C’est à pas de loup, son sac sous le bras, que Maisy descendit l’escalier. Elle fit bien attention à sauter la cinquième marche, celle qui grinçait toujours et en petits sauts légers, arriva au rez-de-chaussée.

Elle se crispa un instant et écouta la vieille maison craquer, puis, comme aucun son ne brisait le silence, se permit un soupir de soulagement.

La jeune fille regarda des deux côtés, puis fonça vers la porte d’entrée et d’un geste habitué, la fit coulisser avant de la refermer derrière elle avec un petit cri de victoire.

Fargas sortit de derrière un poteau en l’entendant détaler et, tout en arborant un sourire indulgent, balança la tête d’un air peiné.

Il resserra les pans de sa veste en frissonnant et repartit dormir.

-Bonne chance ma petite May…

***

Mimiko se réveilla bien plus tard après une grasse matinée. Elle se redressa, encore toute groggy et regarda autour d’elle. A force de dormir tous les soirs dans un endroit différent, il lui arrivait parfois de ne plus savoir du tout où elle était.

-Ah oui… Maisy… FargaAAAaahhs…. Termina-t-elle avec un bâillement.

Elle réalisa soudain qu’il n’y avait plus de trace du futon de l’adolescente qui l’hébergeait, ni de son sac. Cela suffit à la réveiller définitivement.

Elle dévala l’escalier pour trouver Fargas dans son salon en train d’ausculter une pokéball :

-Maisy est déjà partie ?

Le vieillard retira la petite loupe qu’il avait sur un œil et se retourna vers elle :

-Depuis longtemps. Elle est partie aux premières lueurs du soleil. ELLE, précisa t’il comme si le fait que Mimiko soit encore en chemise de nuit à 10h était un fait hautement honteux.

La brune haussa les épaules. Quand elle avait la chance de pouvoir profiter d’un lit confortable, elle n’allait pas se réveiller avec les poules.

-Je vois… Finalement elle a réussi à partir…

Elle remonta, se faisant accompagner au passage par Hien et Shampoo, et alla se préparer, perdue dans ses pensées. Est-ce que tout se passera bien pour la jeune fille et arriverai-t-elle à retrouver Chriss ?

-Et si elle retrouve Chriss… Alors j’aurais certainement l’occasion de la revoir…

Du moins, c’était ce qu’elle imaginait. Après avoir été confrontée autant de fois à lui, ainsi qu’à Harry et Goliath, elle trouverait étrange de ne pas les retrouver sur son chemin, à un moment ou à un autre.

*Ou bien est-ce arrogant de penser ainsi ?*

En tout cas, une part d’elle était assez honnête pour avouer ne pas être mécontente de ces rencontres, même si elles étaient émaillées d’étonnement, puis de déception.

Chriss, Harry, Goliath et Sayaka étaient autant de points de repères dans sa nouvelle vie que l’étaient auparavant ses amis et sa famille. Chaque rencontre avec eux la rassurait et lui faisait oublier qu’elle n’était dans ce pays inconnu que depuis trois mois.

Elle enfila un pull à col haut au-dessus de son t-shirt et enfila sa veste avant de ramener ses amples boucles noires en queue de cheval haute. Le reflet que lui renvoyait le miroir de la salle de bain lui semblait de plus en plus familier. Pendant un instant, elle s’affronta du regard.

*Bien. Plus que deux témoignages à récupérer.*

Elle sortit son pokématos et repéra la ville d’Irisia sur le plan. Comme celle-ci ne se trouvait pas sur la même île que le reste de la région, il lui faudrait trouver un port pour traverser la mer.

Avant de faire quoique ce soit, elle appela le professeur Orme pour le mettre au courant de son avancée. Bien évidemment, elle tomba d’abord sur Sayaka :

-Bonjour Sayaka, c’est Mimiko. Je voulais prévenir votre époux que j’ai le témoignage de Takeru Fargas.

/Bonjour Mi-chan ! Comment vas-tu ce matin ? Je n’arrive pas à croire que tu ais réussi à faire parler Fargas san ! Ca fait des années que mon époux lui envoi des messages, mais il a toujours refusé de dire quoique ce soit./

-Oui, c’est un vieil homme buté et plutôt désagréable… Il m’en a fait voir des vertes et des pas mûres…

/Ton travail n’est pas de tout repos… J’espère que tu prends le temps de bien t’alimenter et de te reposer./

-Ne vous en faites pas pour ça…

/Mon mari n’est pas là en ce moment, mais je lui dirais de verser ton salaire. Qui dois-tu voir maintenant ?/

-Mme Eusine… A Irisia…

/Oh, si c’est elle, tu ferais mieux de l’appeler et de prendre rendez-vous. C’est une amie de la famille, si tu lui dis que tu viens de notre part, elle prendra le temps de te voir. Elle est très occupée et elle se trouve très rarement à Irisia… Même si on l’y voit plus souvent que son mari./

-Je vois. Merci du conseil… Je pense qu’il y a son numéro de téléphone sur le papier que m’a donné le professeur Orme. 

/De rien. Tu la salueras de ma part./

-Oh… Et aussi… Est-ce que le « Tenkeishichiken » vous dit quelque chose ? C’est à Rosalia.

/… Eh bien, je suppose qu’il s’agit d’une maison de thé… En fait, bien que j’ai fait mes études à Doublonville, je ne suis jamais allé à Rosalia. Cette ville est cependant célèbre pour son festival des fleurs qui a lieu chaque année pour l’ôhanami, car il faut dire que l’Empereur y assiste. « Tenkei » veut dire « don du ciel », mais aussi « don divin », en rapport au fait que l’Empereur règne de droit divin… Je suppose donc qu’il doit s’agir de la maison de thé de l’Empereur./

-Une maison de thé ? S’étonna Mimiko avant d’éloigner l’appareil de son oreille pour marmonner : pourquoi diable Fargas voudrait que j’aille dans une maison de thé ?

/Mimiko ?/

-C’est cet endroit où les gens vont assister aux cérémonies du thé ?

/Entre autre. C’est un lieu de divertissement raffiné./

Mimiko haussa des sourcils. Bon, elle ne comprenait pas.

/Pourquoi t’intéresse-tu à cela ?/

-Oh… Quelqu’un y a fait allusion et je ne comprenais pas ce terme.

/Oui, j’imagine qu’il y a de nombreux mots qui te sont inconnus./

-Hm… Oui… Eluda rapidement Mimiko. En tout cas je vais appeler Mme Eusine. Merci.

/Ca me fait plaisir. Bonne journée alors./

-A vous aussi. Saluez Akira pour moi.

/Il sera content d’avoir de tes nouvelles./

Mimiko raccrocha et se mit en quête des papiers que le professeur Orme lui avait transmis au sujet de ses interviews. Elle y trouva effectivement le numéro qu’elle cherchait et appela aussitôt.

Elle tomba malheureusement sur le répondeur où une voix plutôt jeune lui demandait de laisser un message :

« Hum… Bonjour je m’appelle Mimiko Laroche, j’aimerais m’entretenir avec vous de la part du professeur Orme. Quand est ce que je pourrais vous voir ? Vous pouvez me rappeler à ce numéro. Merci. »

Raccrochant, elle fit la moue en se demandant ce qu’elle allait faire maintenant. Il ne servait à rien de se précipiter à Irisia si la femme n’y était pas, mais d’un autre côté, rester dans le coin paumé que formait Ecorcia était tout aussi inutile.

Consultant son gps d’une main, caressant Hien d’une autre, elle se demanda ce qu’il serait sage de faire.

La prochaine ville en suivant la route principale était Doublonville. Elle était pour ainsi dire la capitale de la région et surtout, elle était le centre névralgique des lignes de trains de Johto. De cette ville, elle pourrait se rendre presque partout.

Et Rosalia n’était pas loin.

-Bon, va pour Doublonville alors ! 

***

Les chemins pédestres formaient au Japon de véritables itinéraires secondaires pour faire le tour du pays, néanmoins ils n’assuraient ni la rapidité, ni le confort des routes automobiles, fluviales et ferroviaires. Et ainsi, parfois, le chemin se perdait dans les profondeurs d’une forêt.

-Chouette… Une forêt… Marmonna Mimiko alors que le sentier face à elle se retrouvait cerné d’arbres aux troncs épais.

Elle aurait pourtant pût continuer à avancer le long des rizières, ça lui allait très bien même si c’était un peu boueux et que la route était autant conçue pour les piétons que pour les bus et les vélos. Seulement voila, la route se séparait en deux, et le chemin plongeait droit dans le Bois aux Chênes.

La pluie qui se mettait à nouveau à tomber en fines gouttes l’obligea à prendre cette direction pour s’abriter sous un immense chêne.

Ce fut une bonne idée de sa part car quelques minutes plus tard, ce furent des seaux d’eau qui se déversèrent : les lames de pluies étaient tellement serrées qu’on ne voyait plus le paysage au-delà de deux mètres.

Mimiko ne pouvait plus que prier pour que ça ne dure pas trop longtemps et s’accroupit avec un soupir. Elle sortit de son sac son pokématos et brancha la radio pour passer le temps.

Durant les heures qui suivirent, elle ne vu rien d’autres que de lointaines lumières qui disparaissaient aussi vite qu’elles apparaissaient.

*Surement des feux de voiture.*

Puis, au bout de deux longues heures de rediffusion de la chronique du Professeur Chen, la pluie s’arrêta brusquement et le soleil daigna se montrer timidement à la faveur de trouées dans le plafond nuageux.

Mimiko sortit de son abri, circonspecte, et se demanda si elle ne ferait pas mieux de dépenser quelques billets dans un ticket de bus.

Il fut une époque où elle n’aurait pas hésité une seconde, mais depuis qu’elle était seule à gérer son argent, sans mère pour la ravitailler tous les mois, elle réalisait la préciosité de ce qui se trouvait dans son porte feuille.

Mieux valait le garder à quelque chose de plus utile, quitte à devoir dormir sous la pluie.

Ainsi pensé, elle s’avança sur le chemin boueux en évitant les flaques d’eau et entra dans l’épaisse futaie que formait le Bois des Chênes. 

Naturellement placée dans un environnement tempéré et humide, la forêt, malgré l’automne bien entamé, gardait une teinte majoritairement verte grâce à ses chênes verts au feuillage persistant, ses mousses qui rampaient le long des troncs et ses fougères.

Ponctué d’une touche de doré, de rouge flamboyant à l’approche des érables et du marron chaleureux des troncs et de la terre grasse.

Tout cela aurait été idyllique si la boue ne venait pas tout gâcher. Mimiko passait effectivement plus de temps à éviter de glisser qu’à admirer ce qui se trouvait autour d’elle. 

-Zut… Raaah… Là… Ou pas…

Un rire faillit la jeter droit dans une flaque quand elle se contorsionna pour voir d’où il venait.

-Vous devriez marcher dans l’herbe. Les racines retiennent la terre et l’empêchent de se liquéfier.

Un adolescent, lui-même recouvert de gadoue jusqu’aux genoux arrivait dans l’autre sens.

Mimiko se plaça sur une motte d’herbe et s’inclina en réponse à la salutation.

-Vous êtes dresseuse de pokémon ? Lui demanda-t-il en décrochant une pokéball de sa ceinture. Un combat, ça vous dit ?

-Dans ce marais ?

-C’est intéressant de changer de terrain de temps en temps. Et j’ai besoin d’entrainement pour pouvoir affronter la championne de Doublonville.

Elle hocha distraitement de la tête. Ce n’était pas le premier « coureur » de badges qu’elle rencontrait et elle comprenait petit à petit qu’obtenir ces récompenses n’avait pas pour seul but de participer à la Ligue Indigo. C’était aussi une reconnaissance de niveau.

*C’est pour ça que Fargas m’a demandé si j’en avais… Cela permet de juger de la force de son adversaire. Et si je me souviens ce que m’a dit le champion de l’arène de Mauville, chaque arène représente un niveau de difficulté.*

Si Mauville était le premier niveau, alors Ecorcia était sans doute le deuxième et Doublonville le troisième.

-Alors tu as déjà deux badges, conclut-elle.

Le garçon répondit d’abord d’un sourire en biais.

-Un seul. Celui d’Ecorcia, ma ville, rectifia t’il. Pas évident d’aller à Mauville par ici.

Oui, elle en savait quelque chose.

-D’accord, alors on n’est pas obligé de suivre l’ordre des arènes, marmonna t’elle pour elle-même avant de sortir à son tour une pokéball. Très bien, moi aussi j’ai besoin de gagner en expérience. Les règles ?

-2 pokémons chacun, en simple, ça te va ? Pour une mise de, disons, 400 pokédollars ?

-Parfait.

Comme il était plaisant d’avoir à faire à de vrais dresseurs qui n’essayaient pas de vous extorquer vos pokémons ou de vous attaquer sans préavis !

-OK, c’est parti ! Psykokwak en avant !

54

-Windy, je t’appelle !

La pimpante roucool fit son apparition d’un battement d’aile alors que lui faisait face le gros canard jaune migraineux.

16

-Psywaïwaï… Gémit-il en inclinant sa tête.

Mimiko se força à ignorer l’allure quelque peu grotesque de la bête pour se concentrer sur ce qu’elle en savait. Elle était sûre qu’il avait des attaques à la fois aquatique et psychique, par contre elle ne se souvenait plus s’il était d’un type ou de l’autre, voir même des deux.

*Bon, peu importe, ça n’a aucune incidence vis-à-vis du type vol…*

Comme il était sur la terre ferme, il ne devait pas être très rapide. C’était sur ça qu’elle devait jouer… Elle s’apprêtait naturellement à invoquer l’attaque spéciale de Windy quand elle se souvint brusquement que Fargas l’avait raillé à ce sujet.

Qu’avait-il dit déjà ?

« Votre style de combat est digne d’un gamin de maternelle ! »

Se mordant la lèvre, elle resta indécise, incapable de se décider au sujet d’une attaque pour la première fois. Qu’est-ce que c’était, une vraie stratégie ?

-Pistolet à eau ! Fit son adversaire face à sa perplexité.

-Esquive ! Répliqua aussitôt Mimiko.

Mais Windy ne l’avait pas attendu pour ça, et c’est avec aisance qu’elle s’éleva aussitôt au-dessus du jet d’eau pour redescendre picorer sauvagement les cheveux de sa dresseuse.

-Aïeuuuh Windyyyy !!!

Le canard cessa son jet d’eau et regarda du même air étonné que son maitre le duo.

-Oui ! Bon ! Ca va ! Répliqua Mimiko en chassant l’oiseau de ses bras.

-Euuh… Tu ne sembles pas avoir très bien dressé ton roucool, remarqua l’adolescent même s’il avait l’impression d’énoncer une évidence. Les roucools sont doux et paisibles, je sais pas ce que tu as fait à celui-ci pour qu’il agisse ainsi…

Remettant ses cheveux en place, la brune le foudroya du regard.

-Windy est Windy, répliqua-t-elle. Ce n’est pas un roucool lambda.

*Et j’ai tort de douter de ma façon de faire…* Réalisa-t-elle au même moment. *J’ai réussi à trouver mon équilibre avec elle en particulier et ce n’est pas Fargas ni même les autres dresseurs qui peuvent mieux savoir ce qu’il faut faire. Elle me fait confiance, elle fait même plus que je ne lui en demande, je dois m’en montrer à la hauteur.*

-Windy ! Charge !

-Mimi queue !

Le Psykokwak se dandina pour faire bouger son moignon de queue, et si cela eu peut être pour effet de baisser les défenses de Windy, elle ne le percuta pas moins de plein fouet avant de se redresser en piquet.

-Entrave ! Lança soudain le dresseur.

Sans même se relever, le canard se prit la tête dans les mains et fut auréolé d’une lumière bleue. Cette même lumière enroba Windy alors qu’elle revenait vers Mimiko, avant de s’estomper.

La jeune femme fronça les yeux. Etait-ce à quoi elle pensait ?

-Ne le laisse pas se relever ! Tornade ! Ordonna-t-elle en décidant de passer outre.

Un tourbillon se créa sous les battements d’ailes de Windy et vint frapper le canard et asperger de boue les dresseurs.

-Entrave !

A nouveau la lumière vint frapper Windy, sans pour autant lui occasionner de dommages.

Le psykokwak semblait en mauvaise posture mais son dresseur avait le sourire aux lèvres.

Pourtant, une nouvelle attaque et son pokémon serait dans les choux tandis que Windy était immaculée.

-Fini le ! Charge !

Windy prit son essor pour le frapper, mais alors qu’elle s’élançait, la lumière bleue vint l’envelopper et la paralysa complètement. Elle tomba comme une pierre dans une flaque de boue.

-Que ?!?

Mimiko fusilla du regard le dresseur en face.

-C’est du trollage !

-Non, c’est parfaitement autorisé par la ligue ! Répliqua-t-il. Dois-je en déduire que tu n’as plus une seule attaque de disponible ? C’est ballot !

Le psykokwak se remettait tranquillement sur ses pattes palmée tandis que Windy, libérée de la paralysie, ouvrit ses ailes pour les débarrasser de la gadoue.

Mimiko mordit sa lèvre. Elle aurait dû se souvenir des effets d’entrave et « sacrifier » l’attaque jet de sable plutôt que tornade. Maintenant, elle et Windy étaient effectivement à court de mouvements offensifs.

-Bien ! Psykokwak, attaque griffe !

Le canard se dandina jusqu’à Windy, mais celle-ci ne l’entendait pas de cette oreille et s’éleva dans les airs.

-Jet de sable !

Répondant au souhait de sa maitresse, elle battit des ailes pour asperger de boue l’adversaire. Puis volant en cercle autour de ce dernier qui essayait de chasser la terre de ses yeux, elle sentit à nouveau l’air filer étrangement entre ses plumes.

Ne recevant plus d’ordres, car Mimiko réfléchissait, elle décida de tenter quelque chose toute seule et fonça sur l’ennemi à toutes vitesses.

Le dresseur du psykokwak eut un sourire désabusé, mais ce qui était d’abord une charge se transforma en autre chose, la vitesse du vol augmenta et elle frappa violemment le canard avant de remonter en chandelle.

Le psykokwak s’écroula par terre, K.O sous un petit cri plaintif de son dresseur et Mimiko resta un instant muette, avant de tourner son regard sur l’oiseau :

-Windy, c’était une vive attaque ! Tu as réussi à maitriser vive attaque !

La roucool resta un instant de marbre, comme si elle mettait un certain temps à réaliser, puis elle se mit à voleter dans tous les sens de joie.

-Roouuuucoooouuuu !!!!!

-Oui, bon ça va, c’est pas comme si elle avait appris ouragan, pesta le dresseur en rappelant son pokémon et en sortant une nouvelle pokéball de son sac. Mimigal ! C’est à toi !

167

Une petite araignée verte fit son apparition en faisant jouer ses mandibules.

Mimiko fit une grimace («CA, mimi ? ») et rappela Windy qui avait toujours deux attaques bloquée.

*Hum… Connaissant Shampoo, elle va faire sa précieuse avec toute cette boue…* Songea t’elle en envoyant Hien sur le terrain.

Le feurisson qui n’avait pas combattu depuis longtemps se montra tellement enjoué que ses flammes jaillirent à plusieurs reprises de son dos sans raison.

156

-Hey ! Du calme Hien !

Le dresseur devant elle avait perdu son sourire. Un pokémon feu contre sa petite araignée, ouais il y avait mieux… Mais c’était le jeu. Celui qui perd la manche part généralement désavantagé sur la suivante.   

-Mimigal constriction !

Un jet de toile craché par l’insecte vint enrouler le cou de feurisson pour l’étrangler. Hien le crama aussitôt juste en sortant les flammes de sa tête et de son arrière train.

-Flammèche !

-Esquive ! Et dard venin !

Crachant un fil qui alla s’attacher à une branche d’arbre, l’araignée s’envola et évita la boule enflammée qui fonçait sur elle.

Continuant à se déplacer comme un spider man en puissance, le mimigal continua d’esquiver toutes les attaques de feu, jusqu’à ce que feurisson se décide à viser la soie plutôt que le pokémon qui la produisait.

La flamme se répandant le long du fil, le mimigal fut obligée de tout lâcher et de se laisser tomber dans la boue. Il atterrit maladroitement sur le flanc et faute de terrain solide, il roula sur le dos, ses pattes frétillant d’impuissance.

-Génial, Hien ! On l’a ! Allez une dernière flammèche !   

Hien hocha de la tête et dans sa joie de gagner le combat fit brutalement jaillir ses flammes pour asséner le coup final. Deux choses se passèrent alors en même temps.

Ses oreilles captèrent un cri de souffrance derrière lui et ses yeux virent avec satisfaction l’araignée cesser de bouger.

-Mince ! Eh ça va ? Fit le dresseur en rappelant son pokémon avant de courir vers eux.

Hien se retourna alors, ne comprenant pas ce qu’il se passait.

Mimiko était agenouillée, le visage crispée de douleur et des larmes aux yeux, se tenant le bras droit. La manche de sa veste et de son pull avaient un trou dont les bouts étaient noircis et sur la peau ambrée de sa dresseuse s’étendait des marques rouges. Une odeur de brulé arriva jusqu’à son nez.

Mimiko se mordit la lèvre inferieur pour s’empêcher de crier et intuitivement, pressa son bras contre la boue fraiche et molle qui se trouvait par terre*.

Une langue de feu venant de l’arrière train de feurisson avait éclaboussé jusqu’à elle et n’arrivant pas à s’éloigner assez vite, la jeune fille avait lancé son bras droit devant elle pour se protéger.

Elle s’était déjà brulée par mégarde à une casserole ou à la porte d’un four, mais ça n’avait rien à voir, la douleur actuelle était abominable et lancinante. Comme si chaque fois que son cœur envoyait du sang dans son bras, celui-ci brulait à nouveau.

Un étourdissement la prit et elle lutta pour rester consciente, ce qui lui ficha en plus la nausée.

Le dresseur était à ses côtés et lui parlait. Elle entendit vaguement les mots « dresseurs de pokémons feu » et « anti-brule ».

-Non, j’en ai pas… Arriva-t-elle à dire avant de voir que Hien s’approchait avec un air inquiet.

Ce fut plus fort qu’elle, elle se jeta en arrière :

-Non ! T’approche pas !  

La chaleur qui émanait encore de Hien semblait ranimer la douleur et la peur d’être touchée à nouveau par les flammes la tenaillait. C’est pourquoi elle lui hurla à nouveau dessus quand il refit mine de venir vers elle.

-NON ! Vas-t’en ! Ne m’approche pas !

Elle était trop mal pour remarquer la blessure dans les yeux grenat. Hien stoppa son avancée et se recroquevilla sur lui-même, malheureux.

Comme elle avait relevé son bras dans ce mouvement de retrait, le dresseur grimaça car la zone rouge semblait s’être un peu gonflée.

-Ça ira ? Demanda-t-il d’un air gêné.

*Pas du tout* Songea difficilement Mimiko.

Mais elle voyait bien que l’adolescent était totalement dépassé. Il ne pourrait rien faire pour elle.

-Oui, faut juste que je reste assise un moment, mentit-elle. Merci.

Le dresseur hocha la tête et lui remit les deux billets qu’elle avait gagnée directement dans une des poches de son sac à dos avant de s’éclipser et de disparaitre de tous les sens de perception de Mimiko.

La douleur et son malaise prenaient toute la place.

Un instant elle fut tentée de se coucher là, dans la boue, car elle délirait plus qu’elle ne pensait. Oui donc, pourquoi n’avait-elle pas d’anti-brule avec elle ? Pourquoi n’avait-elle pas pensée qu’elle pourrait se bruler sur son pokémon ? Non, c’était ridicule, elle ne pouvait pas se bruler sur Hien. Hien c’était son petit héricendre tout mignon. Il ne la brulerait jamais. Idiote ! Mais pourquoi alors était-elle aussi horriblement mal ?

(155)

*Je vais m’évanouir…*

Non, il ne fallait pas s’évanouir. Ce n’était ni le moment ni l’endroit de s’évanouir. Où était-elle déjà ? Des arbres… Plein d’arbres… Bah voilà, elle était au milieu de pleins d’arbres. Il y avait aussi une petite forme rouge là, loin devant elle… Qu’est-ce que c’était que ça ?

*Je veux la maison… Et maman… *

Oui, un lit, pouvoir se calfeutrer sous une couette toute douce et se laisser soigner. Un rare moment où sa mère était comme une vraie mère. Petite, elle avait souvent fait semblant d’être malade juste pour avoir ça.

Le paysage vacilla devant ses yeux, mais elle rampa jusqu’à un endroit à peu près confortable et se laissa tomber par terre.

Voilà.

Elle allait fermer les yeux et quand elle les rouvrirait, elle serait chez elle.

 

Chez elle ?

 

-Si tu passes cette porte, ce n’est pas la peine de revenir !

 

Mais c’était où chez elle ?

Un bruit de carillon tinta joliment quelque part.

**

La pluie se remit à tomber sur la forêt qui s’obscurcissait alors que la nuit s’installait.

Hien laissa les gouttes d’eau mouiller son pelage, toujours recroquevillé à sa place, n’osant pas bouger.

Ne disait-on pas « malheureux comme les pierres ? ».

Soudain la pluie gagna en intensité et le pokémon feu ne fut plus qu’une vague tache chaude au milieu d’un univers vert et humide.

Chaque goutte était autant de larmes qu’il ne pouvait verser.

**

Elle marchait en regardant craintivement vers la voute des arbres qui étaient si rapprochés qu’on n’apercevait que des bouts de ciel. Cela peignait dans la forêt de véritables raies de lumières où l’on pouvait voir la poussière s’élever en particules dorées.

Le chemin montait en pente continue au milieu des gigantesques racines qui crevaient le sol.

C’était bizarre, cela rappelait quelque chose à Mimiko, mais elle n’arrivait pas à réfléchir clairement.

Oui… Pourquoi ?

Comment d’ailleurs était-elle arrivée ici ? Et où était Hien ?

Elle n’eut même pas le reflexe de vérifier ses pokéball dans son sac, non, à la place de ça, elle s’efforça de monter laborieusement les escaliers qui montaient en cercle. Des marches en bois, des poutres en bois…

Pourquoi montait-elle ces escaliers ?

Où était-elle ?

Ces escaliers lui semblaient pourtant familier, comme si elle les avait déjà emprunté un certain nombre de fois.

Mais non… C’était la première fois.

Elle montait.

 

Un bruit de carillon.

 

Elle montait.

Pas après pas, mais ça n’en finissait jamais, après chaque marche s’en trouvait une autre. Et où qu’elle regardait, il n’y avait que cet escalier. Le reste semblait flou/ Pas important. Il n’y avait personne d’autre. Juste elle.

Marche après marche. Pas moyen de s’arrêter.

Elle avait l’étrange impression d’être un pantin animé par des ficelles.

Soudain, apparut de nulle part, la marche suivant se changea en pièce entière et elle y pénétra gauchement, comme si elle n’était plus habituée à marcher sur du plat.

 

Un salon, un homme, une femme et une petite fille. Le tableau de la famille parfaite si une pré-adolescente aux cheveux noirs en pagaille et à la tête penchée, même quand on lui parlait, ne venait pas tout gâcher.

Un regard noir de l’homme, une critique du bout des lèvres, la femme gênée, la petite fille indifférente, assez habituée pour trouver ça normal.

Beau père, mère, demi-sœur et elle.

Elle assistait au spectacle sans pouvoir rien faire. Que faire à vrai dire ? Elle était ce qu’on avait fait d’elle. On l’avait habitué à subir les coups verbaux sans rien dire, sans tressaillir. 

 

Ce n’est pas ta vraie nature.

 

Un pas en avant, une nouvelle marche, le retour de l’escalier en un battement de cil.

La montée continuait.

 

Qu’est-ce que c’était que ça ? Un autre mot pour « caractère » ?

 

Le caractère se forge, la nature est innée.

 

Comme si ça existait. On nait comme une page blanche, on est ce que les évènements qui suivent font de nous.

 

C’est pourquoi tu as peur du feu.

 

Elle fronça les sourcils. Oui, ça semblait normal de craindre le feu, puisque ça faisait mal…

 

Tu n’as pas peur de l’air, mais tu as peur du feu.

 

Oui, ça parait normal.

 

Non.

 

Cette négation lancée du néant provoqua un net changement dans son paysage et tout autour de l’escalier, un incendie se déclencha. Elle fut prise de sueur froide et reprit le contrôle de son corps pour courir loin du feu. La chaleur devint étouffante et des étincelles dorées jaillissaient des deux côtés.

*Il ne faut qu’elles me touchent !*

 

Pourquoi as-tu peur ?

 

Alors qu’elle montait les marches en vitesse, elle déboula brusquement dans une rue fréquentée. Pleins de gens passaient sans faire attention à elle et les murs blancs qui l’entourait reflétait la lumière du soleil. Elle connaissait cet endroit… Carmin sur Mer !

Mais que faisait-elle ici ?

Soudain elle aperçut une jeune femme et un héricendre.

Elle et Hien.

Ils discutaient, se disputaient, puis Hien décampa en courant vers une ruelle étroite. Mimiko fut étonnée de se voir se relever, un air sombre sur le visage. C’était curieux, mais elle ne se retrouvait déjà plus dans cette personne paralysée dans sa peur. 

-Qu’est ce que tu attends ? Suis le donc ! Suis la lumière ! S’admonesta-t-elle, avant de courir dans sa direction pour se secouer elle même.

 

La rue disparut, à nouveau remplacée par les marches et le feu.

 

Elle chercha son sac à dos, mais elle ne le trouva pas. Où étaient donc ses pokémons ? En bas ? Elle espérait bien que non.  

 

Elle entendit à nouveau le bruit de clochette qui semblait venir d’en haut et pressa l’allure, où que ça puisse la mener.

L’escalier s’effaça une nouvelle fois et elle se retrouva à courir dans une forêt. Le feu la suivait, inlassablement, avec constance et dévorait la végétation sur son passage avec une avidité qui semblait indifférente, comme si ce n’était pas le but qu’il suivait.

Le sentier était étroit et les branches la giflaient sur son passage, le carillon raisonna à nouveau et elle suivit l’écho cristallin.

Elle stoppa brusquement sa course devant ce qui ressemblait à une toute petite maison en bois. Un autel. Les arbres derrière formaient un mur infranchissable.

La clochette retentit, elle venait de l’intérieur de la structure en bois. Jetant un regard effrayé sur l’incendie qui s’approchait, ayant à présent la forme de loups de flammes aux dents découvertes, elle ouvrit d’un seul mouvement désespéré les deux volets de bois.

Une immense volute blanche en sortit, ainsi qu’une créature vulpine qui semblait voler en son sein et qui se plaça devant elle, face aux loups de flammes.

C’était une toute petite chose aux longues oreilles et à la queue en pinceau, mais elle tourna la tête vers elle et un instant, elle crut voir son petit héricendre lui dire que tout allait bien se passer.

Les loups se rapprochèrent et bondirent dans une gerbe enflammée sur eux deux. Elle ferma les yeux en s’attendant à la douleur.

 

Pourquoi as-tu peur du feu ? Tu n’as pas peur du vent pourtant.

 

Une caverne, le vent qui souffle sur sa peau, agréable, caressant, le ciel tout autour d’elle, le monde en dessous d’elle, oui, elle flottait !

 

Bien qu’elle ne comprenne pas le rapport, soudain, elle eut la conviction qu’elle était vraiment stupide. Oui, pourquoi avait-elle peur du feu ? Le feu ne pouvait pas lui faire de mal !

 

Elle ouvrit les bras et accueillit les flammes lupines en elle. Une douce chaleur l’envahit, comme lorsque sa mère restait auprès d’elle quand elle était malade. Un sentiment de bonheur qui était si peu habituel qu’il fit couler des larmes de soulagement de ses yeux.

**

Une humidité au niveau de ses joues fit que Mimiko reprit conscience. Elle ouvrit péniblement les yeux sous la lumière du soleil. Son corps pendant un instant lui sembla de plomb et elle n’arrivait pas à replacer les derniers évènements.

Nouvelle humidité.

Baissant le regard, elle pût enfin voir la petite boule de poil marron qui lui léchait les joues. C’était le petit renard.

Elle se redressa et celui-ci, presque aussi léger qu’une plume glissa sur ses cuisses. Elle se trouvait couchée dans une petite étendue d’herbe et à côté se trouvait l’autel. Tout était familier, et pourtant différent.

*C’était un rêve, non ? Suis-je encore dedans ?*

-Evoooo ! Clama le petit évoli en se frottant contre elle et en patounant ses jambes comme un petit chat.

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Elle rebaissa le visage vers son petit sauveur et la sensation des griffes se rétractant sur sa peau lui parut bien réelle. Elle passa une main sur sa tête et le pokémon s’y appuya avec plaisir, comme si tout était normal.

-D’où vient-tu toi ? Tu es bien petit…

Ca ne pouvait être celui de son rêve… Oui, c’était impossible… pourtant elle ne s’était certes pas assoupie près de cet autel dont elle ignorait la présence avant son rêve…

Soudain, ce qui s’était produit avant son somme lui revint dessus de plein fouet et elle tendit son bras devant elle.

Elle ouvrit de grands yeux étonnés.

A l’endroit où elle avait été brûlée, où auparavant sourdait une douleur abominable, il n’y avait plus qu’une peau pâle et épaisse. Elle toucha la cicatrice par réflexe, s’attendant à souffrir à nouveau alors que toute la zone semblait en fait être insensibilisée. Elle ne sentait même pas son doigt dessus.

-Ca n’a pas pu cicatriser aussi vite…

Elle grimaça et se tint la tête. Déjà, son rêve commençait à se dissoudre comme un cachet dans de l’eau, elle en perdait la trame, la laissant sur de vagues sensations.

C’était comme ça depuis qu’elle était au Japon. Elle ne se souvenait d’aucun de ses rêves, ils lui échappaient au réveil inéluctablement.

Si elle n’y avait pas fait attention jusqu’ici, maintenant ça lui semblait avoir son importance car elle sentait que certains éléments étaient récurrents et malgré tous ses efforts, elle n’arrivait pas à se les rappeler.

Ca devait avoir un rapport avec la brûlure…

La brûlure… Le combat… Hien !

La jeune femme se remit sur ses pieds brusquement, laissant juste le temps au petit évoli de sauter et regarda autour d’elle frénétiquement.

Il n’y avait aucune trace de son pokémon et de ses affaires !

Son cœur se mit à battre plus fort d’angoisse. Une chose qui ne lui était plus arrivé depuis un moment. Mais là, toute seule au milieu de la forêt sans… Sans rien de familier, sans ce qui faisait désormais toute son existence, elle était à deux doigts de la crise de panique. Son inconscient s’amusait à lui ramener des images pénibles de son passé et elle n’arrivait pas à les contrer.

L’incompréhension.

L’injustice.

La solitude.

La trahison.

La colère.

Le chagrin.

 

Toutes ces choses de couleurs froides, sombres et vif-argent, d’eau et de regret.

Où était donc son petit soleil ? Sa petite flamme vivante qui la réchauffait et la rendait plus humaine ?

-..Hien…

Il lui revint l’air étonné de son ami, puis alors que la douleur se ravivait à cause de sa chaleur, elle lui avait dit quelque chose, plusieurs fois, mais elle ne voyait pas quoi. Elle délirait à moitié à ce moment là.

La dernière image qu’elle avait de lui était celle de ses yeux si beaux, couleur grenat, qui s’assombrissaient et se paraient comme de facettes.

Un pokémon feu pouvait-il pleurer ?

-OH HIEN !!!! Hurla-t-elle avec le peu d’oxygène qu’elle arrivait à pomper.

C’était un cri de colère envers elle-même. Elle lui avait fait du mal, à lui, son compagnon, son ami, son courage. Même si c’était involontaire, elle ne pouvait pas se le pardonner.

Etait-il partit ? L’avait-il abandonnée ?

Des larmes coulèrent sur ses joues à cette pensée : elle avait toujours été si seule avant de le rencontrer… Différente, sombre, sans intérêt… Même quand elle avait pût avoir des amies, elle s’était toujours sentie en marge du groupe.

Elle avait toujours sentie que si elle partait, personne ne la regretterait.

Et comme elle avait toujours été un peu masochiste dans l’âme, elle était partie.

Et le monde continuait sans elle, exactement comme elle l’avait prévu.

Le souffle commençait à lui manquer vraiment et son cœur continuait à s’affoler dans sa poitrine, ses membres lui semblaient raides et glacials, son estomac se rebellait à nouveau et sa tête tournait. Dans ses moments là, elle avait toujours l’impression qu’elle allait mourir. Son corps lui échappait et les sensations qu’il lui imposait étaient si intenses qu’il ne pouvait en être autrement.

Le petit évoli lui tournait autour en piaillant d’un air affolé.

Mais c’est un bruit de buisson qui réussit à ramener un brin de conscience à Mimiko.

-Feuri… ?

Dégageant sa tête du branchage, la lanière du sac de Mimiko dans la bouche, il se tapit là en la regardant, les oreilles couchées sur son crâne, ses yeux éteints par la peine. 

Sa tristesse était presque tactile. Il semblait lui dire : « pourquoi m’as-tu fais ça ? Qu’est ce que je t’ai fais pour mériter ça ? ».

-Oh Hien… Je suis désolée… Viens…

Le feurisson se recroquevilla encore plus. Il ne voulait pas l’approcher. Le cœur de la jeune femme se brisa.

-Oh non… n’ait pas peur mon ami, tiens regarde, ma brûlure est guérie, elle ne me fait plus du tout mal ! Lui montra Mimiko en tendant le bras incriminé.

La crise de panique avait un peu reflué à la vue de Hien mais devant son inertie, elle était à deux doigts d’y replonger.

-Viens là… Viens dans mes bras… Hien, je suis désolé, je t’aime, je retire tout ce que j’ai dis…

Il releva une oreille, puis lâcha le sac et s’approcha craintivement. Un pas, deux… Mimiko couvrit la distance manquante et l’enserra dans ses bras. Elle plongea son nez dans la fourrure rêche du pokémon, avec sa petite odeur enivrante d’allumette et s’en sans rendre compte, se mit à pleurer à grosses larmes, comme une enfant.

-Oh Hien… HIEEENNN…

Ses sanglots se déversèrent, retentirent dans le bois, libérateurs, soulageant son cœur d’un trop plein de chagrin.

Le feurisson se laissa faire, lui donnant des petits coups de museau sur l’épaule pour la consoler, alors que le petit évoli lui léchait la main avant de se rouler en boule contre elle.

Cela dura un long moment.

Et quelque part, au milieu de tous ses sentiments, une partie d’elle se souvint et se dit que oui, elle avait été bien bête d’avoir peur du feu.

 

Le feu ne pouvait rien lui faire.

***

D’autres flammes brûlaient sur les braséros qui entouraient la statue en bois d’un oiseau aux ailes déployées et au bec crochu.

La vieille femme qui se tenait devant, en prière, se relâcha et reposa délicatement la clochette qu’elle tenait en main sur l’autel, son bruit cristallin retentissant une dernière fois.

Elle sentit Tamao derrière elle avant de l’entendre. Le noctali de cette dernière était plus silencieux que jamais, rodant dans les ténèbres qu’offrait cette pièce.

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Feu Noble, qui s’était couché pendant sa prière, ouvrit juste un œil sur les arrivants, avant de le refermer. Son ondoyante queue remua comme en salut. Elle le regarda un instant avec fierté car son pyroli était l’un des plus imposants de la maison

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-J’ai fait la livraison, affirma Tamao. Mais je me demande comment…

-C’est déjà fait, affirma la vieille femme avec satisfaction. Elle sera bientôt ici.

-On ne peut en être vraiment certaine…

-Ne t’en fait pas Tamao, elle ne peut que venir, elle n’en est pas consciente, mais elle ne peut pas résister à l’appel du Glas Transparent. C’est bien d’ailleurs la preuve de ce qu’elle est…

Un silence révélateur suivit cette affirmation.

 

A suivre… 

 

*Note purement médicale : Si vous vous brûlez, ne faites jamais ça ! Une peau brûlée est sensible à toutes les agressions de microbes, et la boue n’étant certainement pas un environnement stérile, c’est le meilleur moyen de l’infecter et d’empirer la blessure. Préférez de l’eau froide du robinet.