dresseur.

Oh non… Ca lui rappelait quand elle avait dû gérer trois pokémons à la fois contre Chriss et sa bande. Elle n’aimait pas ça du tout…

Le vieil homme s’éloigna d’elle pour se poster plus loin dans le jardin.

-Tu as déjà de l’expérience en combat pokémon ? Lui demanda-t-il.

-Bof… J’ai battu votre petite fille.

-Eh ! S’indigna Maisy. Tu n’avais pas besoin de lui dire !

-Hum… Tu as battu May tu dis… Tu as déjà affronté un champion d’arène ?

Mimiko fouilla dans son sac et en sorti un petit bijou, un peu en forme d’écrou et gravé de deux ailes : le badge qu’elle avait gagné à Mauville.

-Ah, tu as battu ce merdeux d’Hayato. T’as un niveau de débutante quoi.

-Si je gagne vous arrêterez d’être aussi condescendant ?

-« Si je gagne » elle dit ! Pff ! Aucune chance avec ton niveau, mais je veux voir comment tu te débrouilles !

-…Attendez ! Vous voulez que j’envoie mes pokémons en sachant que vous allez tous les écraser ?! Mais c’est hors de question !

-Tu peux les rappeler, chaque rappel équivaut à un forfait.

-Dans ce cas je peux tout aussi bien les rappeler immédiatement…

-Si je ne suis pas satisfait de ce que je vois, je ne dirais rien !

Mimiko ne trouvait plus rien à répliquer si ce n’était des insultes. D’habitude elle était plus que polie avec les personnes âgées, mais elle n’arrivait pas à ressentir de la bienveillance envers ce type.

-Bien, maintenant que madame la duchesse a eu ses explications, on peut peut-être commencer ? ORUASHI ! KINBEN !

Deux balls furent lancées en l’air et firent apparaitre un simularbre qui se tortilla, mal à l’aise à cause de la pluie, puis un debugant qui donna des coups dans le vide.

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*Un pokémon roche et un pokémon combat… Si je ne me trompe pas… Pourquoi j’ai l’impression que le croulant me teste ? mmh…*

-Hien ! Windy ! C’est vous que j’appelle !

Ses deux pokémons vinrent se placer devant elle et, étonnés de la tournure des évènements, ils tournèrent la tête dans sa direction :

-Oui bein c’était pas mon idée…

-Hum… Un starter et un roucool. Voyons ce que tu peux faire avec ça.

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-Hien ! Flammèche ! Windy ! Tornade !

-Humf…

Les deux pokémons partirent au quart de tour. Les flammes sur le dos de Hien s’allumèrent et il en cracha quelques unes sur le simularbre qui ne broncha pas un instant. Pareil du côté du débugant que la lame d’air de Windy, censée pourtant être très efficace, sembla à peine effleurer.

-Zut… Encore ce problème de différence de niveau…

-Je m’attendais à mieux ! Maugréa le vieillard devant elle comme pour la narguer.

-He Ho ! Vous avez 100 ans, j’en ai que 18 !

-Hé ! T’abuse ! Il a pas 100 ans mon pépé ! Grogna Maisy.

-RIEN A FOUTRE MAISY ! LA, TON PÈPÈ, IL ME FAIT JUSTE… RAAH !!! WINDY ! CHARGE ! HIEN ! VIVE ATTAQUE !!!

Les attaques spéciales ayant échouées, elle passait sur du physique.

-ORUASHI Vire moi ça à coup de balayage ! Kinben bluff !

Alors que le feurisson fonçait à toute allure vers lui, le simularbre le contra en frappant ses pattes du pied, le faisant trébucher et s’écraser la tête la première derrière lui. Windy n’eut même pas le temps d’arriver sur son ennemi qu’il la rejoignit et frappa soudainement dans ses mains, causant son recul et l’empêchant de continuer.

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-ORUASHI ! Jet de pierre ! KINBEN charge !

*Oïe oïe oïe !* Glapit intérieurement Mimiko * Attaque pierre supra efficace sur pokémon feu… Pourquoi j’ai envoyé feurisson moua ????*

*Ah oui, c’est parce que Shampoo me servirait strictement à rien face à la roche…*

-BROUILLARD !!!!

Hien fit soudain exploser les flammes sur son dos et une fumée noire vint le recouvrir lui et Windy.

-Ah on possède quand même des capacités de défense ! S’exclama Fargas en applaudissant dans ses mains, l’air de se moquer d’elle.

-gnagnagna… marmonna doucement la brune en fronçant du nez.  

En attendant, elle avait réussi à éviter le pire puisque le simularbre ne savait plus où viser. Et elle avait plus ou moins repris la main.

-Hien vive attaque ! Windy jet de sable !

-ORUASHI RISPOSTE ! KINBEN BLUFF A NOUVEAU!

Ne sachant pas où l’attaque allait surgir il leur fut cependant difficile d'entamer quoique ce soit et c’est Windy qui agit la première en les aspergeant tous les deux de sable. Hien surgit à sa suite et fonçant à toute allure tapa contre le simularbre… Qui lui renvoya le tout avec puissance.

Hien fut projeté vers Mimiko et dérapa sur la terre jusqu’à elle, KO.

-Oh mon pauvre… Gémit-elle en se baissant et en prenant sa tête dans ses bras.

-Riposte est une attaque qui consiste, d’abord à subir les coups, puis à canaliser cette puissance pour la renvoyer au double. De toute évidence tu ne le savais pas, sinon tu lui aurais ordonné de s’arrêter.

Mimiko ne lui répondit rien et rappela ses deux pokémons.

-Bref, c’était vraiment un combat de débutant ! Conclut Fargas en rappelant lui aussi ses deux pokémons. Voyons maintenant ce que tu as à me proposer pour ça :

Lançant deux nouvelles pokéballs, il fit apparaitre un scarabrute et un xatu.

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*Pokémon insecte et psy… Bah c’est pas comme si j’avais d’autres pokémons de toute façon…*

Avec un air horriblement blasé, Mimiko appela Shampoo et Majo Rika sur le terrain.

Heureusement il y avait une mare pour la magicarpe, mais son apparition fut évidemment le témoin d’un glorieux silence perplexe de la part de Fargas et de sa petite fille.

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-Tu veux te battre avec ça ?

-Rhooo c’est vous qui vouliez voir mes pokémons ! Vous moquez pas ! Un jour elle deviendra une gigantesque leviator ! Se défendit Mimiko.

(130)

-Ouais bein bonne chance pour la faire évoluer… Siffla Maisy.

Fargas, lui, haussa ses sourcils grisâtres :

-Hum… J’ai toujours entendu dire que si faire évoluer un magicarpe était effectivement difficile, le dresser une fois leviator était encore pire…

Mimiko réalisa alors qu’elle n’y avait PAS DU TOUT pensé. Et soudain, face à l’idée de se retrouver avec un monstre aux dents longues comme son avant bras, sa magicarpe lui parut bien sympathique.

-Euh ouais… Bein finalement elle est bien telle qu’elle est…

Fargas eut un ricanement moqueur.

-C’est bien ce qui me semblait…

Au stade où elle en était de serrage de mâchoire, la brune avait l’impression qu’elle allait se la péter. Elle était pourtant quelqu’un de RAISONNABLE, quelqu’un de POLIE, quelqu’un d’OUVERT D’ESPRIT, aux dernières nouvelles, elle n’avait jamais insulté la parenté de ce vieux schnock… Alors pourquoi se comportait-il avec elle comme un crevard de première ?!?!?

-Shampoo… Je sais que c’est un peu perdu d’avance, mais mon honneur se trouve dans tes petites papattes bleue…

La brebis la regarda étonné, puis regarda ses pattes avant avec un bêlement d’incompréhension.

-D’accord… J’oublie les concepts non matérialistes avec toi… Attaque éclair sur… bah celui que tu veux, ça n’a aucune importance de toute façon…

Shampoo ne semblait pas très motivée, en même temps, elle était face à deux autres pokémons avec pour partenaire… un poisson handicapé de la nageoire…

Balançant sa queue d’un air hésitant, elle finit par cibler d’un jet de foudre le xatu.

-Shiromono Téléport !

Avant même que l’électricité le touche, l’étrange pokémon oiseau disparut et se matérialisa à même pas deux pas de la wattouat qui fit un bond en arrière.

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-Onde folie !

-Flash Shampoo !

Secouant sa queue comme une lampe, la boule qui s’y trouvait se mit à briller et Mimiko, aveuglée, ne vu pas grand-chose de ce qui se passait sur le terrain.

Elle supputait que ce mouvement avait fait échouer l’attaque de l’adversaire.

La lueur s’adoucit et les deux pokémons se tenaient toujours à deux pas l’un de l’autre, en chien de faïence. C’était le moment d’essayer quelque chose.

-Charge !

Shampoo fonça, s’élança et… Passa à côté du xatu sans même sembler le voir.

-… Mais.. ?

Pour se taper la tête en une violente charge contre l’érable, secouant celui-ci et se prenant une giclée de flotte dessus. Shampoo se retira, l’air un peu sonnée, bégayant sur ses pattes comme si elle avait bu, puis repartit à l’assaut de l’arbre.

-SHAMPOO REVIENT ! Lança Mimiko, se sentant complétement humiliée.

La brebis fut aspirée dans un flash et elle en profita pour rappeler aussi Majo Rika.

-L’attaque onde folie a marché… Maugréa t’elle alors en osant regarder à nouveau son rival qui n’avait rien dit, n’avait pas bougé d’un poil et la regardait sévèrement.

-A la distance où se tenait Shiromono, il n’y avait aucune chance qu’il la rate. Votre wattouat manque de toute évidence de pratique et son « flash » n’est pas assez rapide.

-Mouaif…

-Il y a encore un sacré travail à faire… Soupira le vieillard. Vous manquez énormément de technique et votre style de combat est digne d’un gamin de maternelle. Vous commencez toujours vos combats par des attaques spéciales ?

-Ca me permet de jauger l’adversaire sans trop l’approcher… s’expliqua-t-elle d’un ton renfrogné.

-Et autant que possible, vous évitez de vous approcher de votre adversaire…

-Faut voir comme ça me réussit…

-…Et vous délaissez très souvent l’intérêt stratégique des manœuvres de défense…

-Perte de temps…

-… En ça on peut dire que vous êtes fidèles aux benêts qui choisissent les starters feu… Bref, ce n’est pas comme ça que vous réussirez quoi que ce soit…

-Bon… écoutez… Je sais pas ce que je vous ais fait pour que vous vous sentiez personnellement insulté, mais je suis juste là pour… Tenta Mimiko qui en avait marre de s’en prendre plein la tronche sans raison.

-… NEANMOINS ! L’interrompit Fargas en levant un doigt, lui imposant le silence. On voit que vous avez un réel attachement pour vos pokémons, que vous détestez les faire souffrir sans raison et que vous êtes quelqu’un de généralement généreux… Sinon vous n’auriez pas supporté les jérémiades de May plus d’une heure.

-…

-Hein ?! Pépé c’est méchant ce que tu dis là !!! S’exclama Maisy qui était resté silencieuse durant tout le combat… ou plutôt la leçon.

-C’est moi ou c’était une sorte de test ? Demanda Mimiko en essayant de retrouver son self control là où elle l’avait perdu, c'est-à-dire quelque part entre le seuil de la maison et ce jardin.

Le vieil homme lui adressa un sourire moqueur.

*OOOKKKKéééé…*

-Donc, vous ne m’en voulez pas pour quoique ce soit ?

-Bon, et si nous rentrions écouter ma petite histoire plutôt que de rester comme des idiots sous la pluie ? Proposa Fargas sans répondre à sa question.

*OOOKKKKéééé… Un, c’est lui qui a voulu se taper un combat sous la pluie. DEUX, IL ME DETESTE VRAIMENT ET VEUT PAS ME DIRE POURQUOI ! *

Elle abandonna le combat, elle n’avait besoin pour ça que d’un regard vers le visage de Fargas qui semblait dire « t’es cinquante ans trop jeune pour ça, jeune idiote ! » et le suivit en fulminant intérieurement.

****

Le petit garçon était couché dans l’herbe, le visage tourné vers un ciel où défilaient lentement de nombreux nuages blancs.

Un natu picorait le sol à côté de lui, sautillant joyeusement pour avancer. C’était une belle journée et ils semblaient tous deux en profiter sous le couvert des arbres de la forêt. Takeru étendit le bras et laissa la pokéball qu’il tenait lui tomber de la main. Le natu vint renifler l’objet sphérique de couleur bronze qui possédait sur un côté une espèce de manivelle.

177

-Tu veux rentrer Shiromono ?

Le natu pivota d’un saut et le garçon se redressa.

-YOOOOO TAAAKKKEEERUUUU !!!! Fit soudain une voix familière.

Un garçon d’à peu près son âge, la tête couverte d’épis noirs et habillé dans un kimono marron deux pièces trop large pour lui, courait vers eux et se laissa tomber dans l’herbe, avant de se relever en riant bêtement, vite suivi par son compère.

-Hé hé, quel idiot tu fais Suguru !

-Roooh ça va, ça fait des heures que je m’entraine à l’arène depuis ce matin, faut que je décompresse !

-Qu’est ce que tu fais dans la forêt alors ? Tu vois pas assez de pokémon insecte à l’arène ?

-Huuum… En fait… Je ne sais plus pourquoi je suis venu ici… Mais il y avait une raison !

Takeru se releva et le regarda d’un air suspicieux :

-Dire qu’un étourdi comme toi veut devenir garde… Je ne suis pas tranquille !

-Ne me dis pas ça ! Maître Ian me fait assez souvent la leçon comme ça !

-Notre champion a bien raison d’essayer de faire rentrer un peu de plomb dans ta tête !

-RAAAAH !!!!

Le natu se mit à sautiller autour de Takeru, puis disparu et réapparut un peu plus haut en battant vainement ses petites ailes pour s’élever dans les airs. Son maître regardait ses efforts d’un œil désespéré :

-Ce que tu peux être pathétique Shiromono…

Suguru le regarda d’un air indigné.

-Comment as-tu pût appeler un super pokémon comme ça « Shiromono » ? (note de l’auteur : ça veut dire « machin/ truc » en japonais)

-Arrêtes, il ressemble à rien. C’est un pokémon vol mais il ne peut pas voler, il se contente de se téléporter de plus en plus haut.

-Tu veux échanger avec mon aspicot ?

(13)

 

-Non merci, fit Takeru sans appel.

-Bein voyons ! Moi aussi j’aimerais que mon père m’achète un pokémon cool… Autrement dit un que tout le monde n’a pas !

-Si tu l’entraine bien, tu auras un dardargnan.

 

(15)

-Oui et il y a au moins dix personnes au village qui ont un dardargnan… Râla Suguru en regardant avec envie le natu qui s’était reposé par terre, essoufflé.

Takeru se sentait gêné de la jalousie de son meilleur ami. Des fois il avait du mal à apprécier le fait que son père, artisan de pokéball, soit un notable d’Ecorcia et non pas un simple charbonnier comme le père de Suguru.

Soudain il fut stoppé dans ses pensées par une bestiole qui lui sauta au visage et le lui ravagea de griffure avant de sauter sur Suguru.

-AAAH ! Fit celui-ci en essayant de l’éviter. LE RATTATA MALEFIQUE D’ASHINA !!!!

19

Mais le rat mauve fit son office avant de décamper vers une petite brunette ronde qui courait dans leur direction, l’air contrariée.

-QUI EST MALEFIQUE ?!? Grogna-t-elle en haletant, avant de se diriger d’un pas lourd vers Suguru.

-Je suis dévisagé !!!! Gémit exagérément Takeru car il saignait à peine.

-Au secours, un ronflex attaque ! Rajouta Suguru.

(143)

Ashina piqua un fard, puis se mit à courir après lui :

-SUGURU ISHINAGI, JE VAIS LE DIRE A TA MAMAN !!!

-NOOOON TAKERU AIDE MOI !!!!

Celui-ci songea qu’il valait mieux se faire oublier et regarda Ashina finir, malgré sa corpulence, par attraper Suguru à l’oreille pour la lui tirer.

-AÏE AÏE AÏE !!!!

-Ta mère m’a demandé de venir vous chercher car elle était certaine que tu avais oublié de dire à Takeru qu’il devait rentrer au village !

-AÏE AÏE AÏE !!! Ah oui c’était ça !!!

Elle le lâcha avec un regard méprisant et tendit son bras au rattata pour le faire monter sur son épaule puis se retourna vers Takeru :

-Tu ne devrais pas aller tout seul dans la forêt. C’est dangereux.

-Avec toi au village, je ne sais pas ce qui est vraiment le plus dangereux ! Grommela Suguru en se massant l’oreille.

Il grimaça et fit un saut en arrière lorsque la fille tourna un regard noir vers lui.

*Tiens Suguru, voilà une pelle, creuse ta propre tombe avec !* Songea intérieurement Takeru en secouant la tête, désespéré.

-C’est l’Ancienne qui est descendu au village qui l’a dit ! Répliqua Ashina.

-Mora l’Ancienne est au village ? S’étonna le dresseur du natu.

-Oui. Elle a vu des signes inquiétants dans la forêt ! C’est pourquoi le champion a décidé que les enfants ne devraient plus s’y rendre jusqu’à prochain ordre !

-Ils vont aussi doubler la garde ! Ajouta Suguru d’un ton enthousiaste. Et devines qui a été choisi pour être guetteur ?

-Toi ?

-OUUIIII ! Au moindre signe je taperais dans la cloche !

-S’il n’oublie pas pourquoi il est là… Persiffla Ashina en lui jetant un regard de côté.

-Aucun risque ! Au travail je suis un pro !

-Pro ?

-« Professionnel »! C’est un terme qui vient de la ville !

-Tu n’es jamais allé dans quelque ville que ce soit !

-Si, j’ai accompagné mon père livrer son charbon à Doublonville !

-Qu’est-ce que tu racontes, cette ville n’existe pas !

-Si, c’est une toute nouvelle ville qu’ils construisent de l’autre côté de la forêt. C’est très moderne, les routes et les bâtiments sont en béton !

Suguru et Ashina avaient commencé à prendre le chemin du village tout en discutant. S’ils passaient du temps à se disputer, Suguru ne pouvaient pas s’empêcher de faire le fanfaron et Ashina d’écouter avec attention. Takeru qui connaissait lui aussi Doublonville n’était pas très intéressé, c’est pourquoi il trainait derrière. Il stoppa cependant sa marche, surpris quand son natu, au lieu de le suivre, se mit à pousser de petits cris en apparaissant et disparaissant dans le sens inverse.

-Qu’est ce qu’il y a Shiromono ?

-Natu ! Natu !

Son pokémon oiseau essayait de l’entrainer plus profondément dans la forêt.

Il regarda ses amis, et voyant qu’ils ne faisaient plus attention à lui, il décida de suivre Shiromono.

****

-BOOOON PAUSE ! Les filles vous faites à manger !

Les yeux de Mimiko s’étrécirent :

-Et pourquoi ça ?

-Parce que je l’ai décidé ! Répliqua Fargas. Et vous dormez ici cette nuit !

Maisy tira Mimiko par le col d’un air implorant alors que la brune semblait à deux doigts de s’emparer de la table basse pour assassiner son grand père. Par excès de gentillesse elle se résigna à la suivre, après tout elle avait gentiment soigné ses pokémons pendant que Fargas racontait son début d’histoire…

*Mince, en plus ce type a raison, je suis trop gentille ! Je devrais me casser de cette maison et envoyer chier Orme et sa stupide mission…*

*Stupide mission pour laquelle tu es payée…grrr….*

-Non mais… Depuis quand on donne des ordres à des inconnus en se montrant, qui plus est, aussi familier ! « Les filles » et puis quoi encore ? Grogna Mimiko une fois dans la cuisine alors que Maisy enfilait un tablier.

-Et toi, là, la pseudo-rebelle, tu réagis pas ? Tu obéis gentiment comme un caninos ?

(58)

L’adolescente poussa un long soupir tout en sortant divers ingrédient du frigidaire.

-C’est pas comme si je pouvais refuser. Mon grand père m’a élevé quasiment tout seul et Mamie Ashina est morte d’un cancer quand j’avais 7 ans…

Mimiko fit une grimace : Tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler !

Mais quand le vin est tiré, il faut le boire :

-Et tes parents, ils sont où ?

-Ils vivent à Safrania… Commença maussadement la jeune fille en tirant une planche à découper et un couteau. Mon père n’a rien trouvé de mieux que d’aller vendre le savoir faire de Grand Père à la Sylph SARL… Et bon, faut croire que je les gênais parce que quand ils sont partis, ils m’ont laissé à Ecorcia.

Elle se mit à couper des carottes en fines rondelles d’un geste sûr.

Mimiko qui n’avait pas la moindre envie de la gêner dans ses préparatifs, et qui de toutes façon était de la génération surgelés et plats préparés, la regarda depuis la chaise où elle s’était assise.

-Hum… Ceci explique cela…

-Quoi donc ?

-A première vue, on pourrait croire que t’es une battante, mais en fait tu te laisses simplement faire. Tu acceptes la situation de façon fataliste, tes parents ou ta situation ici, alors que tu devrais prendre tout ça en main.

Maisy fronça les sourcils et plantant son couteau dans sa planche se retourna, furieuse :

-Genre t’es bien placé pour parler ? On voit bien rien qu’en te regardant que t’es qu’une pauvre fille qui subit et qui n’aime pas ce qu’elle fait. T’as aucune motivation et t’es même pas capable de dire clairement « je suis une dresseuse pokémon ! » pas étonnant que tu te sois fait battre par mon grand père ! Si moi je suis fataliste, toi tu dois être totalement pessimiste !

-C’est faux, je suis quelqu’un de très optimiste même si j’en ai pas l’air, répondit simplement Mimiko.

Maisy ne sut quoi répondre : elle était décontenancée par la façon totalement calme et dépourvu de colère ou de tristesse avec laquelle Mimiko avait pris son réquisitoire.

Celle-ci eut un petit sourire moqueur :

-Oh, je suis un terrible juge pour moi-même, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai du mal avec les autres : comme je ne peux m’empêcher de chercher la perfection pour moi, j’ai des jugements très durs pour mes semblables.

Face à elle, Maisy se mordit la lèvre, gênée.

-Donc dans tout ce que tu peux me dire, je capte ce que je considère comme la vérité et le reste… je n’y fais pas très attention. J’ai appris à ne plus me soucier de la façon dont les gens me voient… Enfin, tant que cette façon ne blesse pas trop profondément mon amour propre.

-N’empêche, je suis désolée, tu voulais juste m’aider…

-Un dicton dit qu’il n’y a que la vérité qui blesse. Des fois c’est vrai, des fois c’est complètement stupide, surtout quand c’est balancé en réplique par un rageux qui veut avoir le dernier mot. Mais je pense que dans ta situation, c’était plutôt véridique.

-Oui, bon, même si c’était vrai ? Qu’est ce que je peux y faire ? Hurler ? Enrager ?

-Je ne te conseillerais jamais de te mettre en colère, bien qu’il parait que ça soulage un peu la pression, mais tu ne dois pas laisser, ni tes parents, ni tes grand parents, décider à ta place de la vie que tu dois mener. Au contraire, tu dois leur faire un pied de nez et réussir, ça ne pourra être que ta plus belle vengeance.

-Tu ne me conseille pas de me mettre en colère, mais tu me conseille de me venger ?

-Tu parles à une indécrottable rancunière. Et malheureusement, je peux te l’assurer, cette maladie ne pars pas avec l’âge !

-Mais être rancunière, c’est être en colère.

-Hum… Oui, mais pas d’une colère brutale où l’on perd toutes ses neurones et qui s’éteint aussi rapidement qu’un feu en manque de combustible, mais une colère maitrisée et froide comme la glace.

-Je crois être plutôt de type feu alors…

-Dit celle qui s’est moquée avec son grand père de mon starter…

-Ouais du coup vous êtes pas très bien assortis.

-Au contraire, Hien fait de moi quelqu’un de meilleur… Non, toi t’es de type eau, tu te laisses couler passivement en attendant de voir où ça va te mener.

-…

-Il y a vengeance et vengeance Maisy, ce dont je te parle c’est une vengeance douce qui a pour but de te délivrer un peu de ce que tes parents ont fait. La vengeance mesquine et cruelle, à côté, ce serait d’essayer de les faire souffrir. Mais je crois pas que ce soit ce que tu veux…

-…Un jour peut-être, mais pas en ce moment oui, affirma Maisy après un moment d’hésitation.

Mimiko lui sourit en retour, appréciant l’honnêteté dont elle faisait preuve.

-Bon, bein finalement, t’es mieux que ce que je pensais ! Par contre, tout cela n’explique pas ton attirance pour quelqu’un d’aussi sordide que Chriss…

-Arrêtes, il est trop beau !!! Hihihi !

Mimiko exhala un immense soupir de désespoir en s’affalant sur la table.

****

Takeru avançait au milieu de la végétation, essayant de garder son natu dans son champ de vision malgré les branches basses et les hauts buissons qui lui fouettaient le visage.

Le Bois des Chênes n’était qu’une version amoindrie de ce qu’on appelait alors la Forêt de Johto. Et si déjà les effets de l’urbanisation se faisaient sentir à l’ouest où une grande campagne de déforestation avait été lancée aux alentours de Rosalia et de l’ancien palais impérial afin de construire une ville capable de rivaliser avec Safrania en termes de modernité, les profondeurs de la forêt restaient sauvages et vierge d’installation humaine.

D’Ecorcia, longeant les contreforts rocheux de la vallée des pluies jusqu’aux abords de Mauville, courant contre les massifs des cents sources, contournant Rosalia, allant jusqu’à Oliville puis bordant les Falaises Corayon : la Forêt de Johto était presque à elle toute seule la région !   

Le chemin se fit grimpant et le jeune garçon grimaça. Sa mère lui avait au moins mille fois défendu de s’approcher du bord des chutes d’eaux. Et effectivement, en tendant l’oreille, plus il montait, plus il pouvait entendre le bruit de tonnes d’eau se déversant dans le fleuve.

-Shiromono… On ne devrait pas être ici ! Décida-t-il alors en reprenant un peu le sens des réalités.

Il tourna la petite manivelle qui se trouvait sur sa pokéball et l’inversant, l’ouvrit pour essayer de rappeler le natu. Mais celui-ci ne semblait pas décidé à coopérer : il se téléporta pour éviter d’être aspiré.

-SHIROMONO !!!!

Un grand bruit le fit soudain sursauter, et pas loin, un grand pin bascula et tomba à terre dans un long craquement.

Sa curiosité à nouveau piquée à vif, Takeru accéléra et dépassa même le petit oiseau psychique pour se cacher derrière un buisson pas trop épineux.

Contre l’arbre abattu se tenait un pokémon qui semblait un peu sonné. Son allure de blatte et ses grandes cornes édentées ne faisaient aucun doute sur son identité :

-Ouaaah, un scarabrute !

Celui-ci secoua la tête et se redressa en faisant jouer de fureur ses mandibules acérées.

Un dodrio apparut alors et d’un saut puissant, dirigea ses trois têtes vers lui pour lui asséner des coups de becs. Le pokémon insecte pencha la tête pour mettre en avant sa pince, mais les têtes agiles l’évitèrent et il prit l’assaut sans possibilité de reculer, prisonnier du tronc d’arbre.

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Un papillon mauve fit soudain une apparition plus paresseuse et resta à distance, les observant de ses grands yeux globuleux.

-Ca alors ! Murmura Takeru pour ne pas se faire remarquer. Un dodrio et un aéromite ! C’est des pokémons qu’on trouve pas dans le coin…

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Peu de le dire, techniquement, on ne trouvait des doduos qu’au nord du Japon, lors de leurs migrations, et les mimitoss que sur la pointe d’une île russe qui se trouvaient près de Sinnoh. Les aéromites traversaient parfois le territoire pour hiverner en Afrique, mais ils passaient plutôt par le Kanto.

Et le Parc Safari de Parmanie ne serait construit que bien des années plus tard.  

Bref, il était évident qu’il ne s’agissait pas de pokémons sauvages.

Comme s’il n’avait attendu que cette réflexion de la part de Takeru, un bruit de galop retentit et un tauros donna un grand coup de corne dans un arbre qui lui barrait le passage, avant de tirer derriere lui une espèce de cage à roues qu’il transportait. Dans celle-ci se trouvaient plusieurs autres scarabrutes et deux insécateurs qui étaient tellement serrés qu’ils ne pouvaient pas bouger.

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Et sur le dos du tauros se trouvait un étranger occidental de la cinquantaine, le visage barré de deux cicatrices, habillé d’un veston de cuir et un cigare coincé dans la bouche.

-Bon, tu nous as fait suffisamment courir… Grommela celui-ci. Dodrio, termine-le !

*Oh mince… Un braconnier…Et un étranger en plus !* Gémit le garçon dont les jambes restaient ancrée à leur place comme du béton.

Il avait peur, on racontait toujours les pires choses sur les étrangers, mais une autre partie de lui souffrait de ne pas pouvoir aider le scarabrute. Shiromono à ses côtés regarda son maître d’un air peiné.

Alors que les trois têtes de l’autruche l’assaillaient à nouveau, le scarabrute roula sur le côté,  les évitant ainsi. Sans perdre de temps, il grimpa sur le tronc et évita une tête, puis deux, mais la troisième le toucha sous le bras. Prit dans le mouvement, son corps pivota et il glissa de l’arbre.

*OH NOOOON !!!!!* Hurla intérieurement Takeru, toujours aussi paralysé, alors que le pokémon insecte faisait une chute de plusieurs mètres le long de la paroi rocheuse qui soutenait la cascade.

Il n’entendit pas le choc. Mais les scarabrutes n’avaient-ils pas d’ailes ? Ah non, c’était les scarhinos qui en avaient… Oh le pauvre…

-Raaah… Fit le braconnier en descendant de sa monture pour s’approcher du vide.

Son dodrio s’approcha lui aussi, penaud.

Et alors qu’un pied sur le tronc, le regard plongé vers le bas couvert de brume, l’homme songeait qu’il avait perdu son temps et que la bestiole était morte, il donna un coup dans la tête d’oiseau fautive.

-Créature idiote ! A cause de toi, on en a perdu un !

Les trois têtes se rétractèrent : trois cerveaux mais un même réseau nerveux, montrant la même émotion de douleur.

L’homme cracha par terre, puis remonta sur son tauros avant de tirer un grand coup sur ses rênes pour lui faire faire demi-tour.

Takeru attendit un long moment, figé, jusqu’à ne plus entendre le bruit des dégâts que faisait le chargement à son passage. Il se leva alors doucement et observa les lieux, un peu dérouté.

Son natu inclina la tête, perplexe, puis tenta de s’élever à hauteur de son maître en se téléportant et en battant vainement des ailes tout en pioupioutant.

Cela suffit à faire sortir Takeru de sa transe :

-Oh mais oui ! le scarabrute !

Il partit en courant vers le bas de la paroi rocheuse. La cascade qui s’y trouvait était impressionnante et les gouttelettes d’eau soulevées recouvraient ses alentours, formant comme une espèce de brouillard. Il plissa les yeux afin d’y voir plus clair, puis aperçut finalement la masse sombre du pokémon. S’approchant d’abord avec précaution, il finit par oublier toute prudence en voyant que l’insecte ne réagissait pas du tout, inerte.

Il eut envie de pleurer et son visage se contracta pour s’en empêcher.

-Mince Shiromono, couina-t-il plus qu’il ne parla au petit pokémon qui venait d’apparaitre à ses côtés, il est mort. J’aurais peut-être pût le sauver, mais je n’ai rien fait et il est mort…

-Naaa… ? Fit le pokémon en inclinant à nouveau la tête.

-Ya rien à dire, t’es pas le pokémon le plus intelligent du monde, mais je t’aime bien en fait…

Il prenait Shiromono dans ses bras quand il aperçut la main du scarabrute bouger, suivit d’un grognement.

La joie qu’il éprouva lui fit lancer l’oiseau en l’air et piétiner sur place :

-Il est vivant ! Il est vivant !

Puis soudain, il réalisa que ce ne serait peut-être pas le cas pour longtemps.

Il n’avait que huit ans après tout…  

Rattrapant Shiromono au passage, il se mit à tourner sur lui-même, avant de courir le plus vite possible vers le village.

Arrivé devant l’arche en bois qui le délimitait, il entendu Suguru hurler sur celle-ci, puis taper de son marteau à plusieurs reprises sur le cylindre métallique qui tinta fortement.

Il croisa Ashina qui eut à peine le temps de mettre ses poings sur ses hanches et de commencer un : « AH ! DIS DONC ! UN GROUPE D’ADULTES ALLAIENT PARTIR TE CHERCH… » qu’il la dépassa pour se précipiter vers l’arène, la plus grande structure du village et qu’on ne pouvait pas rater avec son gigantesque chêne qui sortait du toit en chaume.

Il entra dans le bâtiment, qui de l’intérieur ressemblait à un jardin, et chercha le champion. Il grimpa les bâtons enfoncé dans l’arbre tout autour de son tronc pour atterrir dans une petite cahute construite au-dessus de l’arène et qui servait d’habitation à Ian. C’était un grand costaud portant un kimono marron en deux pièces dont le pantalon bouffant était resserré au niveau des mollets au-dessus de bas blanc ceinturés par les lanières de ses chausses. Il portait aussi une veste ouverte ouvragée sans manches. Il aurait pu passer pour quelqu’un de tout à fait digne de confiance s’il n’y avait eu cette horrible moustache qu’il s’obstinait à porter et qui rebiquaient de chaque côté.

Il n’empêchait que comme chaque champion d’Ecorcia, il était incollable question insecte.

-Oh ! Le jeune Fargas ! Tout le monde se demandait où tu étais passé ! S’exclama celui-ci d’une voix puissante.

-Maître Ian ! J’ai besoin de votre aide ! Il y a ce braconnier qui se battait et puis vlan, voilà qu’il tombe de la falaise et puis je crois qu’il est mort et puis il est vivant mais blessé ! Il faut que vous veniez m’aider !!!

Le champion le regarda en plissant les yeux, pas sûr d’avoir compris :

-Qui, le braconnier ?

-Non vous ne m’écoutez pas ! Le scarabrute ! Le braconnier est reparti avec son tauros, son dodrio et son aéromite !

-Mais c’est qui ce braconnier ?

-On s’en fiche du braconnier ! Il faut que vous veniez soigner le scarabrute !

-Si un scarabrute a besoin de mon aide, j’accours. On fait ça, et puis après tu m’expliqueras tout le reste calmement…

****

-Pourquoi vous me racontez cette histoire de scarabrute… ? Vous n’auriez pas pût juste me dire où vous avez vu Ho-oh, quel tronche il avait et ce qu’il a fait… Marmonna Mimiko entre deux bouchées de nems au porc.  

-C’est moi qui raconte l’histoire, c’est moi qui choisit comment je la raconte jeune insolente !

-J’dis ça, j’dis rien…

Elle décida de continuer à se noyer dans la nourriture, gavée par le vieillard et par une Maisy qui perdait sa langue en présence de ce même individu. 

Celle-ci semblait réfléchir aux grands problèmes de l’Existence en picorant des grains de riz dans son bol.

-Bon je reprends là où j’en étais avant de me faire couper par une grossière personne…

-C’est ça… *Mimiko, profite de ce repas gratuit et tais-toi !*

****

Le Champion Ian amena avec lui plusieurs de ses hommes à la cascade et ramena le scarabrute en mauvais état au village. Le disposant dans un coin de l’arène, il commença à lui prodiguer les premiers soins jusqu’à l’arrivée de l’Ancienne, qui n’était pas si vieille que ça puisqu’elle avait à peine quelques rides.

Takeru, assis dans un coin car on lui avait demandé de ne pas gêner, regardait avec fascination la femme pratiquer. Celle-ci broya des graines, fit quelques gestes au-dessus du pokémon en chantant à mi-voix, invoquant les esprits de la nature, puis elle créa dans un bol une mixture de baie et d’herbe qu’elle écrasa au mortier avant de la donner à Ian :

-Un emplâtre à étaler sur les parties blessées, cela apaisera la douleur et accélèrera la réparation des tissus.

-Merci beaucoup Mora.

La femme lui sourit avant de réunir son matériel dans un sac en tissus et de venir poser une main réconfortante sur la tête de Takeru :

-C’est très bien ce que tu as fait. Les esprits te le rendront.

-Même si je ne l’ai pas défendu ? Demanda le petit garçon en fronçant les sourcils, coupable.

-Quand on est un enfant, Takeru, son premier devoir est avant tout de se protéger soi-même. Tu aurais mis ce scarabrute dans l’embarras en te mettant toi-même en danger. Il n’aurait plus eu à protéger uniquement sa vie, mais aussi la tienne, et il se serait fait attraper ou serait mort à l’heure qu’il est. Et s’il t’arrivait quelque chose, tes parents seraient effondrés… Tu y as pensé ?

Le petit garçon secoua la tête.  

Elle lui adressa à nouveau un sourire :

-Les enfants ne devraient pas se prendre la tête. Tiens, voilà ton père qui arrive.

Effectivement un homme de haute stature et habillé d’un kimono bleu et d’un autre qui était uniquement posé sur ses épaules pour en faire comme une cape s’approcha et salua l’Ancienne.

-Fargas san… Le salua t’elle en retour avant de rentrer dans sa maison située dans la montagne.

Takeru se releva et fuit le regard de son père, conscient de n’avoir pas obéit aux ordres.

-Père…

-Combien de fois t’ai-je dis de ne pas trainer dans la forêt ? C’est un endroit dangereux et j’ai plus besoin de toi à l’atelier !

-Mouais, pour alimenter le feu, quelle tâche palpitante… Marmonna Takeru dans sa barbe.

-Que dis-tu ? Parle plus fort quand tu t’adresses à moi et regarde-moi !

-Rien du tout… 

-Bon, rentrons, ta mère était folle d’inquiétude…

Et son père passa un bras autour de ses épaules pour l’obliger à le suivre, Takeru se laissa faire mais tourna tout de même la tête en direction du champion :

-Maître Ian, est-ce que je pourrais revenir m’occuper du scarabrute ?

-Oui, bien sur Takeru ! Je ne vais pas pouvoir le veiller tout le temps et il faut que je m’occupe de cette histoire de braconnier !

-Dis je peux papa ?

-Mais…

-Roooh Fargas ! Laissez donc le faire, votre petit est un héros ! J’en connais d’autres qui se seraient simplement enfuis la queue entre les jambes ! Intervint Ian en se levant.

Son père pinça des lèvres, mais finalement accepta.

Néanmoins, une fois hors de l’arène, il s’empressa de montrer son mécontentement :

-Takeru, j’aimerais qu’à l’avenir tu évites de fréquenter les gens de l’arène. Je ne t’élève pas pour que tu deviennes un bon à rien.

-Maître Ian n’est pas un bon à rien ! C’est un excellent dresseur de pokémon insecte ! Il connait quasiment tout à leurs sujets !

-Et en attendant il vit dans un arbre et n’a ni épouse ni enfant. Connaitre les pokémons ne sert à rien ! On doit juste se contenter de reconnaitre les dangereux des non dangereux et scarabrute est un pokémon dangereux !

-Comment tu peux dire que connaitre les pokémons ne sert à rien alors qu’on fabrique des pokéballs !

-Justement, nos pokéballs sont un moyen sûr de tenir les pokémons dangereux en laisse.

Takeru songea à la sphère qui se trouvait dans la bourse pendant à la ceinture de son kimono et fronça les sourcils. Dès qu’il le pouvait, il en sortait Shiromono car il n’aimait pas le savoir enfermé. De toute évidence, ils n’avaient pas la même conception de ce que devait être une pokéball.

Il rentra chez lui en silence et aida sa mère et son fouinar à ranger la maison jusqu’à la nuit tombée. Si son corps était loin de l’arène, son esprit ne l’avait pas quitté et lorsque ses parents n’eurent plus rien à lui faire exécuter, il rappela sa promesse à son père lors du repas, le coupant dans une longue tirade sur les bienfaits de s’allier avec les allemands alors que le gros poste de radio crachait les dernières informations dans un bruissement permanant.

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Il leva les yeux au ciel face à la tocade de son fils, mais lui fit signe d’un geste de la main de décamper. Le jeune garçon ne se le fit pas dire deux fois et sauta sur ses pieds pour courir veiller sur le pokémon insecte blessé.

Il trouva Ian à ses côtés en train de finir de manger son repas. En le voyant arriver, il lui sourit et lui balança un anpan, petit pain fourré à la pâte de haricot rouge, que le garçon attrapa au passage.

-Cool ! Merci ! S’exclama Takeru en s’asseyant auprès du pokémon encore inconscient avant de mordre d’un grand coup de dent dedans.

-De rien, c’est Miyage sensei qui me les as apporté tout à l’heure… Mais comme je ne suis pas très fan du sucré…

-Notre institutrice, Anko Miyage, c’est votre fiancée ?

Ian se racla la gorge, embarrassé face à la question posée innocemment par le petit garçon.

-Hum… C'est-à-dire… Enfin bref ! Je suis retournée avec 4 de mes hommes à l’endroit où se trouvait le scarabrute et nous avons fouillé un moment les environs… Mais les traces du chariot du braconnier disparaissent dans une rivière…

-Oh…

-La Forêt est si vaste, on ne pourrait pas la fouiller entièrement… Ou alors il nous faudrait demander l’aide de la Ligue Pokémon car l’Armée a autre chose à faire en ce moment…

-Dites Maître, c’est vrai qu’on est en train de conquérir la Chine ? Qu’on est un Peuple Supérieur qui doit régner sur toute l’Asie ? Et que les autres pays nous trouvent méchants et veulent nous attaquer ? Que c’est pour ça qu’on doit s’allier aux « Aleuman » ?

-Eh bien… Il parait… Ton institutrice doit bien t’en parler en classe… Enfin, un petit garçon comme toi ne devrait pas se préoccuper de tout ça…

Takeru fit la moue. Tout allait décidemment mal. Le pire étant que cet affreux braconnier étranger était toujours dans les parages.

-Je vais dormir un peu, je peux compter sur toi pour t’occuper du scarabrute ? S’il se réveille il faut lui faire boire la potion que lui a laissée Mora. Tu y arriveras ? Demanda Ian en se levant avec les restes de son repas.

Takeru hocha la tête avec sérieux :

-Oui, et de toute façon, j’ai Shiromono pour m’aider !

-Shirom… ?! Bah ! Je compte sur toi alors…

Takeru resta seul dans l’arène, ou presque car les pokémons insecte de Ian veillaient en silence le long du grand tronc et des branches plus basses, ou bien depuis les fleurs et buissons.

L’électricité n’étant pas installée dans l’arène, comme dans beaucoup d’autres bâtiments, c’est à la lueur d’une lampe à pétrole que le garçon tentait de garder les yeux ouverts, ce qui se révélait de plus en plus difficile passé vingt trois heures.

*J’y arriverais, il le faut…* Se répétait-il en s’ouvrant parfois les paupières de ses doigts.

Son obstination n’était pas uniquement dû au bien être du scarabrute. Quand on avait huit ans comme lui, on se préoccupait plus de ses propres besoins que de ceux des autres. Et il voulait absolument ce scarabrute. Il voulait que l’insecte s’attache à lui et à lui seul, comme ça il pourrait le garder jalousement pour lui.

*Tu vas être mon pokémon !*

Pour ça, il avait même piqué une pokéball dans l’atelier de son père.

La nuit continua à avancer et Takeru finit par s’assoupir en position assise. Le scarabrute ouvrit alors les yeux. Pendant un moment il ne bougea pas, s’étonnant de ne plus être dans la forêt. Il se redressa difficilement, tirant sur ses contusions et aperçut alors le petit garçon à côté.

*Soigné par des humains ?*

Il entendit autour de lui les autres insectes présents dans l’arène, bruissement d’ailes, cliquetis de mandibules : tous lui soufflaient leur amour pour les humains. Autrefois, il aurait pût y croire car dans la forêt habitaient des humains qui vivaient en harmonie avec eux, mais depuis quelques temps de nouveaux humains étaient arrivés et ceux-là détruisaient les arbres, coulaient des plaques nauséabondes sur la terre, séparaient leurs territoires… Et cet humain était aussi arrivé, chassant dans la forêt et capturant de nombreux pokémons qu’on ne revoyait jamais.

 

« Reste ici, ici les humains sont bons avec les pokémons. »

 

Non, il devait partir sauver les membres de sa famille qui avaient été capturés. Se relevant malgré la douleur, il essaya de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller le garçon et couru vers la porte.

L’ouverture de la porte provoqua un courant d’air qui fit frissonner Takeru et le réveilla. Pendant un instant, il fut trop dans le coaltar pour réaliser quoique ce soit, mais rapidement, il se rendit compte que le scarabrute n’était plus sur la couche de fortune qu’on lui avait faite.

-Oh non !

Tournant la tête, il aperçut alors la porte ouverte et sans réfléchir plus, parti à la poursuite du scarabrute.

****

-20H30, toujours pas la trace d’un Ho-oh en vue… marmonna Mimiko en aidant Maisy à débarrasser la table tandis que le vieil homme préparait du thé.

-Tu sais comment sont les vieux, ils aiment prendre leur temps ! Le défendit sa petite fille avec un sourire crispé.

Mimiko haussa des sourcils en la regardant commencer la vaisselle et s’accroupit par terre pour gratouiller Hien sous le menton :

-Il t’a déjà raconté cette histoire ?

-Oui, mais je n’ai jamais eu droit à la version complète. Je savais pas que l’histoire de son scarabrute était liée à celle-ci… Mais c’est marrant de l’entendre parler de lui quand il était enfant. C’était une autre période…

*Ah ça… En plein dans la seconde Guerre Mondiale… Je me demande si c’est parce que je suis française, et donc dans le camp adverse… et « vainqueur », qu’il réagit comme ça ? Non, je n’ai même pas dit à Maisy que j’étais métis… Et il est quasiment impossible de différencier un européen d’un autre…*

Le feurisson appuya encore plus la tête sur sa main, ivre de plaisir, avant de la retirer et de lui lécher le bout des doigts.

-On dirait que tu vas beaucoup mieux toi… Désolé de t’avoir fait subir ça…

-R’sson! Répliqua le pokémon feu en se redressant sur ses deux pattes, bombant du torse.

Mimiko sourit face à son éternel allant, et se releva.

-En tout cas merci Maisy de l’avoir soigné, lui et Shampoo !

L’adolescente se retourna après avoir rempli l’évier d’eau chaude et de liquide vaisselle et bomba elle aussi le torse avec fierté :

-C’est rien, on nous apprend à l’école les premiers soins et les baies qui soignent ! Et j’ai toujours eu de suuupers notes dans cette matière là ! Bon, revenons vite au salon pour que Pépé nous raconte la suite de l’histoire ! Je pense qu’on touche au dénouement !

-Vu l’heure qu’il est, je l’espère, je veux dormir ce soir !

****

Guidé par Shiromono qui suivait psychiquement la trace du scarabrute, Takeru avançait dans la Forêt. Cela faisait un moment qu’ils avaient dépassé les limites connues et étaient entrées dans les profondeurs que seuls les plus aguerris osaient fréquenter.

Le natu courbait les branches à son passage, l’aidant à se frayer un chemin dans une flore tellement dense qu’on ne voyait plus parfois le sol. D’autant plus qu’il faisait nuit.

Heureusement un quart de lune sans nuages éclairait leurs pas et loin d’être déserte, la forêt semblait respirer de vie. Les hoothoots et noarfangs tournaient leurs grands yeux lumineux à leur passage, des granivols dormaient paisiblement avec un murmure de contentement dans les ramures bruissantes des chênes et le pas léger d’un cerfrousse cassaient parfois une brindille à terre.

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Grace à tout ça, Takeru n’avait pas aussi peur qu’il l’aurait cru, bien qu’un hurlement lointain de démolosse lui fit serrer les dents.

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Les pokémons devaient ne pas sentir d’hostilité en lui, car certains passaient tout prés ou même le suivaient avec curiosité comme cette bande de fouinette qui lui passait entre les jambes et manquaient de le faire trébucher. 

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Il finit cependant par quitter ce havre de verdure, revenant sur un lieu sombre aux arbres espacés qui ne lui disait rien du tout. C’était tout à fait le genre de terrain qu’appréciaient les meutes de malosses sauvages.

 

(228)

Il ne croisa heureusement aucun pokémon chien et se retrouva qui plus est à suivre des marques de roues jusqu’à une espèce de baraquement clôturé d’une barrière. S’approchant en restant caché, il aperçut le dodrio et le tauros qui dormaient dans l’enclos.

*C’est là que se cache le braconnier… Mais pourquoi le scarabrute est retourné ici ?*

Il entendit soudain des voix et rampa avec Shiromono  jusqu’à la façade de la « maison ».

Là se trouvait le braconnier armé d’un fusil et accompagné de son aéromite. Face à lui, il y avait une femme.

C’était étrange de voir une femme seule en plein milieu des bois.

Elle ne semblait pas avoir peur car elle fixait l’homme armé avec une expression sérieuse et déterminée. Elle était vêtue de plusieurs couches de kimonos avec un nœud d’obi ouvragé. La couche de vêtement extérieure était noire et un motif d’oiseau stylisé aux ailes et aux serres déployées se trouvait sur ses longues manches. Il n’aperçut qu’après coup le pyroli à l’épaisse fourrure qui tournait autour d’elle avec nervosité, ses grosses pattes ne faisant aucun bruit sur les feuilles mortes.

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-Je vous le redemande, déclara alors la femme. Cessez tout de suite vos immondes trafics ou il vous en coûtera.

-Ah oui ? Et qui donc pourrait m’en empêcher ? Vous et vos danseuses ? L’Administration a autre chose à faire que de se préoccuper d’un type comme moi ! En plus, ces grands hommes d’Etats ne sont pas les derniers à faire parti de mes clients ! Ils auraient pour certains du mal à se passer de leur dose quotidienne de poudre de bois de cerfrousse, la guerre est une chose si terrible… Et puis mélangé à du suc d’empiflor, ils obtiennent alors un gaz aux puissants effets hallucinogène qui rend les gens complètements fous ! Parait même que c’est ça qu’ils auraient utilisés pour s’emparer de plusieurs villages de chintoks !

 

(71)

Le visage de la femme se crispa de colère rentrée.

-Eh oui, elle fait mal la vérité ! Et il vous est difficile de critiquer… Après tout, vous êtes aussi sous les ordres des gens qui ont décidés cela !

-Détrompez vous, je suis avant tout au service de mon ordre… Et si vous continuez à tuer des pokémons pour en faire des drogues, des armes bactériologiques ou autres produits à vendre au marché noir…Vous pouvez être sur qu’il vous en cuira.

-Que des belles paroles !

-Pour vous, je ne suis que le messager… Répliqua la femme avant de tourner le dos sèchement et de repartir sans se retourner, accompagné du pyroli qui feula dans la direction de l’homme avant de la suivre.

-Ouais c’est ça sale pute… Dégage !

Plutôt que de rentrer directement, le braconnier contourna le bâtiment, faisant s’envoler de peur le cœur de Takeru qui se tassa le plus possible quand il passa à côté de lui.

Heureusement, il ne sembla pas le remarquer, ni son affreuse mite géante, car l’homme partit droit vers un coin de l’enclos où se trouvait son chariot et sa cage. A l’intérieur il y avait toujours les scarabrutes et les insécateurs entassés.

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Ceux-ci vrombirent de peur et de colère en le voyant approcher.

-Bien bien, j’avais justement des commandes d’apothicaire pour de la poudre de corne de scarabrute… Dire que ces chintoks croient que ça augmente la virilité… Je devrais peut être un jour m’amuser à tester !

L’homme partit dans un rire rauque alors que le scarabrute face à lui tentait vainement de l’attraper avec sa pince. Mais celle-ci se referma seulement sur le barreau qui résista.

-Pff… Qu’est ce que c’est con un pokémon !

Le braconnier devait être sacrément entrainé, car à peine quelques secondes plus tard, il roula sur le côté, évitant la prise du scarabrute qui avait surgit de nulle part.

-Bordel ! D’où il vient celui là ! Aéromite ! Dodrio !

La seule tête réveillée du grand pokémon oiseau s’empressa de réveiller les autres alors qu’aéromite faisait déjà face au scarabrute pour protéger son maître.

*Les pokémons sont vraiment gentils…* Songea Takeru. *Même après ce que ce type a dit… Ils continuent à le servir et à le protéger… D’un point de vue, on peut effectivement dire qu’ils sont idiots…*

Le garçon regarda le natu qu’il tenait dans ses bras et le serra contre lui.

*Adorablement idiots…*

-Para spore ! Ordonna l’étranger à sa mite géante.

Le scarabrute tenta de l’éviter, mais ses précédentes blessures le ralentissaient. Il se retrouva donc couvert de la poudre étincelante qui pénétra dans sa chair et vint attaquer les liaisons nerveuses. Il avait alors l’impression de bouger dans un épais coton.

Le dodrio arriva là-dessus et lui asséna une furie.

Takeru était toujours couché dans l’ombre et se demandait ce qu’il pouvait bien faire pour aider ce pauvre scarabrute.

*Je pourrais essayer de libérer ses amis…*

Mais le braconnier était trop prés de sa cage et il avait une arme à feu ! Et Mora l’Ancienne lui avait dit qu’il avait avant tout le devoir de se protéger lui-même.

*Mais c’est horrible de voir mon pokémon se faire capturer pour être transformé en poudre !!!*

Il avait les larmes aux yeux et s’était mis à prier toutes les divinités qu’il connaissait de leur venir en aide.

Il ne tarda pas à avoir une réponse puisque, d’une façon brutale et soudaine, une rafale secoua le baraquement et la forêt environnante. De nombreuses tuiles et objets déposés dehors s’envolèrent au passage pour retomber bien plus loin.

Takeru ne pût retenir son cri car il avait l’impression qu’il allait s’envoler lui aussi.

Le chariot et la cage s’effondrèrent tout deux sur le flanc et l’aéromite ne pût résister et fut entrainé.

-Mais qu’est ce qui se passe ?!? Hurla l’homme en armant son fusil.

Un cri de colère répondit et du ciel apparut une immense flamme qui s’approcha d’eux, puis s’évapora, laissant apparaitre en son sein un immense oiseau au plumage vivement coloré, brillant d’une nouvelle nuance à chaque fois que la lumière de la lune se posait sur lui.

Chacun de ses battements d’ailes envoyait des rafales sur la bâtisse qui perdait de plus en plus de choses au passage.

-Le Roi Flamboyant…Murmura le garçon en se redressant, fasciné et surtout prêt à se carapater très loin.

-Ho-oh !!! S’exclama le braconnier d’un ton triomphal tout en le pointant de son fusil : une proie d’exception ! Tu vas me rendre richissime et célèbre !!!

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Le phénix semblait n’avoir cure de l’arme à feu car il ouvrit son bec acéré pour pousser un nouveau cri de défi. L’homme répondit d’un rire extatique et tira.

La détonation fit sursauter Takeru et il ne pût s’empêcher de regarder le spectacle, comme s’il allait assister à la mort du Dieu. Le plomb fila jusqu’à l’oiseau, mais se mit à fondre avant même de l’avoir touché car l’oiseau sembla soudain s’enflammer de flammes dorées et la température monta de plusieurs degrés.

Le baraquement en bois prit alors feu sous les cris, qui n’étaient plus du tout extatique, de l’étranger. Il ordonna à son dodrio d’attaquer, mais celui-ci, face à une créature qui faisait presque trois fois sa taille, préféra baisser ses têtes et reculer de peur.

L’incendie grandit et attaqua les barrières de la clôture : le tauros, complètement effrayé, fonça dans celle-ci et la brisa pour s’enfuir dans la forêt. Son dresseur sembla se dire que c’était une bonne idée et partit en courant dans la même direction.

L’oiseau géant ne l’avait cependant pas perdu de vue et s’éleva gracieusement au dessus du bâtiment en flammes pour le suivre. Takeru en profita pour bondir sur ses pieds, passer derrière Ho-oh pour essayer de sauver les scarabrutes et insécateurs des flammes qui s’approchaient inévitablement de la cage.

Shiromono essaya de contenir le feu avec ses capacités psychiques, sans beaucoup de succès cependant, pendant que son maître retirait la barre qui fermait la cage et ouvrait en grand la porte. Les pokémons captifs s’empressèrent de détaler sans demander leurs restes.

Il ne restait plus que son scarabrute qui était encore paralysé.

L’oiseau flamboyant avait entretemps rattrapé le braconnier, puis lui avait coupé la route, provoquant au passage l’embrasement de plusieurs arbres. L’un d’entre eux tomba dans un craquement sonore, projetant des braises sur les épines de pin sèches au sol qui s’incendièrent aussitôt et contaminèrent tout ce qui se trouvait autour d’elles. Un véritable incendie de forêt était en train de se déclarer autour du braconnier piégé.

Complètement paniqué, il tira à nouveau sur le pokémon feu, mais ça n’eut guère de nouveaux effets et l’oiseau le fixa de son regard ardent pendant un instant. Il pût voir son reflet se refléter dans ses pupilles alors que d’un mouvement de cou, l’oiseau cracha des flammes sur lui, le réduisant en quelques instant en un petit tas de poussière.

Takeru n’avait pas pût louper la scène alors qu’il essayait de soulever le scarabrute. Son état mental était alors passé du mode « courageux » au mode « horreur total », surtout lorsque l’oiseau se retourna vers lui et qu’il était alors le seul humain des lieux.

Ses jambes lâchèrent, sa prise sur le scarabrute lui échappa et il s’écrasa par terre. La pokéball qu’il avait prise dans l’atelier de son père roula hors de la bourse de tissu à sa ceinture vers le pokémon. Mais ça n’avait plus d’importance désormais de capturer ou non le scarabrute.

Ne sachant que faire pour assurer sa survie, il se mit en position de salut, le front collé sur la terre, Shiromono se plaça de lui-même sur sa tête avec courage, prêt à se placer en unique rempart face à la divinité.

Ho-oh se tenait au milieu des flammes, royal, fixant le garçon comme s’il lisait en lui, puis finalement il arqua son cou et Takeru déglutit, s’attendant à subir le même sort que le braconnier.

Juste parce qu’il était au mauvais endroit et au mauvais moment. Il voulait implorer la créature de le laisser en vie, qu’il n’avait rien à voir avec tout ça, mais il était devenu muet, sa voix refusait de passer le barrage de sa gorge.

Puis comme rien ne se passait, il ouvrit timidement un œil.

Le grand phénix avait baissé la tête pour ramasser quelque chose dans son bec. Takeru se redressa lentement en voyant la tête s’approcher de lui en douceur.

C’était impressionnant, et sacrément intimidant, mais son regard de feu semblait apaisé.

Le garçon se remit finalement debout, Shiromono toujours sur sa tête et regarda ce que lui tendait l’oiseau, objet minuscule dans son immense bec : c’était la pokéball qu’il avait laissé tomber en s’écroulant par terre.

-Tu… Tu veux me la rendre ? Demanda fébrilement le garçon en tendant ses mains tremblantes devant lui.

La paupière de l’oiseau se referma un instant, puis se rouvrit et Ho-oh déposa la pokéball dans le creux des mains de l’enfant. Au moment où le bec touchait la peau humaine, le pokémon transmit deux concepts qui vinrent se forger dans l’esprit de Takeru sans qu’il s’agisse de télépathie ou même de mots.

 

Le lien.

 

Le pacte tacite.

 

Puis l’oiseau s’éloigna et battant des ailes, fit disparaitre dans une bourrasque les flammes qui dévoraient la forêt. C’est alors que Takeru se rendit compte que les premiers rayons du soleil avaient commencé à illuminer la Terre. L’oiseau se tint dans la lumière dorée un instant, semblant l’apprécier, puis décolla et partit dans la direction de l’astre rayonnant, non pas boule de feu, comme à son arrivée, mais comme créature étincelante.

Takeru Fargas resta immobile au milieu des décombres jusqu’à sa disparition, et encore après de nombreuses minutes. Il finit par réagir, surtout à cause du scarabrute, et le captura dans sa pokéball.

Il mit de nombreuses heures à retrouver le chemin de son village, pour finalement être retrouvé avant par des villageois partis écumer la forêt à sa recherche. Il raconta à tous son histoire, mais peu furent ceux qui le crurent. Beaucoup pensaient qu’il s’était endormi et avait fait un rêve.

Néanmoins, il sût que ce n’était pas le cas quand un visiteur leur parla de l’incendie d’une partie de la forêt de l’ouest et il garda toujours précieusement la pokéball de scarabrute, même après qu’il la changea par une plus moderne. Il profita même d’un moment de répit pour sculpter Ho-oh tenant dans ses ailes une pokéball sur le chambranle du portique de la demeure.

Même si l’on ne l’avait pas cru, son histoire tourna de villages en village, jusqu’à devenir une légende urbaine qui arriva jusqu’aux oreilles du professeur Orme.

***

-« Le lien » et « le pacte tacite », ça ne peut être que de la pokéball dont il s’agit, déclara Mimiko en aidant Maisy à sortir un futon pour elle du placard.

Elles se trouvaient dans sa chambre, magnifiquement décorée d’une fresque murale et de plusieurs tableaux de pokémons aux murs. Mais comme il s’agissait d’une pièce aussi traditionnelle que le reste de la maison, le sol était en tatami et l’adolescente dormait elle aussi sur un futon car elle n’avait pas de lit à l’européenne. Quelques rares meubles en bois peuplaient la pièce : un bureau, une étagère remplie de livres et de babioles, et un porte-cintre où se tenaient diverses robes, T-shirt, ainsi que ce qui devait être un ancien uniforme scolaire fait d’une robe noire à bretelle assortie d’un petit ruban rouge.

-C’est c’que je pense aussi, affirma Maisy, même si c’est zarb de se dire qu’un pokémon quasi divin « approuve » un truc qui retient prisonnier les pokémons !

-Ho-oh est censé être l’incarnation des relations entre humains et pokémons, il n’est donc pas si « drôle » qu’il accepte un objet qui sert de médiateur entre les deux partis. Car sans pokéball… Ce serait difficile d’avoir beaucoup de pokémons et de se faire obéir d’eux…

-Oh mais autrefois c’était le cas ! La première pokéball n’a été inventée qu’à l’ère Meiji ! Annonça fièrement Maisy en laissant tomber un jeu de drap sur le futon. Tu veux un coussin ?

-Oui, un plat de préférence, merci, je vais faire mon lit.

-Oki.

La jeune fille se rendit prés de son porte-cintre alors que son mélofée et ce qui était de toute évidence son germignon, se chamaillaient sur son lit.

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-Tout ça me rappelle ce que m’a dit un dresseur : le lien entre le dresseur et son pokémon, c’est la pokéball, si on la détruit, quelqu’un d’autre peut le capturer et un nouveau lien est formé, continua pensivement Mimiko. Je me demande comment c’est possible ?

-C’est juste de l’administratif ça ! Répliqua Maisy en farfouillant dans ses affaires et en jetant des tenues sur son lit qui atterrirent sur les deux pokémons, les ensevelissant. Y’a rien dans la fabrication d’une pokéball qui oblige un pokémon à obéir à quelqu’un plutôt qu’à un autre. Par contre il devient impossible de prouver aux yeux de la loi que ce pokémon a été à toi, contrairement à un échange.

-Oui… Parce que je ne pense pas que ça efface la mémoire des pokémons…

-Non ! Ya que ça d’important au final ! Les sentiments qu’y a entre eux et nous ! Ce n’est pas parce qu’on a capturé un poké, qu’il obéit direct au doigt et à l’œil ! Mon grand père me dit toujours que les dragons sont super dur à dresser et qu’en plus, il faut tout recommencer à chaque fois qu’ils évoluent ! Mais le pire, parait, c’est les tyranocifs ! Ya pas plus placide qu’un embrylex alors les dresseurs se disent que ça ira, ya juste qu’ils ont tout le temps faim, puis il se transforme en ymphect et là il dort quasiment tout le temps, puis tout d’un coup il se transforme en tyranocif, une grosse bestiole violente et sauvage et là ils se révèlent incapable de la maitriser. Résultat, ils les abandonnent dans la forêt ou la montagne où les bêtes, furieuses, font des dégâts monstres !

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-Note à moi-même : éviter de capturer des embrylex ou des pokémons dragons. Rester sur des mignonnes fouines et moutons ! Ironisa Mimiko en finissant son lit.

Maisy ricana en réponse et posa un gros sac prés du tas de vêtement mouvants.

-Certains le croient, mais le dressage, ce n’est pas à la portée du premier crétin venu ! Annonça-t-elle.

-Il me suffit de voir que ma roucool ne m’obéit pas toujours… Mais… Qu’est ce que tu fais avec ce sac ?

Maisy se tourna vers elle alors qu’elle enfournait tout ce qui se trouvait sur son lit dedans :

-Bein ça se voit pas ? J’ fais mon sac pour partir demain !

-Alors tu t’es…

-Oui ! Je me suis décidée ! En partie grâce à toi… Et aussi en partie grace à Pépé… J’veux dire… Tout ce qu’il a vécu alors qu’il était qu’un gosse et n’avait qu’un natu pour le protéger ! Moi je me sens vraiment… Minable à côté. La « fille qui a peur de partir sur une route en béton » !

-Mais non, c’est normal d’avoir peur… mais c’est rageant quand cette peur te paralyse au point de t’empêcher de faire ce que tu veux.

-Ouais… Je ne laisserais plus jamais rien entraver mon amour ! Hahaha ! Chriss j’arrive !!!!

Roulage de yeux du côté de Mimiko qui s’allongea auprès de Shampoo et Hien.

-Je ne sais pas lequel des deux je dois plaindre le plus…

***

Maisy avait éteint la lumière depuis un moment et Mimiko pouvait entendre son souffle calme et endormi.

C’est peut être parce qu’elle n’avait quasiment pas fait d’activité physique aujourd’hui, par rapport à ses longues marches habituelles s’entend, mais elle n’arrivait pas à trouver le sommeil.

Lassée de rester immobile, elle se leva doucement pour ne pas réveiller l’adolescente ou leurs pokémons et se rendit au salon.

La pluie s’était arrêtée, on ne l’entendait plus frapper contre le parement en bois de la maison et Fargas avait laissé ouvert un panneau d’où il observait le ciel en fumant une longue pipe japonaise.

Mimiko fut tentée de retourner dans sa chambre, car elle ne s’attendait pas à trouver quelqu’un, mais le vieil homme, sentant sa présence, se retourna.

-Monsieur… Grommela la jeune femme en tirant nerveusement sur le bas de sa chemise de nuit.

Il retourna presque aussitôt à sa contemplation nocturne comme s’il avait compris sa pudeur ou le côté gênant de la scène.

-Tu n’arrives pas à dormir ?

-Non… Et je réfléchissais aussi à votre histoire… Au final, n’importe qui qui voudrait voir Ho-oh ou essayer de le capturer n’a qu’à torturer des pokémons…

-Hum…Tu as envie d’essayer ?

-Bien sur que non ! Je ne pourrais jamais faire une chose pareille… Mais ça n’en est pas moins ma conclusion.

-Non, il y a un facteur que tu n’as pas pris en compte… De toute façon, si je ne me trompe pas, Orme-je-suis-un-brillant-scientifique t’as demandé d’aller voir aussi un certain « Eusine » ?

-Oui… Une madame Eusine…

-Bien. Alors tu auras la réponse à ta question.

Il refusait de lui dire tout ce qu’il savait, et Mimiko ne savait pas si c’était à cause d’elle et du fait qu’il ne l’aimait pas. Elle hésita un instant à essayer de lui demander ce qu’elle avait fait de mal, mais Fargas reprit la parole.

-Une quête de recherches s’accompagne toujours d’une quête de vérité… Lança-t-il d’un ton énigmatique et ces paroles parlèrent plus qu’elles ne l’auraient dû à la jeune femme mais elle resta muette car elle sentait qu’il n’avait pas fini.

-Tu es quelqu’un de très modeste. Tu ne t’attribue pas plus de qualité que tu n’en as, mais ce que notre combat m’a montré, ce n’est pas ce que tu montres à tout le monde, mais ce que tu cache. Aussi modeste sois-tu, tu ne te prends pas pour de la crotte de ramoloss ! Tu es fière, horriblement fière peut-être même… Et c’est cette même fierté qui fera que bientôt, et ça a peut être déjà commencé, tu ne supporteras plus ta médiocrité en terme de dressages et combats pokémons !

Mimiko serra les poings de colère rentrée, parfaitement touchée et sachant douloureusement qu’il avait raison.

-Et alors ? Répliqua t’elle difficilement, vous avez des conseils à me proposer ?

-Oui, répliqua le vieil homme en se levant et en allant se planter devant elle. Te rendre à Rosalia. Là bas tu deviendras plus forte. Plus forte même que tu pourrais l’imaginer.

-Rosalia ? Mais qu’est ce qu’il y a là bas ?

Fargas eut un sourire en coin et mâchouilla sa pipe dans un petit silence.

 

-Le Tenkeishichiken.

 

A suivre…

 

Ô joie d’avoir terminé ! A1H30 du matin XD Mais j’écris mieux la nuit, quand s’éteignent tous les bruits de l’agitation humaine.

Ca aurait dû être un chapitre difficile à écrire au vu de son importance et de tout ce qu’il devait contenir, mais au contraire c’est sorti quasiment tout seul. Je remercierais néanmoins le premier OST de Full Metal Alchemist (anime remarquable) qui m’a accompagné tout le long des scènes de flash backs. (Et le logiciel Recuva d’avoir sauvé au moins la moitié de ces scènes d’une suppression de fichier incontrôlée).

 

J’ai hésité à donner des explications de certaines choses, mais au final, de peur de me spoiler et de vous mettre trop sur la voie, je me retiens, je n’en fais rien…